Accoucher en France, un acte encore trop médicalisé

Les maternités françaises limitent de plus en plus le recours aux actes techniques. Pourtant, ces progrès sont inégaux d’une maternité à l’autre, alors que les femmes revendiquent de plus en plus le respect de leurs choix pour la naissance.

Accoucher en France, un acte encore trop médicalisé

« Mon premier accouchement ? J’ai l’impression de m’être fait voler ce moment. J’avais tout préparé depuis des mois pour qu’il soit le plus naturel : positions physiologiques, ballon, ne pas rester clouée sur la table pendant le travail. On m’a quasiment imposé une péridurale allongée et une épisiotomie. Hors de question de retourner dans cette clinique ! » Le témoignage de Nelly, qui a accouché en 2015, est révélateur des paradoxes de la naissance à la française : moins médicalisée qu’avant… mais encore un peu trop.

La Haute autorité de santé (HAS) préconise, depuis janvier 2018, pour les accouchements sans complications, de « limiter les interventions techniques et médicamenteuses au minimum nécessaire. « Chaque année, près de 800 000 naissances ont lieu en France et, pour la majorité des femmes, l’accouchement se déroule sans complication. Or, la prise en charge des accouchements se caractérise souvent par une forte médicalisation au détriment parfois des préférences des femmes et du couple », constatait la HAS.

Stabilité après trente ans de hausse

Césariennes, épisiotomies, injection d’oxytocine… Ces pratiques qui étaient en hausse constante depuis trente ans, sont stabilisées depuis début 2010, selon l’enquête nationale périnatale réalisée tous les deux ans par l’Inserm.

Ainsi, le taux de césarienne se maintient à 20,4 % des naissances (21,1 % en 2010). La proportion d’épisiotomie (incision du périnée pour faciliter l’expulsion du bébé) a nettement baissé : 20 % des naissances en 2016 contre 27 % en 2010. En 2005, une femme sur deux avait subi cet acte médical. C’est alors que le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) a recommandé de ne pas pratiquer d’épisiotomie systématique, celle-ci ne montrant pas de réels bénéfices dans la prévention des lésions sévères.

L’administration d’oxytocine, un médicament qui accélère les contractions durant le travail, a baissé de 57,6 % à 44 (3 % dans les naissances à travail spontané). Et il devrait encore diminuer, car depuis 2016 le Collège national des sages-femmes ainsi que le CNGOF en recommandent une bien moindre utilisation. En 2011, une enquête de l’Inserm a montré que le risque d’hémorragie du post partum double quasiment avec son utilisation.

En deçà des attentes des femmes

Les pratiques des maternités évoluent donc, un peu, mais sont disparates : le taux de césarienne peut passer du simple au double selon le type d’établissement (public ou privé), et les chiffres varient aussi selon les régions. Le Monde et la Fédération française des réseaux de santé en périnatalité (FFRSP) ont ainsi montré dans une grande enquête en 2016 que 38 maternités dépassent le taux recommandé de 30 % de césarienne. La moitié d’entre elles sont des établissements privés, qui ne représentent pourtant qu’un quart des maternités françaises.

De leur côté, les femmes sont de plus en plus nombreuses à vouloir être entendues par les équipes des maternités. Le Ciane (Collectif interassociatif autour de la naissance) recueille des centaines de témoignages de femmes. Son enquête de 2012 sur le vécu de l’accouchement et le respect des souhaits rapporte que le pourcentage de femmes qui expriment, pendant la grossesse, des souhaits particuliers concernant leur accouchement est passé de 36 % avant 2005 à 57 % en 2011. Ceci s’accompagne d’une progression des projets de naissance, ce document écrit précisant les souhaits pour l’accouchement.

Pour la naissance de son deuxième enfant, Céline a tenu à en faire un. « J’ai été choquée d’entendre, lors d’un cours de préparation à la naissance : ″L’épisiotomie, on ne vous prévient pas quand on la fait, sinon ça vous angoisse pour rien″. J’ai cru que j’allais changer de maternité… J’ai écrit noir sur blanc mon souhait d’éviter l’épisio, je l’ai répété à chaque rendez-vous. Cela s’est finalement passé selon mes souhaits, mais j’aurais aimé me sentir plus respectée en amont. »

Liberté de mouvement et gestion de la douleur

Les principaux souhaits exprimés, rapporte le Ciane, concernent la liberté de mouvement (choix de position, possibilité de déambuler), un accompagnement personnalisé de la douleur (soutien pour un accouchement sans péridurale, possibilité de choisir le moment et le dosage de la péridurale) et le refus de l’épisiotomie en dehors d’une nécessité médicale sérieuse.

Le respect des souhaits est crucial pour le vécu de l’accouchement et du post partum. « 90 % des femmes dont les souhaits ont été respectés ont très bien ou plutôt bien vécu leur accouchement, que ce soit sur le plan physique ou psychologique, souligne le Ciane. Alors que celles dont les souhaits n’ont pas été respectés ne sont que 43 % (plan physique) et 30 % (plan psychologique) à partager cette opinion. »

Accoucher en maison de naissance

La France compte neuf maisons de naissance. Ces structures, gérées par des sages-femmes, sont destinées aux futures mamans qui souhaitent accoucher de façon physiologique et la moins médicalisée possible (pas de péridurale, par exemple). Elles sont voisines d’un établissement hospitalier avec qui elles ont passé une convention. Beaucoup plus répandue dans d’autres pays européens, la pratique des maisons de naissance est encore au stade d’expérimentation dans l’Hexagone depuis 2016.

Aller plus loin :

Enquête nationale périnatale de l’Inserm  : le rapport complet de 2016. Les naissances et les établissements en France, situation depuis 2010.

Comparateur des maternités, établi par Les Décodeurs, du Monde, à partir des chiffres de plus de 500 maternités, il vous permet de connaître les taux d’actes techniques des établissements.

Le Ciane (Collectif interassociatif autour de la naissance) : ce collectif mène en continu des enquêtes sur le vécu des jeunes et futures mamans. Et il en extrait des enquêtes régulières sur la naissance en France.

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Getty images

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