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Accès aux soins : quels sont les futurs enjeux ?

Pourra-t-on vraiment continuer à être bien soigné ? Parce que le contexte climatique, économique, territorial change, cette question préoccupe de nombreux citoyens. La lutte contre la désertification médicale était un des thèmes abordés lors du séminaire des élus Harmonie Mutuelle.

Accès aux soins : quels sont les futurs enjeux ?

Que sait-on des effets du changement climatique sur la santé ? Finalement, pas encore grand-chose. Et pourtant, peut-être assez pour se saisir des nouveaux enjeux qui émergent. C’est en tout cas l’éclairage qu’a apporté Thierry Pech, directeur général du groupe de réflexion Terra Nova lors d’une conférence organisée en juin 2019 par Harmonie Mutuelle. « Les relations entre le réchauffement climatique et les problèmes de santé sont encore peu explorées. La communauté scientifique elle-même est prudente », reconnaît-il avant d’esquisser une première cartographie. En plus des phénomènes météorologiques extrêmes entraînant un dérèglement climatique, Thierry Pech souligne l’aspect sanitaire et notamment épidémiologique : « C’est un champ que la médecine avait déserté. On voit revenir des maladies qu’on croyait bannies. Le réchauffement risque de ramener le problème des infections au cœur de nos préoccupations ». Selon lui, la société va renouer avec un raisonnement sanitaire ancien, en attachant de l’importance à l’environnement pour mieux comprendre comment se protéger. Et d’ajouter comme une évidence qu’« aucun médicament ne peut faire baisser la température d’une ville »…

À ses côtés, Fanny Giansetto, enseignant-chercheur, membre de l’association de défense de la planète « Notre affaire à tous », rappelle l’importance du temps et du long terme : « Si on considère les perturbateurs endocriniens, il y a un effet transgénérationnel : cela prendra du temps à se révéler et n’aura parfois d’effets qu’au bout de plusieurs générations. C’est évident sur les effets des pesticides », estime-t-elle. Tous les deux ont souligné le rôle des entreprises, dans leur propre pollution mais aussi dans la prévention auprès des salariés. Thierry Pech anticipe aussi l’effet au niveau du capital. « La valeur des entreprises va être modifiée par le changement climatique. Un dirigeant prévoyant doit anticiper la dévalorisation de ces actifs. En ce sens, la sphère financière est un bon levier d’accélération de vigilance pour le climat ».

Assemblée générale - accès aux soins

La révolution du soin

Invité à partager sa vision de la médecine de demain lors d’une autre conférence organisée en juin 2019 par Harmonie Mutuelle, le professeur Guy Vallancien, chirurgien et membre de l’Académie nationale de médecine, a détaillé les changements à venir. « Nous quittons un vieux monde, celui du médecin, seul, dans son cabinet. Nous allons vers un monde collaboratif où les kinésithérapeutes, les podologues, les infirmières et d’autres professionnels de santé travailleront ensemble ». Il estime que le besoin en médecin n’est pas plus important mais différent. Et invite à former davantage d’infirmières au niveau master.

Selon lui, il faut pouvoir déléguer à des maisons de santé, disposant de kits de biologie et d’échographie de base. « 85 % de maladies bénignes peuvent être soignées par des personnes de proximité. Nous avons tous les moyens humains et techniques pour un système de santé mieux régulé et qui ne coûte pas plus cher » a-t-il résumé. Une vision qui rejoint celle de la mutuelle, comme le souligne Stéphane Junique, président d’Harmonie Mutuelle. « Car la santé fait partie des garants du bien-vivre, de notre cadre commun et des droits fondamentaux ».

Limites et grandeurs de l’intelligence artificielle

Au programme aussi de cette conférence, la robotisation dans le monde médical, à commencer par l’intelligence artificielle (IA). A ce sujet, le professeur Guy Vallancien a tenu à rassurer sur les capacités cérébrales de l’homme « inimaginables » et bien plus étendues que le domaine figé et particulier du calcul de l’IA. Pour lui, l’avenir tient néanmoins dans la collaboration homme-machine. « Demain l’IA sera capable d’établir un diagnostic, et de détecter des symptômes bien avant moi » prévoit-il. « Mais le médecin aura besoin d’autres qualités. L’empathie, mais aussi l’analyse des données et du vécu de son patient » a-t-il poursuivi.

La téléconsultation encouragée

Si Guy Vallancien n’a laissé aucun doute sur son opposition au maintien de petites cliniques locales – « Au nom de la proximité, on tue légalement chaque jour, car le manque de pratiques médicales rend dangereux ceux qui l’exercent » – il a vivement encouragé la télémédecine. Un chemin sur lequel travaille depuis quelques temps déjà le groupe VYV qui a installé des cabines dans des EHPAD. Avec notamment le cas en Mayenne, où elle est à l’origine de la création d’un pôle de santé. « Nous n’avons pas construit le projet médical, mais nous l’avons facilité pour que l’ingénierie soit la plus efficace possible » a expliqué Boris Coterel, président de la Mutualité Française Anjou-Mayenne. « Nous sommes l’un des acteurs qui soutient le développement de la télémédecine. La mutuelle est désormais un partenaire de terrain pour encourager les projets de santé en collaboration avec le maire et les acteurs du monde médical ».

  • Marine Fauvel
  • Crédit photo : Getty Images - Photo Assemblée générale : Youssef Larayedh

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