Déserts médicaux : des initiatives dans la Creuse pour attirer les médecins

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195 médecins pour 100 000 habitants en Creuse contre 316 au niveau national*. La Creuse est-elle un désert médical ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y manque des médecins généralistes et des spécialistes. Et pour attirer les médecins dans ce département du Limousin, les initiatives se multiplient.

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« Si vous ne travaillez pas, vous irez exercer dans la Creuse ». C’est ce qu’a entendu au cours de ses études, Marion, jeune médecin généraliste, pourtant aujourd’hui installée dans la Creuse. « Il y a une mauvaise image des territoires ruraux dans certaines facultés. Il est nécessaire de changer ces mentalités et que ça devienne enviable de travailler en milieu rural.

L’exercice y est diversifié et intéressant. Car en réalité, on fait peu de bobologie : comme nous sommes dans un désert médical, les gens ne viennent pas pour rien. On est vraiment utile et c’est gratifiant », confie la jeune femme lors d’une table ronde organisée dans la Creuse, début juillet, par le réseau MarcheProSanté.

Le travail en équipe est essentiel

Ce réseau de soins associatifs est né en 2019 dans le nord de la Creuse. Du médecin à l’infirmier en passant par l’aide-soignant, le pharmacien ou le kinésithérapeute, le réseau regroupe une quarantaine de professionnels qui travaillent de manière coordonnée sur 3 pôles de santé (Bonnat, Châtelus-Malvaleix et Genouillac).

« L’objectif du réseau est de mieux soigner le patient et respecter le bien-être du soignant. Un exemple : si le service infirmier constate quelque chose d’anormal chez un patient, il contacte immédiatement le médecin qui peut alors prendre les bonnes mesures », explique le Dr René Nicolas, médecin à la retraite, président de MarcheProSanté. Lui qui a exercé seul pendant toute sa carrière sait qu’aujourd’hui le travail en équipe est essentiel. « Nous avons au sein du réseau une infirmière en pratique avancée qui peut renouveler les ordonnances afin de diminuer la charge des médecins », ajoute-t-il.

Celui-ci semble bien huilé mais malgré l’arrivée récente de 2 jeunes médecins, 2 autres vont prochainement partir à la retraite. Les professionnels de ce réseau se mobilisent donc pour attirer des médecins dans le département.

« Nous proposons un encadrement en facilitant la recherche du logement, le travail pour le conjoint. Beaucoup ont une fausse idée de la médecine générale, nous ne faisons pas que renouveler les ordonnances mais nous voyons plein de pathologies différentes. Et la qualité de vie ici est bonne », rappelle le Dr René Nicolas.

Un choix d’exercice en libéral ou comme salarié

Dans la Creuse, la difficulté de recrutement de médecins ne se limite pas au nord du département. « Nous manquons atrocement de spécialistes depuis une dizaine d’années suite à des départs en retraite. Les patients doivent aller à Montluçon ou Limoges pour l’ophtalmologie et la dermatologie », explique Franck Bonichon, directeur général de la Mutualité Française Limousine.

Un des atouts pour attirer les médecins pourrait être le choix du statut : libéral ou salarié. « Il y a 5 ans, nous avons rencontré les médecins de la maison de santé de Boussac et nous avons discuté d’un modèle mixte avec l’objectif de créer un centre de santé en proposant au médecin de choisir son statut ». Cette option n’a pas suffi pour attirer de nouveaux professionnels.

Une campagne de communication nationale

Plusieurs acteurs se sont alors rapprochés pour lancer, cette année, une campagne de communication : The Place Toubib porté conjointement par la Mutualité Française Limousine et le Département de la Creuse. « Cette campagne nationale a été diffusée sur 37 départements non limitrophes et non concernés par les déserts médicaux. Un webinaire animé par Marine Lorphelin a eu lieu au printemps », explique Antoine Chemartin, chargé de mission santé au Conseil départemental de la Creuse. Une soixantaine de médecins ou internes y ont participé. « Des contacts ont eu lieu grâce à ce webinaire. Nous n’avons pas d’installation pour l’instant, mais nous sommes en lien avec une dizaine de personnes. C’est un travail de longue haleine », précise Franck Bonichon.

Pour attirer les médecins, au-delà du choix du statut, un accompagnement dans le projet de vie est proposé (logement, travail du conjoint…). Et ce principe peut être dupliqué ailleurs. La Mutualité Française Limousine le fait à Brive en Corrèze. « Dans deux quartiers prioritaires de la ville, il n’y a plus de médecins. Et grâce à l’accompagnement proposé avec la mairie de Brive et l’Agence régionale de santé (ARS), nous avons recruté deux médecins à la retraite et nous sommes en discussion avec 3 jeunes médecins », se réjouit Franck Bonichon.

Un week-end immersif à la rencontre des professionnels de santé

Et en Creuse, d’autres initiatives complètent ces dispositifs. Depuis février 2020, le plan santé « Dites… 23 ! » est une série de mesures pour faciliter l’installation de professionnels de santé : bourse aux études, financement de formation pour les infirmiers pour la pratique avancée et la télémédecine, aide à l’investissement immobilier, aide à l’investissement matériel pour les dentistes…

« Nous proposons aussi depuis le début d’année « La box santé », c’est-à-dire un séjour immersif avec un accompagnement professionnel et personnel. L’objectif est de faire rencontrer au médecin les instances mais également les professionnels de santé avec qui il pourrait collaborer », indique Antoine Chemartin. Toutes les mains sont tendues vers les futurs ou jeunes médecins pour rejoindre la Creuse afin qu’elle ne soit plus à l’avenir associée au terme de désert médical.

*Source : CNOM

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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