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Patrick Chêne : son plaidoyer pour l’hôpital public

On lui a diagnostiqué un cancer de la vessie en 2016. Aujourd’hui, après un lourd combat, il en ressort guéri. Patrick Chêne a décidé de raconter son expérience de patient dans Le Stade 2, un livre qui rend hommage au personnel soignant. Témoignage.

Patrick Chêne : son plaidoyer pour l’hôpital public

Dans Le Stade 2, vous partagez votre expérience de l’hôpital public avec un objectif, mettre en lumière le personnel soignant.

Patrick Chêne : La bienveillance des gens, les regards remplis d’empathie, un personnel soignant respectueux des malades. C’est certainement ce qui m’a le plus marqué. Le professeur Peyromaure me dit souvent pour me taquiner que toutes les infirmières sont amoureuses de moi. Cela me fait sourire, parce que j’espère qu’elles ont réellement senti à travers ce livre à quel point je les soutiens. Malgré les épreuves, j’ai vécu des moments de vie incroyable avec ces personnes et je tenais à leur rendre hommage.

Vous avez beaucoup discuté avec les soignants lors de cette épreuve. Que vous ont-ils dit ?

P.C. : Des infirmières travaillent pendant 12 heures, trois jours de suite. De jour, comme de nuit. Et elles trouvent cela normal. Je leur demandais : vous avez des enfants ? Elles me répondaient oui. Cela bouleverse totalement une vie de famille. Mais, malgré tout, elles m’assuraient ne vouloir échanger leur travail pour rien au monde. Elles ont une vie complètement décalée, mais dans la bienveillance et dans l’altruisme. J’ai trouvé cela extraordinaire. Ce sont des personnes formidables. Après, dans un deuxième temps, je me suis aussi aperçu que ces soignants souffraient. Parce que les conditions de travail sont très difficiles et que les salaires sont absolument indécents par rapport à l’investissement que cela représente.

Aujourd’hui, il y a une forte exigence de la part des patients envers le personnel soignant qui fait pourtant le maximum. Il faut aussi être compréhensif et se dire que ces soignants ne sont pas totalement à notre service, qu’ils ont aussi des vies, qu’ils éprouvent de la fatigue… Ils méritent plus de considération.

Les contraintes administratives pèsent-elles sur l’Assistance Publique ?

P.C. : Je fais attention à la caricature, mais il y a quand même une tendance à avoir d’un côté les administratifs et de l’autre les soignants. Sans être un expert de la question, j’estime que les soignants comme les malades doivent être au cœur des décisions et de la politique hospitalière. J’ai vu et entendu certaines choses qui montrent qu’il serait temps de remettre autour de la table les soignants et les administratifs. Qu’ils réapprennent à travailler ensemble.

L’hôpital public suscite de nombreuses réactions. La preuve, une vidéo dans laquelle vous vous exprimez a fait plus de 10 millions de vues.

P.C. : Si on m’avait demandé d’estimer le nombre de vues pour cette vidéo, j’aurais dit 200 000 environ, 10 millions, c’est hallucinant. On se rend compte que c’est un sujet qui interpelle vraiment. Parce que cet hôpital public fait un peu peur. Les gens ne le connaissent pas, donc je pense que c’est bien de vulgariser.

Il y a un passage du livre qui m’est cher, quand je demande à ma mère de venir me voir à l’hôpital. Parce que la chimiothérapie, elle ne savait pas ce que c’était. Elle imaginait un truc pas possible. Or il faut que les gens sachent qu’évidemment c’est lourd, mais qu’il est possible d’aller voir un ami qui est à l’hôpital et qui subit une chimio. Il faut dédramatiser certaines choses, et regarder en face, en revanche, la difficulté des professionnels de santé.

À travers votre témoignage, vous voulez aussi changer le regard sur le cancer.

P.C. : Plusieurs patients m’ont dit trouver quelque chose de réconfortant dans le livre. Mon histoire se termine bien, pour l’instant. C’est vrai qu’aujourd’hui, un cancer pris à temps est soigné dans 80 à 85 % des cas. Il y a 20 ans, ce n’était pas facile de dire qu’on avait un cancer. Aujourd’hui, il faut en parler et sortir définitivement cette maladie d’un ghetto. C’est important. Que les gens en parlent comme pour dire qu’ils ont eu une sciatique. Le cancer ne devrait plus faire aussi peur. On devrait pouvoir arriver au boulot et dire « je serai absent quelques semaines parce que j’ai un cancer ». Parce qu’aujourd’hui, on n’ose pas le dire à son employeur.

Je veux aussi montrer que je travaille, que je suis encore un hyperactif malgré un gros cancer invasif. Ce n’était pas de la rigolade. J’ai reçu plusieurs traitements de chimiothérapie avec une opération très lourde et invalidante. Il faut expliquer qu’après un cancer, on peut travailler et rendre service à son entreprise. Peut-être plus encore parce qu’on est plus fort.

À la fin du livre, vous délivrez une ordonnance : se mobiliser pour l’hôpital public.

P.C. : Nous sommes tous amenés à être confrontés à la maladie : nous, nos amis, notre famille. Donc il faut se mobiliser. Faire prendre conscience aux gens de l’urgence qu’il y a à s’occuper de cet hôpital dont tout le monde dit le plus grand bien. Nous avons une chance inouïe en France d’avoir un système de santé public gratuit où tout le monde est logé à la même enseigne. C’est le pouvoir politique que j’interpelle, mais aussi les patients, les soignants, les administratifs. Il faut que l’hôpital public redevienne attractif, par des conditions de travail et par des salaires. Je suis sûr qu’il ne s’agit pas de dépenser plus, mais de dépenser mieux. Qu’on ne résonne pas seulement avec des tableaux Excel, mais qu’on essaie de comprendre les besoins des patients et des personnels soignants. Nous avons un joyau entre les mains. Il faut le protéger.

Le Stade 2

Le Stade 2En 2017, Patrick Chêne entre dans un monde qui lui était encore inconnu, celui de l’hôpital public. Après un an de combat, l’ancien présentateur de Stade 2 et du Journal de 13 heures sur France 2 décide de rendre hommage aux personnels soignants qui ont croisé sa route. Avec le Pr Michaël Peyromaure, chef du service d’urologie de l’hôpital Cochin de Paris qui l’a soigné de son cancer, il cosigne Le Stade 2. Le journaliste nous emmène dans son intimité et raconte le quotidien de la maladie, de l’annonce de son cancer à la guérison, tandis que le Pr Peyromaure tire la sonnette d’alarme sur l’avenir du service public médical.

  • Propos recueillis par Cassandra Poirier
  • Crédit photo : Bruno Klein

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