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Faut-il prendre une assurance sur nos moyens de paiement ?

Faut-il prendre une assurance sur nos moyens de paiement ?

De nombreuses banques vous incitent à souscrire une assurance contre le vol et la perte de vos moyens de paiement. Cette assurance, utile en cas de grave agression ou d’extorsion de code bancaire, est-elle vraiment efficace en cas de fraude sur internet ou du vol de votre carte ou de votre chéquier ?

Depuis plusieurs semaines, Olivier et Sarah font le tour des enseignes bancaires afin de faire jouer la concurrence. A chaque fois, les conseillers qui les reçoivent insistent sur l’importance de souscrire une assurance sur leurs moyens de paiement.

« Tous nous ont assuré que c’était le seul moyen d’être protégés. Qu’à défaut, nous courions un risque et que nous nous exposions à devoir payer des franchises », explique Olivier. Ils allaient souscrire à cette assurance quand un ami a émis un doute sur la nécessité d’une telle dépense…

 

Une assurance souvent souscrite en doublon

A la différence de ce jeune couple, nombreux sont les usagers bancaires qui se laissent tenter par une telle offre. « Les assurances moyens de paiement sont très souvent déjà incluses dans les packages bancaires », explique Maxime Chipoy, chargé de mission banque-assurance pour l’association de consommateurs UFC-Que choisir.

Résultat : on estime qu’un à deux tiers des Français possèdent une telle assurance, pour un prix qui oscille entre 20 et 40 euros par an. Et pourtant, ce service s’avère souvent inutile et redondant !

 

A la banque de prouver la faute lourde

Depuis l’ordonnance du 15 juillet 2009, sur les services de paiement, les banques ont l’obligation de rembourser intégralement à leurs clients, la totalité des sommes indûment prélevées en cas de vol de leur carte bancaires ou en cas d’utilisation frauduleuse de leur carte sur internet. Les clients ne subiront aucune perte, à moins d’une faute lourde de leur part. « Mais c’est à la banque de prouver la faute lourde de son client », précise Maxime Chipoy.

Ainsi, si vous êtes victime d’une utilisation frauduleuse de votre numéro de carte bancaire, lors d’un achat à distance et alors que votre carte est toujours en votre possession, vous n’êtes pas considéré(e) comme responsable, et votre banque est tenue de vous rembourser la totalité des sommes débitées, sans aucune limite ni franchise.

Si vous avez perdu ou vous êtes fait voler votre carte bancaire, vous êtes responsable des paiements et/ou des retraits effectués dans un distributeur automatique, dans la limite du plafond de 150 euros, jusqu’à ce que vous ayez fait opposition. Au-delà de ce montant, vous serez remboursé(e), à moins que la banque ne prouve votre comportement fautif : code secret noté sur une carte, carte non signée au dos, etc.

En cas de perte ou de vol de votre chéquier, là encore, une assurance ne s’avère pas réellement utile. Il vous suffira de demander à votre banque la vérification de la signature des chèques litigieux. Certes votre établissement peut trainer des pieds et faire durer la procédure, alors qu’avec une assurance vous seriez immédiatement pris en charge, mais au final, si votre signature a été falsifiée, vous serez remboursé(e).

 

Mais en cas d’agression ?

Il n’y a qu’en cas de vol d’espèces par agression à un distributeur automatique de billets ou d’extorsion du code secret de votre carte bancaire qu’une assurance moyens de paiement peut se révéler nécessaire : sans cette protection, vous ne seriez effectivement pas indemnisé(e).

Ces cas ne représentent qu’un pourcentage très faible des fraudes aux moyens de paiement et même avec cette assurance souscrite, les remboursements ne sont pas illimités et les banques fixent des plafonds variables.

Ces montants vont de 6 000 à 8 000 euros maximum en cas d’utilisation frauduleuse de votre chéquier, et ils redescendent à moins de 1 000 euros en cas de vol ou d’agression, voire à quelques centaines d’euros pour un retrait effectué dans un distributeur concurrent de votre établissement bancaire…

 

Alors, à quoi sert cette assurance ?

Finalement, son intérêt réside plutôt dans les protections « complémentaires », comme la perte ou le vol de votre téléphone portable, de vos papiers d’identité, de vos clés de maison ou de voiture.

Mais là encore, attention aux plafonds de remboursement pratiqués qui sont souvent très bas. Et parfois, les contrats d’assurance stipulent même que ces vols ou pertes de papiers, clés ou mobiles doivent être liés à ceux des moyens de paiement !

Relisez bien les conditions de couverture du contrat d’assurance proposé et demandez conseil à des associations de consommateurs ou d’usagers bancaires avant d’y souscrire.

 

Que faire en cas de fraude ?

Dès que vous découvrez une utilisation frauduleuse de votre carte bancaire ou de votre chéquier, faites opposition auprès de votre banque, par téléphone d’abord, puis par lettre recommandée avec accusé de réception. Selon la loi, votre banque est tenue de vous rembourser « immédiatement » et n’a pas à vous demander d’aller déposer plainte au commissariat ou à la gendarmerie.

Si elle tarde à vous rembourser, rapprochez-vous de l’Association française des usagers des banques (Afub), elle vous proposera des modèles de lettres de relance.

« Dans 80 % des cas, cela permet au client d’obtenir satisfaction, assure Serge Maitre, président de l’association. Sinon, il faut saisir le juge de proximité auprès du tribunal d’instance. »

Sachez que vous avez 13 mois, après le vol ou l’utilisation frauduleuse de votre carte, pour demander le remboursement.

 

Quelques chiffres

En 2012, 700 000 ménages se sont déclarés victimes d’une arnaque à la carte bancaire. 60 % des arnaques recensées mettaient en cause un achat sur internet, par téléphone ou par courrier, et le fameux « phishing » ou « hameçonnage » et les logiciels espions infiltrés sur votre ordinateur, lors de l’ouverture d’un email frauduleux*.

La fraude existe aussi chez certains commerçants qui copient les données confidentielles de votre carte bancaire lors du paiement.

* Source : Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDPR).

 

Pour en savoir plus

  • Virginie Plaud (ANPM)
  • Crédit photo : Nathanaël Mergui / Mutualité Française

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