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Ligue contre le cancer : « 100 ans et toujours plus active »

Ligue contre le cancer : « 100 ans et toujours plus active »

Soutenir la recherche, faire de la prévention, accompagner les malades et leurs proches sont les missions de la Ligue contre le cancer depuis 100 ans. Entretien avec Jacqueline Godet, présidente de la Ligue contre le cancer.

Qu’est-ce que cela fait d’avoir 100 ans ?

Jacqueline Godet
Jacqueline Godet ©Vincent Blocquaux

Jacqueline Godet : C’est d’abord un grand honneur, car la Ligue a été très active pendant 100 ans. Grâce aux ligueurs, elle continue de jouer un rôle important dans la société, pour et avec la population. Chaque famille est atteinte directement ou indirectement par le cancer. Et même si l’on guérit près de 60 % des cancers, il reste encore beaucoup à faire. Pour la Ligue, 2018 se présente, non pas comme une fin, mais comme une étape, un nouvel élan.

Notre centenaire sera célébré, le 14 mars, à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, en réunissant un maximum de personnes. Cette manifestation est ouverte à tous. Le 9 juin, à midi, avec les 103 Comités départementaux de la Ligue, nous marquerons l’événement en faisant cent secondes de bruit contre le cancer.

Puis, le 21 novembre, au Conseil économique, social et environnemental à Paris, nous organiserons les premiers États généraux de la prévention des cancers. Nous voulons qu’ils jouent le même rôle que les États généraux des malades de 1998, qui ont eu un impact important sur la politique menée contre le cancer ces dernières années.

En France, on a diagnostiqué près de 400 000 nouveaux cas de cancer en 2017. Mais les études scientifiques prouvent que 40 % des cancers seraient évitables par des changements de comportement collectif ou individuel.

2018 est la bonne année pour tenir des États généraux de la prévention des cancers, parce que c’est notre centenaire, mais aussi parce que les autorités publiques font de la prévention en santé une priorité nationale. Et la prévention des cancers est évidemment fondamentale. Les États généraux de la prévention des cancers seront largement ouverts à la société civile. Leur objectif est de présenter aux autorités publiques des propositions d’actions en prévention qui soient efficaces et équitables durant les 5 à 10 années à venir.

 

Quels sont les nouveaux combats à mener ?

J. G. : La prévention, une mission historique de la Ligue, est un combat qui va prendre une dimension inédite en 2018. Avec les premiers États généraux de la prévention des cancers, mais aussi par l’ampleur des actions menées, notamment auprès des enfants.

Nous sommes en train de réaliser une opération baptisée « Un comité, une école ». Chaque Comité départemental de la Ligue se rend à minima dans une école pour interroger les enfants âgés de 9 à 14 ans sur les risques du cancer et comment s’en protéger. Les élèves vont ainsi pouvoir s’exprimer très librement sur ces sujets.

Nous allons évidemment maintenir et accroître nos efforts pour soutenir la recherche, car il s’agit de continuer à favoriser l’émergence de nouveaux progrès thérapeutiques. Mais ces progrès s’accompagnent d’un nouveau défi : le prix des médicaments anticancéreux innovants. Nous allons poursuivre notre combat contre leur coût exorbitant qui menace notre système de santé et la Sécurité sociale. En effet, plus les travaux de recherche avancent, plus on se rend compte que pour atteindre une efficacité maximale de traitement, il faut combiner plusieurs médicaments… et le prix du traitement explose.

En France, les prix des médicaments sont négociés par le Comité économique des produits de santé (CEPS). Or cette négociation, unique pour tous les médicaments, se fait dans des conditions peu transparentes. Nous demandons que les usagers puissent être membres actifs de ces négociations et y apporter leur connaissance de la vie réelle.

 

 

En quoi la donne a-t-elle changé en matière de prévention contre le cancer ?

J. G. : Le numérique et les réseaux sociaux ont apporté une nouvelle forme de proximité avec nos publics, et notamment les 15-25 ans. La Ligue est présente sur les réseaux sociaux et capitalise de plus en plus de « fans » et de « followers ». C’est un important vivier de prospection. Les réseaux sociaux constituent également d’excellents relais pour nos messages de prévention à destination des jeunes adultes.

Il est important d’actionner tous les leviers, car en France, les campagnes de prévention ont parfois du mal à être entendues. Par exemple, cela fait des années que l’on communique sur l’importance du dépistage du cancer du sein… mais le taux de dépistage ne dépasse pas 54 %, malgré les efforts de l’INCa et des Comités départementaux de la Ligue.

 

Le gouvernement a lancé un nouveau plan contre les déserts médicaux. Dans votre mission, comment prenez-vous en compte cette problématique de l’accès aux soins ?

J. G. : L’évolution de l’accès aux soins des Français est de plus en plus inéquitable, pour plusieurs raisons. C’est entre autres le coût toujours plus élevé des médicaments anticancéreux. C’est aussi l’éloignement des centres de soins, avec la fermeture d’hôpitaux, qui pose des problèmes importants pour les chimiothérapies. Ce sont les difficultés d’accès aux médecins généralistes. Or, de plus en plus de cancers pourront être traités par voie orale. Ces patients devront être suivis par un médecin généraliste.

Il faut aider les généralistes par une information continue sur l’évolution des traitements, ainsi que d’autres professionnels de santé amenés à jouer un rôle dans le traitement ambulatoire des cancers : les pharmaciens, les paramédicaux (kinés, infirmiers libéraux…). C’est une nouvelle problématique d’accompagnement des malades, rendue plus aiguë par les déserts médicaux, qui émerge. Cela fait partie de nos combats dès 2018.

Aujourd’hui, il existe 103 Comités départementaux, présents en plusieurs sites dans chaque département. Cette proximité avec les Français est capitale. Elle nous permet de connaître et de recenser tous les besoins de la population. Nous rédigeons chaque année le rapport de l’Observatoire sociétal des cancers. Ce document est utilisé par les pouvoirs publics.

 

Les mutuelles peuvent-elles s’associer à votre combat ?

J. G. : Les mutuelles ont un rôle à jouer. Et il deviendra de plus en plus important dans la mesure où celui de notre système de santé solidaire pourrait se trouver réduit. Il est souhaitable que les mutuelles, très largement implantées sur le territoire, agissent auprès de la population pour mener des actions de prévention et d’éducation à la santé. Mais elles peuvent aussi œuvrer de façon harmonieuse avec la Ligue, en portant le plaidoyer de nos actions et des besoins des Français auprès des décideurs politiques. Il y a des collaborations inédites à inventer entre les associations et les mutuelles. La santé est un bien précieux qui mérite de casser les silos et une approche parfois iconoclaste, en rassemblant le maximum de forces, de créativités et d’acteurs.

  • Jean Chezaubernard
  • Crédit photo : Steve Debenport/Getty images

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