Droit de visite en Ehpad : les résidents retrouvent le sourire

Avant le 11 mai, les Ehpad ont pu faire revenir les familles des résidents grâce à un droit de visite très encadré. Il fait suite à la période délicate de confinement, durant laquelle les proches ont dû trouver différents moyens de maintenir le lien coûte que coûte avec leurs aînés. L’exemple de la résidence mutualiste La Noé à Rennes.

Droit de visite en Ehpad : les résidents retrouvent le sourire

Le confinement aura été compliqué pour tout le monde. Plus encore pour les personnes âgées résidant dans des Ehpad (800 000 personnes en France). On sait que l’isolement social peut conduire cette population à des syndromes de glissement. Et il ne faut pas non plus négliger leurs proches.

« Souvent, ce sont plutôt les familles qui sont en souffrance, observe d’ailleurs Patricia Lhommelet, directrice de la résidence mutualiste La Noé, à Rennes (83 résidents). En bonne partie, les enfants des résidents sont eux-mêmes âgés et le contexte actuel renforce leur anxiété. » Les proches, justement. Comment ont-ils assumé la période de confinement, du 17 mars au 11 mai, et quelles solutions ont-ils trouvées pour, malgré tout, préserver le lien avec leurs aînés en Ehpad ?

Succès des « tablettes Skype »

À la résidence La Noé, par exemple, les familles ont utilisé de nombreux moyens en confinement pour entretenir ce lien. Beaucoup d’entre elles ont adressé à la personne âgée des photos des enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants. Certes, il a fallu gérer ce flux de courriers, mais aussi aider les résidents à en prendre connaissance. « La présence d’une jeune volontaire en service civique, Léa, a été précieuse de ce point de vue, pour lire les nombreuses lettres aux résidents », se félicite Rozanne Beurel, coordinatrice du secteur Animation.

Mais, très vite, des moyens plus modernes ont été déployés. « Assez rapidement, nous avons mis en place des tablettes connectées à Skype afin que les résidents puissent voir leur famille et dialoguer avec elle », souligne Patricia Lhommelet. Cela a bien sûr nécessité une organisation rigoureuse. Une formation d’abord : certains enfants, eux-mêmes âgés, ont été familiarisés à l’outil par le personnel de l’Ehpad. Une planification ensuite : chaque famille doit s’inscrire à l’avance et fixer un horaire de rendez-vous avec son parent (plusieurs créneaux sont toujours proposés), en concertation avec le personnel de la résidence.

Dans cet établissement, comme dans d’autres, les tablettes Skype ont très bien fonctionné, avec plusieurs demandes par jour. Au bout de deux semaines de confinement, toutefois, le personnel de l’établissement a constaté que, malgré les tablettes, la relation physique finissait par manquer aux résidents et à leur famille.

En manque de contact physique

Pour certains aînés, le manque de contact physique, en particulier, est douloureux. « Certaines personnes âgées faisant partie de nos résidents désorientés sont très tactiles et ont du mal à accepter la distance que nous avons été obligés d’instaurer, avec les masques et les gestes barrière, note Laurence Triverio, infirmière coordonnatrice à la résidence La Noé. Alors de temps en temps nous baissons le masque pour leur montrer notre visage et, sinon, on essaie de sourire avec les yeux ! ».

Sur les 42 résidents de La Noé, une petite dizaine avait l’habitude de recevoir leur famille chaque jour. Pour certains d’entre eux, le confinement aura été pénible. « Je pense en particulier à une dame qui avait l’habitude d’aller chez ses enfants tous les week-ends. On observe chez elle un léger glissement et nous restons bien sûr très attentifs », confie le médecin de la résidence, Joseph Hubert, qui se réjouit toutefois qu’aucun résident n’ait été infecté par le Covid-19.

Pour respecter la distanciation sociale souhaitée, l’établissement a dû faire servir les repas en chambre. « Un grand changement d’organisation pour le personnel, et une épreuve pas toujours simple pour les personnes âgées, explique Patricia Lhommelet. Heureusement, nous disposons d’un jardin où chacun peut se promener librement. »

Le retour tant attendu des visites

Puis les familles sont revenues. Suite à l’annonce faite par le gouvernement, le 19 avril, de permettre les visites en Ehpad — à condition de respecter un protocole précis —, les établissements concernés ont dû s’organiser. Dès le lundi 27 avril, la résidence La Noé ouvrait de nouveau ses portes aux familles. Comme pour Skype, les visiteurs prennent rendez-vous. « Ils restent dans le hall d’entrée, où nous avons installé une séparation en plexiglas », explique Rozanne Beurel.

Conformément aux décisions gouvernementales, les proches (deux maximum) doivent signer une charte de bonne conduite, remplir un questionnaire attestant l’absence de symptômes, se laver les mains au gel hydroalcoolique, porter un masque et se faire prendre la température. Et le personnel désinfecte les lieux avant chaque visite.

Des retrouvailles magiques

« Lorsqu’un résident voit sa famille arriver masquée, c’est un peu anxiogène, confie Patricia Lhommelet. Les personnes désorientées ont du mal à comprendre ce nouvel environnement. Cela dit, les retrouvailles sont souvent magiques, même si le plexiglas empêche certains résidents d’entendre suffisamment pour dialoguer. » À souligner : une petite partie des familles vit mal l’ouverture des visites et les risques qu’elles font prendre. « Il faut comprendre que nous allons devoir vivre longtemps avec ce virus et que certains risques doivent être pris pour que la nécessaire reprise du lien social et familial se fasse », commente Patricia Lhommelet.

En tout cas, le droit de visite rencontre un vrai succès : l’agenda est rempli sur les deux semaines à venir.

Trois Questions À

Valérie Demarle
Crédit photo : DR

Valérie Demarle est directrice opérationnelle Autonomie VYV3 Pays de la Loire. Dans la région, VYV3 gère 70 établissements et services mutualistes, dont 27 Ehpad.

Comment les personnes âgées ont-elles réagi au retour des visites ?

Dès les premières visites, fin avril, nos établissements ont partagé avec le comité de direction les premières réactions des résidents. La charge émotionnelle fut palpable pour les résidents, qui n’avaient pas vu leurs proches physiquement depuis un mois et demi.

Comment se manifeste-elle ?

Un grand nombre d’entre eux finissent leur journée avec un grand sourire tant la joie des retrouvailles était forte. Une petite minorité rentre de la visite avec un mélange de bonheur et de tristesse que la rencontre soit déjà achevée et qu’il faudra attendre un petit moment avant de ne pouvoir de nouveau se retrouver.

Comment préparez-vous le déconfinement ?

Avec une grande prudence. En effet, les mesures de confinement vont progressivement se lever car nous souhaitons organiser et mettre en œuvre le déconfinement de manière contrôlé pour ne pas risquer d’anéantir toutes les protections qui ont fait leur preuve. Le déconfinement génère des interrogations et va demander beaucoup d’énergie à l’encadrement et aux équipes des établissements et services. Nous serons prêts à les accompagner car le CODIR rédige en ce moment un « guide du déconfinement responsable ».

  • Félix Maréchal
  • Crédit photo : DR

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