Santé et protection sociale : quatre candidats à la présidentielle dévoilent leurs propositions

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Amélioration de l’accès aux soins et des délais de prise en charge, revalorisation de l’hôpital public, recrutement de médecins… Autant de propositions pour la santé et la protection sociale formulées par quatre candidats à la présidentielle à l’invitation de la Mutualité Française pour un « Grand Oral ».

Grand Oral Place de la Santé des candidats à la Présidentielle

La dernière fois, c’était en 2017. Tous les cinq ans, la Mutualité Française organise un grand oral des candidats à la présidentielle. Objectif : prendre connaissance de leurs propositions en matière de santé et de protection sociale. Le 1er mars 2O22, au Palais-Brongniart à Paris, Yannick Jadot, Anne Hidalgo, Fabien Roussel et Valérie Pécresse ont répondu à l’invitation de la Mutualité Française pour ce Grand Oral retransmis en direct sur le site Place de la Santé en présence des principaux think tanks français : la Fondation Jean Jaurès, la Fondation pour l’innovation politique, l’Institut Montaigne et Terra Nova.

En toile de fond : les attentes actuelles des Français en matière de santé. Elles ont été décryptées par une vaste enquête, menée à cette occasion par l’institut Harris Interactive, sur le regard des Français concernant les systèmes et les enjeux de santé.

Éric Chenut, président de la Mutualité Française, qui a organisé ce Grand Oral des candidats à la Présidentielle
Éric Chenut, président de la Mutualité Française, qui a organisé ce Grand Oral des candidats à la présidentielle. Crédit photo : DR Mutualité Française.

Près de 9 Français sur 10 préoccupés par l’accès aux soins

Dévoilés ce même jour par Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de Harris Interactive, les résultats de cette enquête montrent notamment que l’accès aux soins constitue un sujet de préoccupation pour 87 % des personnes interrogées et que 58 % des Français déclarent avoir déjà renoncé à des soins à cause des délais d’obtention d’un rendez-vous. Ils se posent de nombreuses questions sur l’avenir du système de santé et de la protection sociale dans un contexte de transition démographique, numérique et environnementale.

En proposant ce Grand Oral, la Mutualité Française s’était donnée pour ambition de porter ces enjeux au cœur de la campagne présidentielle. Chaque candidat présent avait 7 minutes pour dévoiler son programme pour la santé puis répondait aux questions d’experts issus des think tanks partenaires ou de la Mutualité Française, dans le cadre d’échanges animés par la journaliste Apolline de Malherbe.

Avant de donner la parole aux candidats, Éric Chenut, président de la Mutualité Française, a souligné que les trois enjeux décrits plus haut montrent qu’il est « urgent de réinterroger les fondamentaux du système de santé ». Il a également mis l’accent sur « la participation de tous les corps intermédiaires, prérequis indispensable » pour la fondation d’une « protection durable ».

Yannick Jadot : lier santé humaine et santé environnementale

C’est Yannick Jadot qui a ouvert la marche. Son credo : prendre en compte le lien existant entre santé humaine (mais aussi animale) et santé environnementale. Le candidat écologiste souhaite placer l’hôpital public au cœur de la politique de santé. Et rompre avec l’idée que l’hôpital public soit « considéré comme une entreprise devant être rentable ». Pour illustrer son propos, Yannick Jadot a évoqué par exemple la tarification à l’acte, la réduction de lits ou encore l’Ondam (Objectif national de dépenses d’Assurance maladie). « L’hôpital public ne doit pas être une variable d’ajustement de notre système de santé » a-t-il affirmé avant de préciser qu’il activerait, s’il était élu, le recrutement de 100 000 infirmiers, parallèlement à une amélioration des conditions de travail et de rémunération.

À propos de la santé environnementale, Yannick Jadot souhaite « sortir du déni » et travailler autour de la trop forte exposition aux polluants. Il appelle aussi à un recentrage de la politique de santé autour de la prévention, regrettant que celle-ci ne compte que pour 1,8 % du budget de la santé.

