Très tôt, Corinne Hamel a compris. A sept ans, elle savait, du moins elle ressentait, qu’elle n’était pas un garçon comme les autres. Son corps de naissance ne représentait pas qui elle était dans le fond. Elle savait aussi qu’elle serait médecin. Toutefois, ces deux certitudes se sont concrétisées sur le tard car Corinne a eu un parcours périlleux et douloureux avant d’affirmer sa vraie identité et d’exercer comme généraliste.
Son vécu fait de hauts et de bas, Corinne Hamel le met aujourd’hui au service de ses consœurs et confrères pour les accompagner dans leur approche du sexe et du genre en santé. « Certains docteurs se tournent vers moi pour prendre conseil à défaut d’être formés à l’université ou ailleurs. Cela peut porter sur la question transgenre notamment. Nous ne sommes pas du tout sensibilisés à cela. »
Corine Hamel a vu le jour en 1971 dans un milieu modeste et ouvrier de la région parisienne. A l’époque, on évoque peu les questions de sexualité en société comme dans l’intimité des foyers, surtout quand cela ne rentre pas dans la norme. « On entendait un peu parler d’homosexualité ou de transsexualité, mais ça véhiculait toujours des images négatives et erronées de drogues, de prostitution, de débauche », confie la médecin basée en Charente-Maritime.
Alors, elle se tait. Joue son rôle d’homme. Se marie par amour. Accueille avec joie un enfant. Mais à l’intérieur, les questionnements demeurent. La souffrance est tapie, prête à surgir et à tout dévaster. Même chose pour sa vocation de médecin. Moyenne à l’école car pétrie dans sa détresse, Corinne peine à faire entendre sa volonté. Alors, elle se dirige dans l’électronique.
Elle officie comme brancardier pour se faire quatre sous, et là, discute avec un collègue qui la met au défi de tenter médecine. Corinne loupe le concours d’entrée à deux reprises. Puis, passe avec succès les épreuves d’entrée à l’école d’infirmières. Une fois diplômée d’Etat, elle a la possibilité en tant que professionnel du paramédical de représenter médecine et réussit haut la main.
Après son internat, Corinne Hamel débute en 2014 sa carrière de généraliste. Tout pourrait aller pour le mieux pour le nouveau médecin qui a accompli ses desseins. Il n’en est rien. « J’étais au plus mal entre le rôle social que je tenais et qui j’étais vraiment. Je me sentais comme une imposture. Ma dysphorie de genre* était à son paroxysme. » Elle pense attenter à sa vie. Consulte alors des spécialistes. « J’ai été suivie, écoutée, même si c’est un vrai parcours du combattant. J’ai pu entreprendre un processus de transition et revivre enfin. »
Ce vécu a grandement influencé sa pratique de la médecine. « On réalise que ce que l’on croit être impossible ne l’est pas. Ce n’est pas parce que la science savante affirme des choses que c’est vrai. La biologie n’est que l’interprétation d’une réalité décrite par des hommes blancs. Ce n’est pas pour rien que l’on commence à peine à comprendre certaines pathologies comme l’endométriose. »
Corinne Hamel a développé une capacité à faire fi de ce qui est figé, gravé dans le marbre. Son expérience personnelle lui fait décloisonner la frontière entre le masculin et le féminin. Son empathie et son écoute sont amplifiées. « Je ne suis pas un médecin tout puissant. Je sais qu’il y a des situations qui peuvent m’échapper ou que je peux me trouver face à une femme avec une prostate comme un homme avec un utérus. Il faut laisser s’exprimer le patient. »
Le docteur Corinne Hamel ne manque pas de venir en aide aux personnes qui se posent nombre de questions sur leur sexualité et leur genre. Et elle répond volontiers aux sollicitations d’autres praticiens. « Certains me disent qu’ils reçoivent des patients en souffrance qu’ils ne savent pas encadrer ou orienter. »
Elle indique avant tout à ses pairs de ne pas brûler les étapes, d’adopter certains comportements et mots pour ne pas blesser. « Je leur conseille d’amener le patient à consulter sur le plan psychiatrique. Il est vital de déterminer si derrière la détresse ne se cache pas autre chose. Il est arrivé à un de mes confrères de recevoir une jeune personne qui, tout compte fait, souffrait à cause notamment de ses règles. »
Corinne Hamel souhaite développer un endroit de consultation dédié aux questionnements de genre. « Pas forcément pour que cela aille jusqu’à la transition mais afin de répondre aux interrogations des patients, de leur offrir une oreille bienveillante ». En attendant que cette antenne voit le jour, le médecin charentais a mis en place un site de conseils et de sensibilisation au sexe et au genre en santé adressé aux praticiens.
*Ce terme désigne la détresse et/ou la souffrance que ressentent les personnes dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance.
bravo Corinne. Bel article comme je les aimes …