[Tribune] Eric Chenut : « La réforme du système de santé est désormais vitale »

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Essentiel Santé Magazine a demandé à des décideurs et des militants de l’accès aux soins quelles solutions ou quels remèdes ils voyaient pour lutter contre les déserts médicaux. La réponse d’Éric Chenut, président de la Mutualité Française.

Eric Chenut

Alors que l’accès aux soins est une préoccupation majeure des Français, nous sommes face à un constat : 7 millions de Français vivent dans un désert médical, un Français sur deux doit attendre a minima 52 jours pour un rendez-vous chez l’ophtalmologiste*. L’hôpital et les services d’urgence sortent affaiblis par une crise sanitaire sans précédent et par des années de restriction budgétaire, au moment où l’accès à la médecine de ville menace de faire défaut. Or nous savons que cette tendance risque de s’accentuer dans la décennie à venir.

À des obstacles d’accès aux soins rencontrés par nombre de nos concitoyens, s’ajoutent des difficultés croissantes de recrutements. Pour l’été 2022, nous estimons à près de 2000 le nombre de postes vacants dans les établissements mutualistes !

« Faire travailler ensemble médecine de ville et hôpital »

Urgence du nouveau quinquennat, la réforme du système de santé est désormais vitale. Elle ne pourra être menée à bien qu’en concertation avec l’ensemble des parties prenantes. Représentant un large spectre d’activités – couverture assurantielle santé, prévoyance, retraite, dépendance, ainsi que prévention, structures de soins et d’accompagnement – la Mutualité Française a plaidé, au nom des mutuelles, des groupes et des unions mutualistes qui la composent, pour la mise en place rapide d’une telle concertation tout au long des campagnes pour les élections présidentielles et législatives.

Dans ce cadre, il est indispensable de faire travailler ensemble médecine de ville et hôpital, hôpital et médico-social, médecins libéraux et salariés, secteurs public et privé. Pour rendre effectif l’accès au premier recours, pour optimiser les parcours et recentrer le secteur hospitalier sur ses missions premières, le renforcement des liens et de la coopération de l’ensemble des intervenants est à envisager. Toutes les formes d’exercice regroupé et pluriprofessionnel, en maisons ou centres de santé, pourraient être soutenues pour faciliter l’inscription des patients dans de véritables parcours de soins.

La réponse aux soins non programmés et la permanence des soins ambulatoires ont vocation à être assurés, avec une obligation collective de résultats, dans tous les territoires, en associant tous les acteurs, en particulier les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).

« Six millions d’assurés sans médecin traitant privés d’un suivi coordonné »

Développer les partages de compétences entre professionnels de santé et les pratiques avancées permettraient aux ressources médicales disponibles de se concentrer sur leur plus-value médicale. S’appuyer sur les autres professionnels, en leur confiant de nouvelles missions ou en transférant des compétences historiquement dévolues aux seuls médecins, permettrait un tel redéploiement.

Six millions d’assurés sociaux, qui sont sans médecin traitant, sont privés d’un suivi coordonné, ce qui les expose en outre à des sanctions financières pour leurs remboursements. La création d’une équipe de soins traitante, qui se substituerait au médecin traitant, améliorerait la pertinence et la rapidité de la réponse tout en allégeant la charge des médecins relative à l’orientation des patients et libérerait du temps médical.

Pour parvenir à réduire les inégalités en santé, le système de santé aura à intégrer le virage préventif, ce qui contribuera également à la soutenabilité du financement de la protection sociale. Pour conduire ces changements, un accompagnement des assurés sociaux et des patients sera à engager afin que chacun en responsabilité appréhende les enjeux, et soit rassuré quant au fait qu’un système de santé privilégiant la prévention, la gradation des soins et parfois la prise en soin par un paramédical n’induit en rien une perte de chance.

« Rendre plus attractifs les métiers de la santé »

Il est crucial de rendre plus attractifs les métiers de la santé avec des mesures ambitieuses pour restaurer le sens de l’exercice professionnel, renforcer l’attractivité et stopper la pénurie. Cela passera par un choc de simplification, une révision des rémunérations des professionnels de santé avec une juste reconnaissance de la plus-value médicale mais aussi par des conditions de travail permettant de concilier vie professionnelle et personnelle ainsi que des évolutions possibles tout au long des carrières.

Enfin, la télémédecine est un outil à davantage intégrer comme une solution de proximité. Il ne s’agit pas de déshumaniser la médecine mais bien de concilier besoins des patients et aspirations des médecins. Pour rééquilibrer les écarts territoriaux en termes de densité de l’offre, médecins et professionnels paramédicaux exerçant en zones sur-denses pourraient, dans le cadre de leurs obligations de permanence des soins, consacrer du temps médical à distance dans les zones sous-denses.

Il est possible de faire preuve d’agilité pour répondre à des situations critiques lorsque les enjeux sont clairement identifiés. C’est l’un des enseignements de la crise du Covid. Les mutuelles, avec les usagers, les professionnels de santé, les collectivités locales et les institutions publiques, devons collectivement échafauder des solutions adaptées aux territoires. Ce n’est que comme cela que tous les Français pourront bénéficier d’un égal accès aux soins partout.

*Observatoire 2020 de la Mutualité Française « Accès territorial aux soins, les inégalités ne sont pas définitives ».

Eric Chenut, président de la Mutualité Française

  • Éric Chenut, président de la Mutualité Française
  • Crédit photo : ©FNMF / H. Thouroude

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