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Racket, agressions verbales ou physiques, humiliations, harcèlement… Selon une enquête récente*, un collégien sur dix souffre de harcèlement. Eric Debarbieux, chercheur et président de l’Observatoire international de la violence à l’école ** nous aide à mieux comprendre ce phénomène.

 

Des faits-divers font régulièrement la « Une » des médias. Avez-vous constaté une augmentation de la violence à l’école ?


Il n’y a pas une hausse globale, mais on remarque que la violence augmente dans certains établissements en lien direct avec la montée de l’exclusion sociale. 10 % des établissements sont concernés : ceux qui accueillent des élèves en difficulté. Toutefois, le harcèlement entre élèves touche tous les milieux.

 

Quelles formes prend cette violence scolaire ?


Il s’agit souvent de microviolences répétées : moqueries, bousculades, surnom méchant, mise à l’écart… Par ailleurs, elles sont de plus en plus excercées de manière collective. Avant, le racket avait lieu entre deux élèves. Aujourd’hui, il est fréquent de voir des bandes de 7 à 8 personnes s’en prendre à un individu isolé. Les violences sont souvent motivées par le refus d’accepter la différence – celui qui travaille bien, celui qui n’est pas de la même origine, celui qui n’a pas la même orientation sexuelle…

 

On parle beaucoup de cyberviolence ou de cyberharcèlement. Qu’en est-il ?


Les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter ont contribué à l’émergence de ce phénomène. On constate un accroissement des mails, ou des SMS injurieux, qui visent en priorité certains élèves. Le harcèlement démarre dans la cour de récréation et se poursuit à la maison via les téléphones portables ou les ordinateurs.

 

Qui sont les victimes ?


S’il n’y a pas vraiment de profil type, on remarque tout de même que les violences se concentrent souvent sur les mêmes enfants. Un élève harcelé verbalement est aussi celui qui est mis à l’écart, frappé ou racketté. Mais les harceleurs sont aussi des victimes indirectes. Ainsi, des recherches récentes, menées par David Farrington de l’université de Cambridge, montrent que les agresseurs réussissent moins bien dans la vie : ils se retrouvent plus souvent que les autres au chômage, ou impliqués dans des situations de maltraitance familiale.

 

Quelles sont les conséquences du harcèlement ?


Des résultats scolaires en baisse, un absentéisme chronique dû à la peur, une perte de confiance dans l’école et les enseignants, un décrochage scolaire en sont les premiers signes. On constate aussi des conséquences psychologiques lourdes : tendances dépressives, voire suicidaires dans les cas les plus extrêmes.

 

Que proposez-vous pour prévenir cette violence ?


Je ne crois pas aux solutions telles que l’installation de portiques de sécurité et de caméras de vidéosurveillance. Je pense qu’un meilleur encadrement des élèves est nécessaire : favoriser la stabilité des équipes d’enseignants, revoir la formation initiale en intégrant la gestion du stress et la gestion d’une classe, favoriser la mixité sociale en évitant les regroupements par  niveau… Il faut revaloriser, chez les enseignants comme chez les élèves, le sentiment d’appartenance à un établissement scolaire, travailler sur l’amélioration du climat de confiance entre les élèves, les parents et les équipes éducatives. Le vivre ensemble est capital.

Propos recueillis par Claudine Colozzi – crédit photo : Marta Nascimento/Rea

* Décidée lors des Etats généraux de la sécurité à l'école en 2010, une enquête nationale de victimation en milieu scolaire a été réalisée courant 2011 sur la base d'un questionnaire de cinquante questions rempli par 18 000 élèves de 300 collèges français. Les six actes de violence les plus cités sont l’insulte envers la personne (51,9 %), le vol de fournitures scolaires (45,9 %), l’attribution d’un surnom méchant (38,9 %), la bousculade intentionnelle (36,5 %), la mise à l’écart (32 %), la moquerie de la bonne conduite en classe (29,1 %).

** Auteur de Les dix commandements contre la violence à l'école, éditions Odile Jacob.

 

Qui contacter ?


  • 0808 807 700 (Jeunes Violences Écoute)
    Ce numéro est anonyme et gratuit depuis un téléphone fixe ou mobile. Il s’adresse aux jeunes victimes ou aux témoins de violences, aux parents et aux professionnels.
  • 119 (Allô enfance en danger)
    Le service national d'accueil téléphonique pour l'enfance en danger, gratuite et accessible 24h/24 toute l’année.

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