Par ailleurs, le candidat écologiste déplore « l’injustice profonde » en matière d’espérance de vie, qui se manifeste par une dizaine d’années d’écart entre cadres et ouvriers, et prône une meilleure prise en compte de la pénibilité.

Pour Yannick Jadot, « l’hôpital public ne doit pas être une variable d’ajustement de notre système de santé »
Pour Yannick Jadot, « l’hôpital public ne doit pas être une variable d’ajustement de notre système de santé ». Crédit photo : DR Mutualité Française.

Anne Hidalgo : l’hôpital est avant tout un bien commun

De son côté, Anne Hidalgo a souligné que, même avant le Covid, les soignants faisaient déjà remonter l’idée que l’hôpital va mal et que l’on ne peut pas avoir à son égard une exigence de rentabilité. « Il faut considérer l’hôpital comme un bien commun et en finir avec le concept d’hôpital-entreprise », a-t-elle ajouté. Elle estime comme Yannick Jadot que « l’hôpital public ne peut être financé à partir d’un Ondam et d’une tarification à l’acte ». La candidate du parti socialiste a précisé qu’elle refondera profondément l’hôpital public, en lien avec les représentants élus de la nation et des territoires.

Au sujet des déserts médicaux, Anne Hidalgo a annoncé vouloir former 15 000 médecins par an ainsi que davantage d’infirmiers et de sages-femmes. Elle souhaite également adopter une mesure d’urgence consistant à utiliser la 4e année d’internat comme une année de professionnalisation, en proposant aux internes de se rendre dès 2022 dans les déserts médicaux, contre une rémunération mensuelle de 3 500 euros.

Anne Hidalgo a par ailleurs déploré l’écart entre la France et la Suède concernant le vieillissement en bonne santé (jusqu’à 65 ans pour la première, 73 ans pour la seconde). Un écart « lié à l’absence d’une politique de santé publique, qui passe par la santé environnementale et la prévention ». Enfin, la maire de Paris s’est dit opposée à l’idée de « grande sécu, « qui serait une technocratisation de la santé ».

Selon Anne Hidalgo, il faut « en finir avec le concept d’hôpital-entreprise »
Selon Anne Hidalgo, il faut « en finir avec le concept d’hôpital-entreprise ». Crédit photo : DR Mutualité Française.

Fabien Roussel : « Reconstruire une grande Sécurité sociale du XXIe siècle »

Son tour venu, Fabien Roussel a fustigé « la vision comptable de la santé » en œuvre, selon lui, depuis 30 ans dans notre pays, ainsi qu’une « santé marchandisée ». Le projet du candidat communiste est de « reconstruire une grande Sécurité sociale du XXIe siècle » qui prendrait en charge 100 % des soins et s’appuierait sur l’hôpital public, sur la médecine ambulatoire et sur le réseau de santé territorial.

« Dans cette grande Sécurité sociale, le mouvement mutualiste prendrait toute sa place, lui qui n’est pas motivé par des objectifs de rentabilité », a ajouté Fabien Roussel. Il a également déploré qu’en 25 ans « la fiscalité ait été multipliée par quinze sur les mutuelles » et que ces dernières aient été « mises en concurrence avec les assurances privées ».

Pour lui, « la proximité du mouvement mutualiste avec la population lui donne l’expertise et la légitimité » afin de pouvoir « jouer tout son rôle » et d’ouvrir son champ « à d’autres secteurs comme celui des Ehpad ». « Cette nouvelle page du XXIe siècle, nous voulons l’écrire avec vous », a-t-il affirmé en s’adressant au mouvement mutualiste.

