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Illettrisme : oser en parler pour en sortir

Illettrisme : oser en parler pour en sortir

Pour les 2,5 millions de Français concernés, l’illettrisme est un véritable handicap au quotidien. Un mal invisible dont ils espèrent qu’il restera secret. Pourtant, il est possible d’apprendre à lire et à écrire à tout âge.

Lire la notice d’un médicament ou une histoire à ses enfants, comprendre les consignes de sécurité au travail, remplir un chèque ou retirer de l’argent à un distributeur. Autant d’actes quotidiens qui paraissent anodins à la plupart d’entre nous. Mais qui deviennent de véritables montagnes à gravir, quand on ne sait ni lire ni écrire.

En France, environ 2,5 millions de personnes sont en situation d’illettrisme, soit 7 % des 18-65 ans. Un phénomène qui reste encore trop souvent tabou dans notre société. « Cela a quelque chose de dérangeant car c’est admettre qu’une personne, parlant le français et qui a été scolarisée, peut ne pas maîtriser des compétences de base, comme lire, écrire et compter », précise Marie-Thérèse Geffroy, présidente de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI).

Pourquoi ces personnes n’ont-elles pas réussi à les maîtriser ? Les raisons diffèrent selon le parcours de chacun. Cela peut s’expliquer par un passé scolaire douloureux, des situations de rupture (déménagements et changements d’école fréquents par exemple), des difficultés familiales ou des problèmes de santé qui ont perturbé l’acquisition de ces savoirs dans l’enfance. L’illettrisme peut aussi être lié à un trouble du langage et de l’apprentissage non diagnostiqué.

 

Des idées reçues qui perdurent sur l’illettrisme

« Certains font encore l’amalgame entre illettrisme et immigration. Ce qui est une erreur », rappelle Marie-Thérèse Geffroy. Une autre idée reçue persiste : les jeunes seraient plus touchés, alors qu’en fait tous les âges le sont. Simplement, les difficultés augmentent inévitablement au fil des ans. Car si les connaissances sont très fragiles à la fin de la scolarité, elles s’estompent au fur à mesure que les bancs de l’école s’éloignent, surtout si elles sont peu utilisées à la maison ou au travail. Au point parfois de disparaître.

Ce n’est pas non plus un phénomène lié à l’exclusion : la majorité des personnes en situation d’illettrisme occupent un emploi. « Il y a même des cadres parmi elles », précise Pascal Moulette, maître de conférences à l’université de Lyon 2 (IUT Lumière-Coactis) et spécialiste de l’illettrisme au sein des entreprises. « Ce sont souvent de très bons techniciens dans leur domaine, des salariés performants qui ont développé d’autres savoir-faire, comme des qualités commerciales, ou d’autres acuités, comme une grande mémoire visuelle. »

 

De plus en plus difficile à cacher au travail

En clair, l’illettrisme touche toutes les couches de la société. Il y a donc forcément des personnes, dans notre entourage familial, amical ou professionnel, qui connaissent ce type de difficultés. Et qui tentent de les dissimuler par tous les moyens, par peur d’être jugées. Elles développent alors des stratégies pour ne pas être démasquées. Il n’est pas rare qu’elles aient oublié leurs lunettes ou qu’elles préfèrent emmener un document chez elles pour pouvoir le lire au calme, qu’elles refusent une formation prétextant une charge de travail trop importante… Si leur employeur n’est pas au courant, un collègue est parfois dans la confidence et les aide dans les situations où le recours à l’écrit est impératif.

Mais peuvent-elles toujours le cacher ? Au travail, en tout cas, cela devient de plus en plus compliqué. « Ces dernières années, il y a eu un envahissement des écrits (procédures qualité, échanges par mail plutôt que par téléphone…), un développement de la flexibilité (passer d’un poste à l’autre) et une hausse des contraintes en termes de sécurité (donc davantage de consignes). Ce qui met les personnes illettrées en situation d’instabilité, limite leur employabilité, augmente le stress et la peur de perdre leur emploi, souligne Pascal Moulette. Les entreprises ont donc tout intérêt à s’attaquer à ce problème, à la fois pour le bien-être de leurs salariés et par souci de productivité. »

 

Sortir de l’isolement

Pour toutes ces raisons, il est essentiel de ne pas rester enfermé dans l’illettrisme. D’oser en parler à un proche ou appeler Illettrisme Info Service au 0800 11 10 35 pour solliciter aide et conseils. Car contrairement à ce qu’on imagine, il est possible d’en sortir, même si c’est parfois un long chemin. De nombreuses personnes ont réussi à apprendre (ou à réapprendre) à lire et à écrire à l’âge adulte. Il existe d’ailleurs des formations dans toute la France, la plupart sont gratuites ou finançables par son entreprise dans le cadre du compte personnel de formation (CPF).

Alors soyons attentifs et bienveillants et si quelqu’un a une fâcheuse tendance à oublier ses lunettes, peut-être a-t-il simplement besoin qu’on lui tende la main ?

 

Pour en savoir plus

  • Le numéro vert Illettrisme Info Service (0800 11 10 35) est destiné aux personnes cherchant de l’aide, des informations, des conseils et des solutions. Les appels sont redirigés vers un centre de ressources illettrisme.
  • Retrouvez également les coordonnées des centres de ressources illettrisme dans les régions sur le site de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI).
  • Le site officiel pour mieux comprendre le compte personnel de formation (CPF).
  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : mediaphotos / iStockphoto

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