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Zazie Hôtel

Le Zazie : un hôtel social et solidaire à Paris

Hôtel de tourisme à Paris, le Zazie est aussi une entreprise d’insertion. Il permet à des personnes éloignées de l’emploi de rebondir.

Quand on franchit la porte d’entrée du Zazie, on se croirait dans n’importe quel hôtel de tourisme de la capitale. À première vue, rien ne distingue cet établissement deux étoiles des autres. À part, peut-être, sa décoration « vintage ». Niché au cœur du 12e arrondissement, le Zazie est pourtant le premier – et pour l’instant l’unique – hôtel parisien à être également une entreprise d’insertion.

Agréée « entreprise solidaire d’utilité sociale »*, cette structure de l’économie sociale et solidaire (ESS) ne fait pas qu’accueillir des touristes de passage ou des professionnels en déplacement. Depuis 2013, elle fait travailler toute l’année et à temps plein des personnes en difficulté d’emploi. Des chômeurs de longue durée, des bénéficiaires des minima sociaux ou encore des personnes en situation d’analphabétisme.

 

Faire d’un hôtel un outil d’insertion

L’idée de cet hôtel d’un nouveau genre naît en 2009. Anne-Sophie de Boulois, à l’époque cadre dans l’édition en reconversion, cherche à « travailler autour du travail ». Elle réfléchit sur le sens de celui-ci, son utilité, avec à l’esprit que « nul n’est inemployable ». Anne-Sophie de Boulois imagine alors qu’un hôtel serait le support idéal pour une entreprise d’insertion.

« Le lieu est plutôt valorisant pour les salariés. Ils travaillent pour quelqu’un : leur objectif est de satisfaire les clients. Il y a donc une certaine fierté. Et puis les tâches sont suffisamment variées. »

Il lui faudra près de quatre ans pour mettre son projet sur les rails. Elle trouve un établissement à deux pas de la gare de Lyon. Et pour transformer cet hôtel classique en entreprise d’insertion, elle « réinternalise » le travail. L’entretien et la blanchisserie sont ainsi réintégrés, ce qui permet de doubler les effectifs.

 

Retrouver le goût du travail

Aujourd’hui, ils sont quatre salariés en contrat d’insertion : deux sont dédiés à la réception et deux à l’entretien des chambres. Dans leur mission, ils sont encadrés par quatre autres salariés chargés de les former. Pendant 12 à 24 mois, ils apprennent pas à pas les métiers de l’hôtellerie, jusqu’à ce qu’ils soient totalement autonomes. Un temps nécessaire pour bâtir un projet professionnel et se familiariser de nouveau avec les contraintes liées au travail. Pour retrouver un peu de confiance et d’estime de soi aussi.

Pendant toute la durée de leur contrat, ils reçoivent la visite chaque semaine d’un chargé d’insertion. Ce dernier les aide à avancer dans leur projet et à régler d’autres difficultés (logement, santé, endettement…). À l’issue, certains choisissent de poursuivre l’aventure dans le secteur, d’autres changent de voie et enchaînent avec une formation. Mais rares sont ceux que l’expérience laisse indifférents.

Depuis sa création, l’hôtel a accueilli une quinzaine de salariés en insertion. Comme Diariatou, qui vient tout juste de terminer son contrat. Après deux ans passés au Zazie, elle se verrait bien femme de chambre dans un 3 ou un 4 étoiles.

« Avant, je ne connaissais rien à l’hôtellerie. Ici, j’ai appris plein de choses. Je préparais le petit-déjeuner, je m’occupais de l’entretien des chambres, de l’escalier, des vitres mais également du linge… Et je me sens prête maintenant à travailler ailleurs. J’ai même quelques pistes. »

 

Un volet solidaire qui plaît aux clients

Côté clients, certains ne connaissent pas la spécificité du Zazie Hôtel. D’autres viennent justement pour elle. Retraitée, Yvette coule des jours heureux près d’Aix-en-Provence. Elle vient régulièrement dans la capitale pour assouvir sa passion pour l’opéra. Ce qui l’a attirée au début : le côté pratique (l’hôtel est tout près de l’Opéra Bastille), l’ambiance « comme à la maison » et les prix abordables.

« J’ai découvert le côté solidaire un peu par hasard, en discutant avec Anne-Sophie. Et j’ai trouvé l’initiative formidable. Cela prouve que des gens se bougent en France pour faire avancer les choses. Dommage qu’on n’en parle pas davantage ! »

Catherine, elle aussi, l’a appris sur le tard. Salariée d’un établissement public en Bretagne, elle se déplace plusieurs fois par mois sur Paris. Après quelques séjours au Zazie, elle a fini par comprendre ce qui s’y jouait.

« Du fait de mon métier, je suis sensible au management. Quand le service n’est pas très aimable, c’est souvent le signe d’un mal-être au travail. Ici, je sentais qu’il y avait une ambiance différente, une certaine humanité entre les personnes, de la bienveillance. »

Comme beaucoup d’autres clients, Catherine n’imaginait pas qu’il était possible de créer un hôtel « social et solidaire ». Et pourtant, le Zazie a su relever le défi. Faut-il y voir la preuve que les principes de l’économie sociale et solidaire peuvent s’adapter à tous les secteurs ? À vous d’en juger.

 

 

* L’agrément « entreprise solidaire d’utilité sociale » (ESUS) a été créé par loi sur l’économie sociale et solidaire de 2014. Réservé aux entreprises de l’ESS, il permet de bénéficier d’aides et de financements spécifiques.

  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : Angélique Pineau

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