Déserts médicaux : une villa pour les internes en médecine à Roanne

Trouver un logement pour un stage relève souvent du parcours du combattant. Même chose pour les internes en médecine. Dans la Loire, à Roanne, depuis 2012, ils peuvent être logés dans une maison aménagée spécialement pour eux.

villa des internes Roanne

Lisa Otton, médecin généraliste à Roanne, ancienne présidente du syndicat des internes à Lyon, nous explique comment l’idée de cette villa des internes est née.

Comment avez-vous eu l’idée de créer cette villa des internes à Roanne ?

Lisa Otton : Des internes qui venaient en stage de médecine générale rencontraient des difficultés pour se loger sur Roanne. Même chose pour mon conjoint et moi, jeunes parents, qui n’avons pas voulu rester sur Lyon. On est venu à Roanne et on a été confronté à la difficulté de trouver un logement correct. Mon mari a fait une triple thèse sur l’état des lieux et la perspective de la médecine générale. Il a interrogé les internes venus en stage depuis 10 ans sur le Roannais. Et l’histoire du logement ressortait.

J’ai donc fait le tour des élus puis de l’hôpital de Roanne pour dire que s’ils voulaient attirer les médecins, il fallait commencer par accueillir les internes. J’ai alors lancé l’idée de la villa. Nous avons monté une association puis un partenariat avec l’hôpital de Roanne, propriétaire de la villa. Les élus (le Pays Roannais, le syndicat de territoire) ont financé les travaux (peinture, plomberie…). Pour les meubles, on a fait appel au réseau amical et familial.

Un effet fédérateur sur les jeunes médecins

Comment fonctionne cette villa ?

L.O. : Nous avons accueilli les premiers internes en 2012. La villa compte 6 chambres. Les internes signent une convention de prestation de services qui comprend le logement, le wifi… Les internes logés à la villa nous disent qu’en plus du côté pratique, ils y trouvent souvent un soutien. En effet, les études de médecine sont difficiles, et quand ils vivent des situations stressantes, c’est bien de débriefer avec d’autres internes. Ils parlent ainsi ensemble de ce qu’ils ont vécu dans la journée. Et puis on y organise régulièrement des moments conviviaux pour accueillir les nouveaux médecins ou les internes de l’hôpital par exemple.

Des internes passés par cette maison se sont-ils finalement installés dans la région de Roanne ?

L.O. : Un seul s’est installé dans la région. Par contre, plus de 20 d’entre eux ont effectué des remplacements de longue durée chez des médecins en arrêt. Sans la villa, ce ne serait pas arrivé. C’est primordial pour la continuité des soins. C’est très positif. Cette villa a changé l’image du Roannais. Souvent les internes avaient une image négative de ce territoire avec le rejet de la campagne par rapport à la ville. Maintenant, même ceux qui ne sont pas venus sur le Roannais ont une image positive car ils savent qu’il s’y passe quelque chose.

Et puis la villa a eu un effet fédérateur sur les jeunes médecins installés sur le territoire. Elle nous a stimulés pour porter des projets de maisons de santé par exemple. Le territoire est déficitaire depuis de nombreuses années mais on a réussi à combler les départs à la retraite, ce qui est déjà pas mal au regard des difficultés. Ce n’est pas un miracle mais on a largement contribué à limiter les dégâts.

Au-delà de l’accueil des internes, les médecins qui voulaient s’investir sur le territoire ont trouvé dans la villa un lieu de ressources sympathique et agréable. C’est un lieu fédérateur, une plus-value pour les médecins déjà installés. On a également fait un travail de recrutement de maîtres de stage sur le Roannais.

« Revoir le recrutement des étudiants en médecine »

Quelles sont les autres solutions pour attirer les jeunes médecins dans des territoires comme le vôtre ?

L.O. :  Il faut revoir le recrutement des étudiants en médecine car quand ils sont issus de la ville, ils veulent vivre en ville. On dénonce cela, c’est un vrai problème de sélection en médecine.

Quoiqu’on fasse aujourd’hui, le nombre de départs de médecins généralistes à la retraite est supérieur au nombre d’internes qui sortent de la faculté et ce jusqu’en 2025.

Le travail en équipe est important pour les futurs médecins. Dans mon équipe par exemple, chacun s’est spécialisé. L’un a fait la formation de téléexpertise en dermatologie, c’est désormais notre référent dermato. Cela nous a permis de mieux diagnostiquer des mélanomes et de prendre en charge rapidement les patients. Un autre s’est spécialisé en cardiologie, moi en pédiatrie et psychologie. On s’est ainsi réparti les rôles et on a toujours un référent compétent dans un domaine précis. C’est un confort et c’est ce qu’on explique aux internes. On ne travaille pas tous les samedis, on se les partage et cela permet de rendre service à la population. Même chose pour la demande de soins non programmés, c’est contraignant dans nos agendas, on le fait donc à tour de rôle. Le travail d’équipe permet de ne pas tout porter tout seul.

  • Crédit photo : DR
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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