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Régimes « sans » : mode ou nécessité ?

Trop de gras, trop de sel, trop de sucre et voilà maintenant qu’il faudrait exclure de notre alimentation le gluten, le lactose, la viande, les produits laitiers… Nouvelles lubies ou réels progrès pour une meilleure santé ?

Pas de régime « sans » sans accompagnement

Mathilde, 17 ans, revendique son alimentation vegan, Carole, retraitée en pleine forme, a définitivement exclu le lactose depuis plus de dix ans et Nicolas, trentenaire parisien, affirme se sentir beaucoup mieux depuis qu’il fait partie de la communauté des « sans gluten ». Comme eux, des milliers de Français sont tentés par ces nouvelles tendances alimentaires censées nous aider à vivre plus longtemps en meilleure santé.

Au banc des accusés, le gluten qui provoquerait ballonnements et problèmes digestifs, le lactose (sucre contenu dans le lait) soupçonné d’être responsable entre autres de nausées et diarrhées, les produits laitiers de favoriser certains cancers…

« Il n’y a pas plus de mauvais aliments à éviter absolument que de super-aliments aux vertus magiques, souligne d’emblée le Dr Marie-Christine Boutron-Ruault, directrice de recherche Inserm à l’Institut Gustave-Roussy et vice-présidente du Comité d’experts spécialisé Nutrition humaine à l’Anses*. Dans l’alimentation comme dans la vie, tout est question de nuances. »

 

Les vraies intolérances et les autres…

Qu’il s’agisse de la viande, des produits laitiers ou du blé, tous contribuent à l’équilibre alimentaire. Tout dépend ensuite de qui en mange, en quelle quantité et à quelle fréquence.

Ainsi, adopter un régime sans gluten se justifie pleinement pour une maladie cœliaque (lire encadré). Il en va de même de la suppression des produits laitiers en cas de diagnostic d’allergie ou d’intolérance aux protéines du lait. En dehors de ces « vraies intolérances ou allergies », leur éviction n’apporte aucun bienfait scientifiquement prouvé.

« En supprimant le gluten, certaines personnes se sentent moins ballonnées, observe le Dr Boutron-Ruault, mais n’est-ce pas tout simplement parce qu’elles mangent moins de pain, de pâtes, de pizzas… qui, consommés en excès, peuvent effectivement favoriser les ballonnements ? »

Le plus souvent, on adopte ce type de régime après une lecture, sur les conseils d’une amie, pour essayer, se sentir plus en forme. Et c’est là que le bât blesse car « suivre un régime, quel qu’il soit, n’est pas anodin, puisque nous retirons à l’organisme certains nutriments importants (protéines, vitamines, minéraux…) et nécessaires pour l’équilibre alimentaire », poursuit Cécile Marie-Magdelaine, diététicienne, co-auteure du livre La santé dans votre assiette.

 

Consulter un professionnel de santé

Sauf indication médicale, ces exclusions sont d’ailleurs vivement déconseillées chez les plus vulnérables : malades, personnes âgées, enfants, femmes enceintes et allaitantes. Si on a déjà commencé seul, il faut en parler à son médecin, car cela peut influencer les résultats des dosages sanguins. « Il ne s’agit pas de remettre en cause les croyances ou convictions des personnes qui veulent adopter ces régimes, souligne la diététicienne, mais de les mettre en garde et de leur apprendre à compenser ce qu’elles retirent de leur alimentation par des équivalents nutritionnels. » D’où l’importance de consulter un professionnel de santé. Sinon, on improvise au risque de fragiliser sa santé.

Ainsi, les Vegan qui ne consomment aucune protéine animale, doivent compenser en associant céréales et légumineuses, faute de quoi ils risquent une fonte musculaire et un affaiblissement de l’organisme. Ils doivent aussi prendre des compléments en vitamine B12, nécessaire à la fabrication des globules rouges et à la santé neurologique.

Quant à exclure le gluten, cela revient à supprimer pain, biscottes, pâtes, semoule, tarte, gâteaux, biscuits… qu’on devra remplacer par d’autres sucres lents (manioc, tapioca, quinoa, pois chiche, polenta…) ou des équivalents sans gluten, parfois onéreux. Et supprimer les produits laitiers, c’est se priver d’une excellente source de calcium, qu’il faudra trouver dans d’autres aliments, particulièrement chez les jeunes en croissance, les femmes enceintes ou après la ménopause.

Il ne faut pas croire non plus que « manger sans » est plus sain et garantit de ne jamais avoir de maladie. « C’est bien sûr une erreur, insiste le Dr Boutron-Ruault et cela ne dispense pas de rester vigilant et d’effectuer les dépistages recommandés. »

Enfin, manger différemment isole aussi quelquefois socialement, au risque de voir les invitations à dîner fondre comme neige au soleil. Et si la meilleure alimentation était tout simplement celle qui nous permet de manger de tout en quantité raisonnable et en agréable compagnie ?

 

En savoir plus

Les guides alimentaires du Programme National Nutrition Santé (PNNS)

 

* Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail

  • Isabelle Blin
  • Crédit photo : Flyfloor / istock

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