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Cigarette électronique : le point avec le professeur Dautzenberg

Pneumologue, tabacologue et président de « Paris sans tabac », le Pr Bertrand Dautzenberg répond à nos questions sur la e-cigarette.

Avec maintenant sept années de recul, peut-on affirmer que la cigarette électronique est réellement un moyen de « sortir du tabac » ?

 

Pr DautzenbergCe n’est pas un médicament de sevrage, mais une étude* réalisée auprès de 27 460 Européens de 28 pays différents, rapporte en effet que grâce à la cigarette électronique, 6 millions d’Européens ont déjà arrêté de fumer et 9 millions ont diminué leur consommation de tabac.
C’est un dispositif parmi d’autres qui permet à bon nombre de personnes qui veulent arrêter de fumer d’y parvenir et, pour celles qui souhaitent seulement « fumer » autrement, d’éviter les substances cancérigènes et les produits de la combustion. Enfin, la cigarette électronique permet probablement aussi à certains jeunes de ne pas entrer dans le tabagisme.

* Electronic cigarette use in the European Union : analysis of a representative sample of 27 460 Europeans from 28 countries (Farsalinos et Al, Addiction 2016).

 

N’est-ce pas remplacer une dépendance par une autre ?

Le problème principal est que la dépendance conduit à inhaler de façon très répétée les substances cancérigènes que contient le tabac : un fumeur sur deux en mourra. Or, la cigarette électronique n’en contient pas. Par ailleurs, je constate que beaucoup arrêtent de vapoter au bout de 6 mois et la plupart de ceux qui continuent diminuent progressivement les doses de nicotine. De même, chez les jeunes qui expérimentent la e-cigarette, seul un sur cinq deviendra vapoteur régulier, alors que ce taux est de 1 sur 2 pour le tabac.

Associée ou non aux autres méthodes de sevrage (timbre, gommes), la cigarette électronique est un atout supplémentaire qui permet de réduire l’envie de fumer, une étape indispensable pour un sevrage sans souffrance réussi. Mais le rôle du médecin est bien de rappeler qu’à terme la meilleure solution est de ni fumer, ni vapoter.

 

Que sait-on de ses effets à long terme ?

Une étude récente* vient de démontrer que les e-cigarettes ne délivrent pas plus de produits toxiques que les substitutifs nicotiniques (comme les patchs) et que les e-liquides et les aérosols produits par les cigarettes électroniques ne sont pas cancérigènes.

* Shahab L. et coll. Nicotine, Carcinogen, and Toxin Exposure in Long-Term E-Cigarette and Nicotine Replacement Therapy Users : A Cross-sectional Study. Annals of Internal Medicine. Publié en ligne le 7 février 2017.

 

Existe-t-il des risques liés au vapotage passif ?

On ne les connaît pas précisément, mais ils sont dans tous les cas moins importants que ceux du tabagisme passif. Par exemple, il est vrai qu’on retrouve une faible quantité de nicotine dans les urines des personnes qui côtoient de façon prolongée des vapoteurs. Pour autant, les données scientifiques ne permettent pas de considérer que le risque sanitaire pour l’entourage justifie une interdiction généralisée. Interdiction qui ne peut être envisagée qu’au nom de la gêne et de l’exemplarité.

 

Pour en savoir plus

Loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé

  • Isabelle Blin
  • Crédit photo : gawriloff / iStockphotos et DR (portrait du Pr Dautzenberg)

2 commentaires pour cet article

  1. Titan Micheau

    Plutôt synthétique et pragmatique, avec une certaine objectivité exprimée.
    Reste à regretter une des questions posées (souvent la même) qui, indépendamment du fait que sa formulation orientée puisse induire le lecteur en erreur, prouve également l’existence persistante d’une mauvaise approche du sujet:
    Ce n’est PAS une dépendance REMPLACÉE par une autre, c’est la MÊME. Elle est simplement satisfaite par un moyen différent qui exclut la quasi-totalité des substances toxiques qui nous emmènent habituellement au cimetière et qui sont présentes dans le tabac.

    1. La rédaction

      Tabac ou cigarette électronique, il s’agit bien de la même dépendance à la nicotine, mais avec les substances cancérigènes en moins dans la e-cigarette. Par ailleurs, la concentration de nicotine dans un e-liquide varie entre 18 mg/ml et 0 mg/ml suivant les produits. Il est donc aussi possible de vapoter sans nicotine, c’est ce vers quoi tendent de nombreux ex-fumeurs.

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