[Tribune] Gérard Raymond : « La refondation du système de santé appelle un renouveau de la démocratie en santé »

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Essentiel Santé Magazine a demandé à des décideurs ou des militants de l’accès aux soins quelles solutions ou quels remèdes ils voyaient pour lutter contre les déserts médicaux. La réponse de Gérard Raymond, président de France Assos Santé.

Gérard RAYMOND

France Assos Santé alerte depuis de nombreuses années sur les difficultés croissantes d’accès aux soins pour nos concitoyens. Initialement, l’expression « déserts médicaux » renvoyait à des zones rurales, faiblement peuplées, où le système de soins était embryonnaire. Les professionnels de santé rechignaient à s’installer dans des régions ou des lieux peu attractifs à leurs yeux. Aujourd’hui, les déserts médicaux sont partout. En ruralité comme dans les grandes agglomérations.

Le constat commence par les soins de premier recours, en médecine de ville : le médecin généraliste. Plus de 5 millions de Français de plus de 16 ans n’ont aujourd’hui pas de médecin traitant. Un médecin traitant qui connaît bien votre situation personnelle, vos antécédents médicaux et à qui vous faites confiance est pourtant la clé d’une prise en charge optimale. Cependant, il n’est plus en capacité de garantir la coordination du parcours de soins. Si certains patients ont fait le choix de ne pas avoir de médecin traitant, ce n’est pas le cas un peu plus d’un tiers d’entre eux qui n’arrivent pas à trouver, à proximité, un médecin généraliste qui accepte de nouveaux patients, y compris dans les grandes villes.

Plus largement, 6 Français sur 10 ont déjà dû renoncer à se faire soigner. Dans la moitié des cas, le motif invoqué est le manque de médecins. Les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste sont de plus en plus longs. Autre obstacle, les distances : le temps nécessaire pour se rendre chez un spécialiste est en moyenne de 27 minutes et plus, bien sûr, en zone rurale.

« Modifier l’organisation des soins primaires »

À ces constats faits de longue date, s’ajoute la pression qui pèse aujourd’hui sur l’hôpital et les services d’urgence : manque de médecins, d’infirmières, personnels soignant éreintés et parfois démobilisés par les conséquences de deux années de crise Covid. Les services ferment des lits et parfois ferment leurs portes.

Le Ségur de la santé a apporté quelques solutions de court terme mais pour France Assos Santé, il est urgent de modifier structurellement l’organisation des soins primaires en France via tous les registres de politique publique.

Aujourd’hui, les enquêtes internationales montrent que les pays alternent 4 registres de politique publique : les incitations financières, la formation initiale, la régulation (contraintes sur le choix de localisation) et le soutien professionnel et personnel. Globalement, l’expérience internationale montre l’efficacité limitée de mesures isolées, et l’on constate dans plusieurs pays une évolution vers des stratégies plus globales, combinant différents leviers.

  • Développer un mode de financement par équipe de soins traitante / équipe de santé : l’entrée par l’unique médecin traitant n’est plus pertinente. Il faut également envisager la levée de la pénalité de non-respect du parcours de soins coordonné (le parcours de soins coordonné n’a plus aucun sens quand il n’y a plus de médecin)
  • Systématiser les infirmières de pratiques avancées « IPA » (+ des assistants médicaux) dans chaque équipe de soins primaires (1 IPA pour 2 500 hab. comme pour les pharmaciens) pour le suivi des maladies chroniques /pré-orientation, en leur donnant la possibilité de prescrire.
  • Renforcer le lien entre les organisations de soins et les collectivités locales grâce à une feuille de route partagée pour l’accès aux soins.

« Passer de la pratique solitaire à la pratique solidaire »

  • Stopper les aides individuelles à l’installation qui n’ont aucun impact sur l’offre et qui entraînent des effets d’aubaine et flécher toutes les aides individuelles de l’assurance. maladie (forfait structure, patientèle, MT) vers les structures d’exercice collectif / les CPTS. Il est temps de passer de la pratique solitaire à la pratique solidaire !
  • Intégrer des quotas sur l’origine territoriale et sociale des étudiants en médecine pour équilibrer à terme leur répartition sur les territoires.
  • Faire du conventionnement sélectif dans les territoires considérés comme sous-dotés.
  • Déployer des solutions de télémédecine cohérentes avec les organisations territoriales existantes.
  • Développer le « aller-vers » les populations (bus itinérants, postes avancés de télémédecine, voir médecine militaire dans certaines zones proches des besoins humanitaires).
  • Supprimer le secteur 2, créateur d’inégalités financières majeures.
  • Favoriser la tenue de stages ambulatoires dans les territoires sous-dotés avec soutien aux conditions de travail.

« Développement de la participation des usagers dans les organisations de soins »

Ces mesures doivent s’accompagner du développement de la participation des usagers dans les organisations de soins primaires.

  • Participation citoyenne aux structures d’offre de soins de premiers recours (maisons de santé, centre de santé etc.)
  • Participation des représentants d’associations d’usagers aux CPTS (collège « usagers »)
  • Évaluer l’impact des CPTS sur l’accès à un médecin traitant (une de leurs missions)

En conclusion, l’organisation des soins doit être repensée pour répondre aux besoins des usagers et aux attentes des professionnels de santé, au plus près des territoires.

La refondation du système de santé appelle un renouveau de la démocratie en santé : une co-construction responsable où l’usager participe aux décisions qui engagent sa santé et fait entendre sa voix.

Enfin, c’est tout le système de soins qui doit devenir un véritable système de santé où, grâce au développement de la prévention, chaque usager de la santé pourra préserver son capital santé et être acteur de sa santé !

Gérard Raymond, président de France Assos Santé

  • Crédit photo : © Francis Rhodes

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