Le candidat du parti communiste s’est aussi exprimé sur le sujet des laboratoires pharmaceutiques. « Leur logique étant de produire des médicaments qui rapportent et d’abandonner ceux qui coûtent, je suis pour une prise de participation de l’État dans l’actionnariat de ces groupes », a lancé Fabien Roussel. Il appelle à la création d’un établissement public du médicament, qui aurait pour mission d’investir, sur la base des moyens financiers de l’État, dans la recherche et dans la relocalisation de la production de médicaments. « Je nationaliserai Sanofi », a-t-il précisé.

Fabien Roussel plaide pour « la création d’un établissement public du médicament »
Fabien Roussel plaide pour la création d’un « établissement public du médicament ». Crédit photo : DR Mutualité Française.

Valérie Pécresse : autonomie des territoires, des établissements hospitaliers et des professionnels de santé

Fermant le ban des candidats, Valérie Pécresse a démarré par un état des lieux de la santé en France. La candidate des Républicains a dressé le constat d’un système de santé « en grande souffrance, avec 5 millions de personnes qui n’ont plus de médecin traitant ». Elle a regretté « un appauvrissement de ce système ces 10 dernières années » ainsi qu’une « recherche française qui n’a pas réussi à trouver un vaccin contre le Sars-Cov-2 alors que des entrepreneurs français ont créé Moderna aux États-Unis et Valneva en Écosse ».

Face à ces carences, Valérie Pécresse veut décentraliser les offres de santé et « donner davantage de compétences » aux professionnels de santé dans les territoires. Il s’agirait en particulier de confier la présidence des agences régionales de santé (ARS) aux régions. La candidate prône aussi la création d’un statut de « docteur junior » pour les généralistes, consistant à envoyer 4 000 jeunes médecins chaque année suivre une année d’étude supplémentaire, en l’occurrence de stage obligatoire, dans les « territoires carencés », en contrepartie d’une augmentation du prix des consultations. Par ailleurs, infirmières, sages-femmes et pharmaciens se verraient confier davantage de responsabilités. Objectif : diviser par deux le délai d’accès aux soins depuis chez soi.

Valérie Pécresse souhaite également lancer une politique de prévention globale (avec l’objectif de gagner 3 ans d’espérance de vie en bonne santé sur 10 ans) et innover en créant des écosystèmes de recherche public-privé et en appuyant le développement des biotechs. La candidate envisage par ailleurs de recruter 25 000 soignants et de former deux fois plus de médecins qu’aujourd’hui. Elle plaide également pour une débureaucratisation de l’hôpital, avec plus de pouvoir aux chefs de service pour que les médecins soient placés au cœur de sa gestion, mais aussi pour une tarification qui dépendrait de l’avis des patients sur la qualité des soins reçus.

Valérie Pécresse regrette que « la recherche française n’ait pas réussi à trouver un vaccin contre le Sars-Cov-2 »
Valérie Pécresse regrette que « la recherche française n’ait pas réussi à trouver un vaccin contre le Sars-Cov-2 ». Crédit photo : DR Mutualité Française.

Pour Éric Chenut, continuer à nourrir le débat sur la santé

En conclusion, Éric Chenut, le président de la Mutualité Française, a confié avoir apprécié l’utilité de ce « moment démocratique », tout en constatant que les propositions formulées par les candidats « ne sont pas forcément antinomiques ». Comment prolonger ces échanges ? « Nous allons continuer à nourrir ce débat et nous ne le ferons pas seuls. Nous le ferons avec les milliers de femmes et d’hommes élus et salariés qui réfléchissent à l’émergence de solutions [au sein du mouvement mutualiste] mais aussi avec nos 65 partenaires du Pacte du pouvoir de vivre et à travers notre implication dans l’Économie sociale et solidaire » et son groupement initié par ESS France.

Concrètement, la Mutualité Française a demandé aux candidats d’apporter des éclairages sur leurs propositions en matière de santé et de protection sociale, afin d’en faire un bilan complet dans la perspective des élections. Objectif : que les Français « puissent faire leur choix en connaissance de cause les 10 et 24 avril 2022 ».

  • Félix Maréchal
  • Crédit photo : DR Mutualité Française

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