[Tribune] Philippe Besset : « Un pharmacien référent pourrait être désigné par le patient »

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Essentiel Santé Magazine a demandé à des décideurs ou des militants de l’accès aux soins quelles solutions ou quels remèdes ils voyaient pour lutter contre les déserts médicaux. La réponse de Philippe Besset, pharmacien et président de la FSPF (Fédération des syndicats pharmaceutiques de France).

Philippe Besset

Professionnel de santé de proximité par excellence, le pharmacien d’officine constitue l’un des appuis essentiels des pouvoirs publics dans la lutte contre les déserts médicaux.

Les 21 000 pharmacies qui maillent le territoire sont le premier lieu de santé fréquenté par les Français. Notre réseau est une force pour notre système de santé, mise au service des patients dans les zones les plus dotées comme dans les déserts médicaux.

Cette proximité en fait le professionnel de la prévention : un acte préventif réalisé en pharmacie, c’est un acte curatif en moins, au bénéfice du patient, et une libération de temps médical bienvenue dans un désert médical. C’est l’axe majeur des évolutions récentes et à venir de la profession. La vaccination et le dépistage en sont les meilleures illustrations. Lors de la crise sanitaire, le réseau officinal a permis aux Français de se faire dépister et vacciner contre la Covid-19 y compris là où il n’y avait plus de médecin disponible. Les campagnes de vaccination antigrippale à l’officine ont également été de grands succès. Bientôt, ce seront les rappels de vaccination qui pourront être réalisés en pharmacie, de même que le dépistage de certaines maladies telles que le cancer colorectal ou les infections urinaires.

Développement des missions du pharmacien

Ces nouvelles missions doivent être développées et enrichies. Plusieurs évolutions sont ainsi prévues mais doivent trouver leur traduction concrète. La possibilité de délivrer des médicaments sous ordonnance sans prescription du médecin, pour répondre à une situation médicale simple, dans le cadre d’un protocole adapté, en est un exemple.

L’expérimentation menée en Bretagne recueille en ce sens le soutien de la Fédération : la prise en charge de petits maux du quotidien, de pathologies simples et d’urgences non vitales en pharmacie, c’est, en plus d’un enrichissement de notre métier, une réponse efficace et rapide à l’indisponibilité du médecin et à l’engorgement des urgences. Soit le patient peut être traité directement à la pharmacie, se voir délivrer un médicament répondant à sa situation, soit il est réorienté vers le service médical le plus adapté.

« Renforcer le rôle d’expert du pharmacien »

Néanmoins, le positionnement du pharmacien, en qualité d’expert du médicament, doit lui-même être consolidé pour répondre efficacement à des situations de désertification médicale. Un pharmacien référent, désigné simplement par le patient de la même manière qu’un médecin traitant, pourrait voir sa mission de délivrance du médicament enrichie. Il pourrait par exemple adapter la posologie d’un traitement prescrit par le médecin ou renouveler lui-même l’ordonnance d’un traitement chronique. Autant d’actes qui valorisent son expertise tout en évitant un nouveau passage chez le médecin.

Élargir le rôle de prévention, renforcer son rôle d’expert du médicament et affirmer son rôle d’orientation : ce sont là les fondements d’une évolution de la profession qui permettront d’apporter des réponses à la désertification médicale.

« Pas de remède miracle »

Il n’y a toutefois pas de remède miracle : aucune de ces réponses ne saurait être durable et complète sans mesure de soutien aux médecins et aux autres professionnels de santé. Le réseau officinal souffre lui-même de la désertification médicale. Quantitativement d’abord : 80 % de notre activité dépendent des ordonnances adressées par les médecins. Une commune qui perd son médecin, c’est donc aussi, potentiellement, une officine qui voit s’effacer 80 % de son activité et qui risque, à son tour, de fermer.

Qualitativement ensuite : une bonne relation médecin-pharmacien est essentielle pour le patient. Ces deux professionnels se connaissent, se coordonnent : ce tandem doit être renforcé. Les structures d’exercice coordonné telles que les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), doivent être mobilisées et enrichies à cette fin. Elles doivent également être souples et pouvoir s’organiser de manière simple et flexible autour du patient. C’est, aussi, à cette condition que le pharmacien pourra constituer un relais efficace du médecin et un maillon indispensable de la continuité des soins, partout sur le territoire.

Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF)

  • Crédit photo : © HOI ANH

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