Les jeunes médecins attirés par les maisons de santé

Les maisons de santé sont-elles une solution contre les déserts médicaux ? Ce n’est sûrement pas la seule mais, une chose est sûre, elles attirent les jeunes médecins. C’est ce que révèle une étude publiée en mars 2020.

Groupe de médecins

Guillaume Chevillard, docteur en géographie, et Julien Mousquès, docteur en sciences économiques, ont réalisé pour l’Irdes (Institut de recherche et documentation en économie de la santé) une étude sur les maisons de santé.

Les maisons de santé permettent d’attirer de jeunes médecins et favorisent la collaboration entre plusieurs professionnels de santé (médecins, infirmiers, pharmaciens…). Pour vous, c’est donc une véritable solution d’avenir ?

G.C. et J.M. : Nous montrons effectivement à travers cette étude que, quel que soit le type de territoire, les espaces avec maisons de santé connaissent davantage d’installations de jeunes généralistes que des espaces similaires sans maisons de santé. Ces résultats sont encourageants dans la mesure où l’on sait, qu’une fois installés, les médecins généralistes libéraux ont une faible mobilité géographique. Nos résultats suggèrent donc que les maisons de santé ont un effet structurant sur l’offre de soins pour les années à venir, et ainsi sur la diminution des inégalités territoriales.

De plus, cette forme d’exercice pluriprofessionnel favorise la coordination entre professionnels de santé. Et permet de répondre aux demandes de soins d’un plus grand nombre de patients et aussi d’améliorer l’efficacité du parcours de soins et la qualité des soins et services rendus. Les maisons de santé nous semblent doublement intéressantes. D’abord pour attirer des jeunes médecins dans les zones sous-dotées et en permettant ensuite dans ces espaces manquant de soignants de produire davantage de soins.

« Pas de recette miracle »

Pour attirer les jeunes médecins, vous évoquez plusieurs solutions notamment la prise en compte de l’origine sociale et géographique. Selon vous, cela devrait être un critère lors du concours ?

G.C. et J.M. : Il n’existe pas de recette miracle pour attirer et maintenir des médecins dans les zones sous-dotées. Il faut jouer sur plusieurs leviers, avant, pendant et après la formation du médecin.

Des études internationales montrent les effets positifs de la prise en compte de l’origine géographique des étudiants en Australie ou aux États-Unis. On sait aussi, à partir d’études françaises, que parmi les premiers déterminants de l’installation des médecins figurent la proximité par rapport aux attaches familiales, ce qui renvoie en partie au lieu où ils ont grandi. Cela ne veut pas forcément dire que cela marchera en France, mais cela pourrait être intéressant de l’expérimenter. Prendre en compte l’origine géographique et sociale des futurs étudiants en médecine pourrait être un critère de discrimination positive comme cela existe dans certaines grandes écoles pour les élèves issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville.

Vous parlez également d’extension d’internats ruraux. Pouvez-vous donner des exemples ?

G.C. et J.M. : Encore une fois, il faut jouer sur plusieurs leviers et en particulier faire connaître l’exercice en zones sous-dotées lors de la formation des étudiants en médecine. Les stages obligatoires de 6 mois prévus par la loi « ma santé 2022 » vont dans cette direction et on peut supposer qu’ils permettront de déconstruire certains a priori. Le déploiement d’internats ruraux, ou maisons des internes, tels qu’ils en existent déjà par exemple à Châteauroux (36), Roanne (42), Apt (84) ou Bréhan (56), irait aussi dans la direction de faciliter les stages dans les zones sous-dotées, de faire connaître ce genre d’exercice et de rompre l’isolement des étudiants. C’est une mesure qui est aussi largement soutenue par les syndicats de jeunes médecins.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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