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La place des femmes dans les instances des mutuelles

La place des femmes dans les instances des mutuelles

Militante mutualiste de longue date, l’actuelle secrétaire générale de la FNMF, Dominique Joseph, a beaucoup œuvré à la création de MutElles, le premier réseau de femmes en Mutualité. Deux ans après son lancement, elle dresse le bilan du chemin parcouru.

Pourquoi la Mutualité Française a-t-elle décidé de lancer un réseau dédié aux femmes ?

Dominique Joseph

Dominique Joseph : La création du réseau MutElles résulte d’une prise de conscience : il fallait proposer un cadre permettant de favoriser le développement de la parité dans nos instances de décision. Cela faisait déjà plusieurs années que la Mutualité réfléchissait à la façon de féminiser ses conseils d’administration et sa gouvernance en général.

Tout au long de mon parcours mutualiste, j’avais moi-même observé que les femmes étaient très peu présentes aux endroits stratégiques. Et cela alors que notre mouvement est démocratique, social, et que son premier métier est celui de la complémentaire santé, un domaine qui concerne particulièrement les femmes. On sait bien que ce sont généralement elles qui gèrent cette question au sein de leur famille.

Finalement, le retour d’image de notre mouvement ne montrait pas son vrai visage, ses valeurs, et ne correspondait pas à l’image de la société. La loi de 2015, qui nous impose une parité de 40 % a minima dans nos conseils d’administration d’ici à 2021, a constitué une belle opportunité pour faire avancer les choses. Nous n’étions que 24 % de femmes. Et, d’après notre observatoire de la parité, nous n’avions progressé que de 1,5 point en dix ans… Selon mes calculs, à ce rythme-là, il nous aurait fallu cent quarante ans pour atteindre les objectifs ! En observant les autres groupes, nous avons constaté que, partout où il y avait eu cette volonté politique de féminisation, un réseau avait été mis en place. D’où la décision de créer MutElles.

 

Quels sont les moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs ?

D. J. : Après la création officielle du réseau et la grande conférence nationale de lancement du 1er juin 2016, nous avons organisé des mini-conférences dans les mutuelles adhérentes. Avec d’autres membres du comité de coordination de MutElles, nous sommes intervenues dans les CA et devant des groupes de militants pour expliquer pourquoi il était important que nos instances se féminisent. Nous avons également demandé aux mutuelles de se saisir de ces questions en préparant elles-mêmes des conférences, des ateliers, des petits-déjeuners et des « after-work ».

Lors de ces événements organisés sous l’égide de MutElles, nous intervenons en apportant un peu d’ingénierie, des documents, des badges, des affiches, ainsi que notre réseau d’intervenants. Ces rencontres permettent le partage d’expériences : les femmes parlent de leur parcours, échangent en toute confiance et de façon transparente sur les erreurs à éviter, les obstacles qu’elles ont pu rencontrer… L’idée, c’est de libérer la parole, de leur donner envie et de les encourager à oser prendre leur place dans les instances de décision.

 

Deux ans après la formation du réseau, quel bilan peut-on faire ?

D. J. : Nous sommes passés de 24 % de femmes dans nos CA en 2016 à 26 % à la fin de l’année 2017. Cette moyenne cache d’importantes disparités. Même si nous ne sommes pas au rendez-vous en 2021, nous pourrons afficher un nombre honorable de mutuelles ayant atteint la parité. Désormais, la question de la féminisation des instances est bien intégrée, elle fait partie des paramètres. A chaque renouvellement de CA, elle compte parmi les principales préoccupations des présidents mutualistes. Je précise d’ailleurs que les hommes de la Mutualité, qui nous ont beaucoup soutenues, peuvent adhérer à notre réseau depuis le début de l’année.

 

Quelles sont les évolutions prévues ?

D. J. : MutElles a aussi la volonté de porter des sujets comme l’égalité professionnelle – une conférence lui sera consacrée à l’automne. À travers ce réseau, la Mutualité espère avoir un écho auprès du grand public sur des sujets sociétaux. Je souhaite par exemple ouvrir le débat sur la bioéthique ou sur la façon dont les professionnels avec lesquels nous travaillons dans nos structures sanitaires et sociales pourraient détecter les situations de violence au sein des familles. Le réseau sera d’ailleurs particulièrement vigilant quant à l’application de la loi qui a suivi le mouvement #metoo.

  • Delphine Delarue - ANPM-France Mutualité
  • Crédit photo : jeffbergen/GettyImages - crédit portrait: Ciem

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