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Bore out : mourir d’ennui au travail

Bore out : mourir d’ennui au travail

Aussi étonnant que cela puisse paraître, s’ennuyer au travail est une souffrance comparable à celle que l’on ressent lorsqu’on est surmené.

Apparu il y a près de 10 ans, le bore out, venu de l’anglais boring, ennuyeux, concernerait aujourd’hui près de 30 % des employés selon Christian Bourion, professeur à ICN Business School Nancy-Metz*. Le syndrome du bore out définit la saturation et l’épuisement liés à l’inactivité au sein d’un emploi rémunéré, à une affectation à des tâches inintéressantes ou encore à la placardisation. « Il frappe surtout des personnes qui étaient jusque-là investies dans leur travail avec un vrai idéal professionnel, explique le Pr Debout, psychiatre et spécialiste des risques psychosociaux. Subitement, on les paie à ne rien faire, à mal faire ou à faire à côté, c’est très violent. »

 

Une situation « honteuse »

Lucie, chargée de communication, la quarantaine, s’en souvient : à son retour de congé pour « longue maladie », elle a retrouvé son bureau occupé et on lui a demandé de s’installer dans une autre pièce, derrière une porte. « Je n’avais rien pour travailler : ni ordinateur, ni papier, ni crayon et aucune consigne. J’étais devenue transparente », raconte-t-elle. Au fil des mois, grâce à ses collègues, Lucie a réussi à se « refaire une petite place ». « Mais j’en suis ressortie sans illusion, avoue-t-elle aujourd’hui, avec la crainte que cela se reproduise. »

Corollaire de cette placardisation, « une perte d’estime de soi, de confiance en ses capacités, une culpabilité et une honte », observe le Pr Debout. Pas facile dans notre société où le taux de chômage dépasse les 10 % de se plaindre d’être « payé à ne rien faire » ! Alors « on fait profil bas, on essaie de se consoler en se disant que ce n’est que transitoire et qu’on a déjà la chance d’avoir un salaire à la fin du mois », confie Samir. Mais cela ne suffit pas ! Employé dans une collectivité locale, le jeune homme a déjà été arrêté à plusieurs reprises pour un état dépressif, jusqu’à ce qu’un psychiatre l’aide à mettre des mots sur son mal-être : c’est bien l’ennui, l’inactivité et le sentiment d’inutilité qui ruinent le moral de Samir. Pour le moment, il n’a pas retrouvé la confiance en lui et l’énergie nécessaires pour se mettre en quête d’un emploi plus satisfaisant.

 

Trouver une porte de sortie

« Ce sentiment d’inutilité, ces journées vides d’activité et de sens font peu à peu le lit de l’angoisse, de la démotivation, de la dépression », confirme le psychiatre. Comme « pris au piège », le salarié ne voit plus d’issue, toute son énergie est utilisée pour supporter cette situation, il n’en a plus pour prendre des initiatives, protester, argumenter, proposer ses services ailleurs.

Il faut donc réagir vite, avant de ne plus en avoir la force et de se laisser enfermé et étouffé par cet ennui. Alors, provoquez la discussion avec votre hiérarchie, essayez de savoir s’il y a réellement une sous charge de travail ou s’il s’agit plutôt d’une inadéquation entre votre poste et vos attentes, vos ambitions. Vous pouvez aussi essayer de vous organiser directement avec vos collègues, demander un rendez-vous à votre médecin du travail, alerter un responsable syndical de l’entreprise. Plus vous serez actif, moins vous subirez cette « mise à l’écart » et le mal-être qui l’accompagne. L’idéal serait sans doute de partir pour un autre emploi plus valorisant, mais ce n’est pas toujours simple. Dans ce cas, pourquoi ne pas demander à bénéficier d’un bilan de compétence ou d’une formation pour vous réorienter ? Si cette demande vous est refusée et que votre inactivité est flagrante malgré vos initiatives et vos propositions, vous pouvez faire valoir vos droits (aux Prud’hommes par exemple), « car ces situations contredisent les obligations contractuelles de votre employeur vis-à-vis de votre travail », souligne le Pr Debout. Tout employeur est en effet soumis à l’obligation de fournir du travail à son salarié, comme le précise le Code du travail.

 

* Auteur de Le Bore-out syndrom. Quand l’ennui au travail rend fou, éditions Albin Michel.

 

À lire

Le Bore-out, Quand l’ennui au travail rend malade, Dr François Baumann, éditions Josette Lyon.

  • Isabelle Blin
  • Crédit photo : PeopleImages / iStockphoto

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