La sobriété au coeur de la transition écologique des territoires

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Face au défi de la transition écologique, les collectivités se sont longtemps concentrées sur l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables. Des politiques publiques qui n’ont finalement pas encore prouvé leur efficacité selon la table ronde organisée par l’Ademe le 1er juillet 2021. L’occasion pour les acteurs du territoire d’interroger leurs besoins et de suivre une voie axée sur la sobriété.

La sobriété apparaît comme un concept vague, renvoyant à la frugalité*, la modération et nous questionne sur nos besoins : comment les satisfaire en limitant leurs impacts sur l’environnement ? 

Selon les études récentes, comme celle de l’Obsoco (2020), les valeurs matérialistes semblent reculer au profit de la réalisation de soi, de nouvelles formes de vivre ensemble. 93 % des Français pensent qu’il faut revoir tout ou presque de notre modèle économique, pour sortir d’une société de consommation qui convainc de moins en moins. Et malgré la crise sanitaire et économique, la tendance va vers une prise de conscience de l’urgence climatique, de l’urgence de vivre plus sobrement. La sobriété pousse ainsi à faire évoluer nos modes de production, de consommation, et plus généralement, nos modes de vie.

Sur les territoires, la sobriété prend forme dans la logique de la définition de l’association Négawatt : elle vise (entre autre) à adapter les équipements et les infrastructures aux besoins réels des usagers, elle rationalise l’espace, veille à l’utilisation équilibrée des équipements et à la mutualisation de leur utilisation. 

Dans cet objectif, de nombreuses collectivités françaises se sont déjà engagées dans des démarches de transition où la sobriété joue le premier rôle.

Adapter l’éclairage public aux besoins des citoyens

« Favoriser la sobriété comme levier face aux enjeux climatiques et environnementaux nécessite de s’appuyer sur des scénarios de « vie future », sobres mais aussi réalistes et désirables », explique Arnaud Leroy, PDG de l’Ademe. C’est un des enjeux de l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie : penser la sobriété comme un des outils qui permettront aux territoires de réaliser la transition écologique. 

Pour ce faire, l’Ademe accompagne les collectivités territoriales pour les aider à se familiariser avec cette logique de sobriété. « Nous avons mis en place un accompagnement pour mieux définir le concept de sobriété, pour engager des actions et aider les collectivités à aller plus loin sur cette notion. On questionne surtout les usages pour savoir comment optimiser les espaces », assure Karine Bosser, coordinatrice Pôle territoires durables à l’Ademe Normandie. L’idée est de discuter avec les politiques publiques des réels besoins de leurs territoires, grâce à des méthodes et des outils spécifiques, afin de leurs donner de meilleurs réflexes. 

En 2017, la commune d’Argentan a ainsi tenté une expérience : éteindre l’éclairage public à partir de 23 heures. « On a travaillé avec la population, en expliquant qu’il s’agissait d’un test. La ville a mis en place un numéro vert en cas de problème ». Résultat ? Très peu de retours négatifs et une économie sur l’année de 90 000 euros. Avec cette expérimentation (qui a finalement duré dans le temps), la ville a redéfini ses politiques du « juste besoin », elle a fait preuve d’une sobriété d’usage.

Comment construire une ville durable ?

L’enjeu climatique et énergétique est un argument essentiel de cette nouvelle vision des territoires plus sobres. 

Dans cette optique, l‘association France Ville Durable (FVD) a écrit dans le manifeste qu’elle vient de publier, sa propre définition d’une ville durable, une définition où la sobriété occupe une place importante. « Nous avons travaillé sur l’écriture d’un langage commun, sur ce qu’étaient les nouveaux fondamentaux d’une ville durable », explique Sébastien Maire, délégué général. « Le premier pilier est celui de la sobriété, une prise de conscience des nouveaux paradigmes de la ville durable désormais tournés vers les limites planétaires ».

La sobriété incarne alors « une vraie révolution » qui pousse les territoires à évoluer autrement face à l’urgence environnementale. La ville durable selon FVD doit réduire les consommations des territoires puis essayer de « verdir » la production d’énergie, réduire les déchets à la source, réemployer, réparer, avant de recycler et revaloriser, lutter contre l’étalement urbain avant de développer de nouveaux aménagements…  « C’est un vrai changement de point de vue », assure Sébastien Maire.

Face à la méconnaissance des décideurs des conséquences réelles des actions humaines sur l’environnement, Sébastien Maire rappelle la nécessité de sensibiliser les acteurs publics. « La pédagogie, l’éducation, la formation des personnes qui sont aujourd’hui aux responsabilités est absolument centrale si on veut orienter nos trajectoires vers la sobriété », martèle-t-il.

D’autant que la sobriété peut être financièrement vertueuse selon lui : « Depuis des années, on a comme idée de devoir développer les territoires, pour qu’ils soient attractifs, mais ce développement ne s’accompagne pas toujours d’une amélioration de la qualité de vie, c’est même parfois l’inverse ». Alors que « choisir des solutions basées sur la nature, le low tech coute moins cher ». 

A Bordeaux : un nouveau label du bâtiment sobre

Confrontée à une forte croissance démographique, la ville de Bordeaux a adopté cette démarche durable et a souhaité « renverser la vision du « toujours plus », et remettre l’essentiel au centre des prises de décisions. L’essentiel, c’est le bien être des gens, leur qualité de vie : c’est devenu un critère prioritaire dans nos prises de décisions », décrit Claudine Bichet, vice-présidente de Bordeaux Métropole, en charge de la transition énergétique.

Ainsi, la métropole vient de lancer un label « bâtiment frugal », un nouvel outil qui prône cet impératif de sobriété et de frugalité. « Jusqu’à présent, le bâtiment était construit dans un unique objectif de performance énergétique. In fine, on ne réglait qu’une partie du problème, sans prendre en compte l’épuisement des ressources, les problèmes sociaux… Désormais, on préfère voir le bâtiment dans une dimension multicritère », explique-t-elle. 

Avant tout projet, la ville va ainsi s’interroger sur la possibilité d’une réhabilitation plutôt que d’une construction tout en pensant le futur bâtiment en fonction des contraintes climatiques (ruptures d’approvisionnement énergétique). Autre critère important selon Claudine Bichet, c’est la construction « d’un bâtiment contextualisé dans son environnement : il doit être adapté aux territoires, aux usages, au climat local, aux besoins ». Bordeaux va ainsi privilégier une utilisation raisonnée du bâti et de l’espace. 

Ce label, qui compte 42 critères, repose « pour l’instant sur la base du volontariat des promoteurs. Mais à terme (2023), nous l’intègrerons au plan local d’urbanisme », assure l’élue.

* ce qui est simple, sobre

  • Estelle Hersaint
  • Crédit photo : Unsplash

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