Comment les étudiants peuvent-ils se soigner à l’université ?

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À la fac, les étudiants bénéficient des Services de santé universitaires. Tous proposent un accompagnement préventif. La moitié a des missions curatives. Des dispositifs de santé complémentaires peuvent être déployés par l’université elle-même ou par le milieu associatif.

Etudiant levant la main

Dans les universités françaises, tous les étudiants, quelle que soit leur nationalité, ont accès aux Services de santé universitaires (SSU). Ces derniers assurent des missions de prévention et de promotion de la santé. Ils peuvent prendre en charge un certain nombre de problématiques comme la contraception, la santé mentale ou encore, plus récemment, le dépistage du Covid-19.

La moitié des SSU sont organisés en centres de santé qui proposent des soins. Leur nombre est en constante augmentation. D’autres dispositifs complètent ces services. C’est le cas des Bureaux d’aide psychologique universitaires (BAPU), présents dans certaines villes, ou encore des actions portées par des associations étudiantes.

Le déploiement des moyens humains et le fonctionnement des dispositifs de santé dépendent des budgets, des priorités et du dynamisme de chaque université. Ce qui fait que l’offre de soin peut différer d’un territoire à un autre.

Généralistes et spécialistes en consultation gratuite dans les centres de santé

Dans les Services de santé universitaires dotés d’un centre de santé, comme à Montpellier ou à Nantes, on peut consulter des médecins généralistes comme des spécialistes (psychiatres, gynécologues, dentistes, psychologues…). Le tiers payant est pratiqué. L’étudiant ne débourse pas la part de la Sécurité sociale.

Dans les SSU où il n’y a pas de centre de santé, l’étudiant doit se rendre dans les cabinets de médecine de ville. Il avance la part de la Sécurité sociale, ensuite remboursée. Certains SSU s’appuient sur un réseau de soins conventionnés. Les praticiens de médecine de ville, qui y adhérent, s’engagent à mettre en place le tiers payant et le non-dépassement d’honoraire pour les étudiants. L’université Paris-Est Créteil a adopté cette solution.

« Tout dépend de ce qui existe à proximité de l’université. Quand l’offre est efficace, un centre de santé n’est pas nécessaire au sein des SSU. C’est le cas quand il y a un centre mutualiste ou municipal à côté de la fac », observe Clotilde Marseault, chargée de mission pour la commission Vie étudiante et vie de campus à la Conférence des présidents d’Université (CPU).

Prévention de la santé des étudiants par leurs pairs

Les Services de santé universitaires peuvent être communs à plusieurs établissements d’enseignement supérieur. C’est le cas à Bordeaux. Cependant, il n’y a pas forcément une offre de services équivalente sur tous les campus. « L’étudiant y aura aisément accès si son campus est situé dans une grande ville. Or, si l’étudiant est logé sur le campus d’un IUT basé dans une petite ville éloignée du siège de l’université, par exemple, ce sera plus compliqué », poursuit Clotilde Marseault.

Des universités ont mis en place des Étudiants relais santé (ERS) dont l’objectif est la prévention santé des étudiants par leurs pairs. Ces derniers sont recrutés, formés et rémunérés par l’université. Ils font de l’animation, de la sensibilisation sur des sujets comme les dangers de l’alcool ou l’addiction au tabac « L’ERS de Lyon est très dynamique. Ses vidéos sur la notion de consentement à l’adresse des jeunes sont très réussies », souligne la chargée de mission de la CPU.

Toutes les universités disposent également d’un Service handicap. Il travaille étroitement avec le SSU pour accompagner les étudiants en situation de handicap et aménager leurs études en fonction de leurs besoins. Celui de l’université Clermont-Auvergne, effectif depuis 2002, fait référence en l’espèce.

Les dispositifs associatifs, tels que les BAPU, offrent une aide psychologique

Les étudiants, qui souhaitent une aide psychologique, sont accueillis au sein des Bureaux d’aide psychologique universitaires (BAPU). « Associatifs, ils travaillent le plus souvent sous convention avec l’université, en tout cas de concert », rajoute Clotilde Marseault.

Les Crous, qui informent les étudiants sur les divers services de santé à leur disposition, peuvent aussi les orienter vers des psychologues. C’est le cas à Paris où le Crous œuvre directement en partenariat avec les BAPU et avec des associations comme Apsytude (qui facilite la mise relation en ligne avec des psys) ou encore Apaso (permanence d’écoute psychologique).

Ces dispositifs d’aide psychologique ont une importance capitale. Les enquêtes menées au fil des ans, que ce soit par l’Observatoire national de la vie étudiante ou encore par l’Université de Bordeaux, révèlent une réelle détresse psychique chez les étudiants, bien que la majorité d’entre eux estiment être en bonne ou très bonne santé.

Entre 18 et 24 ans, on est dans des tranches d’âge où tout est bouleversé. « On quitte ses parents, on habite seul, on doit créer du lien social à la fac, se gérer entièrement… », confie Daphné Argyrou, coordinatrice du pôle prévention à Nightline. Un service associatif et bénévole d’écoute et de soutien psychologique entièrement dédié aux étudiants.

La crise sanitaire a fragilisé la santé psychologique des étudiants

C’est aussi à cette période que « 75 % des troubles psychologiques se déclarent », insiste Daphné Argyrou. Vincent Béguin, président du conseil d’administration de la Mutuelle générale des étudiants de l’Est (MGEL), déplore qu’à un âge où l’on a la vie devant soi « 8 % des jeunes interrogés dans des études de terrain d’avant Covid-19 déclarent avoir eu des idées suicidaires ».

La crise sanitaire a dégradé une réalité déjà pesante pour les étudiants : la solitude, la précarité, la pression sociale, les stress des examens, l’inconnu du lendemain en termes de débouchés sur le marché de l’emploi… « Plus de la moitié des étudiants ont un job pour financer leurs études. Difficile dans le contexte actuel d’en trouver », constate Vincent Béguin. Qui dit manque de moyens financiers dit renoncement aux soins.

« Au lendemain du premier confinement, les appels sur notre ligne d’écoute ont augmenté. Cela a engendré de l’angoisse, de l’anxiété… », continue Daphné Argyrou de Nightline. Elle regrette qu’une véritable politique de santé mentale ne soit pas pensée pour un encadrement plus efficace des étudiants. « Bon nombre d’entre eux ne savent pas que les SSU et les BAPU existent. Il faut clarifier les rôles et les responsabilités sur le plan national et local ».

Le nombre des psychologues doublé dans les SSU

Daphné Argyrou salue la décision de l’État de doubler le nombre des psychologues dans les SSU. Mais se fait plus critique quand il s’agit du chèque psy étudiant, mis en place par le gouvernement, qui ouvre le droit à trois consultations chez un psychologue conventionné par l’université sans rien débourser. « Les retours de terrain suggèrent que c’est un dispositif compliqué, mal organisé ».

Son avis est partagé par le président de la MGEL qui ajoute : « La détresse psychologique des étudiants est préoccupante. Et certaines mesures prises compliquent la donne. » Jusqu’en 2018, avant la loi relative à l’orientation à la réussite des étudiants, « le remboursement des frais de santé des étudiants était du ressort de la Sécurité sociale étudiante, régime géré par les mutuelles étudiantes. Lesquelles proposaient, en plus de contrats de santé complémentaires, des actions de prévention santé spécifiques. À présent rattachés à l’Assurance Maladie générale, les étudiants ne bénéficient plus de suivi personnalisé.

  • Patricia Guipponi
  • Crédit photo : Getty Images

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