Don d’organes et de tissus : un donneur sauve en moyenne trois vies

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Plus de 66 000 Français vivent grâce à une greffe d’organes ou de tissus. Moins de 6 000 transplantations sont réalisées chaque année alors que plus de 20 400 patients attendent un greffon. Le don d’organes reste un sujet délicat, objet d’idées reçues.

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1.    Pourquoi est-il important de donner ses organes et ses tissus ?

La greffe d’organes et de tissus permet de remplacer un rein, un cœur, des os ou encore des cornées en mauvais état par d’autres organes ou tissus sains. « Un donneur sauve en moyenne trois vies », observe le professeur François Kerbaul, directeur du prélèvement et des greffes d’organes et de tissus à l’Agence de la biomédecine. Plus de 66 000 Français vivent grâce à un organe ou des tissus greffés.

« En 2021, 5 276 transplantations d’organes ont été réalisées en France ainsi que 4 754 greffes de cornées. » Le nombre d’organes prélevés est insuffisant. Moins de 6 000 transplantations ont lieu chaque année. « Cependant, 20 429 personnes étaient en attente d’une greffe au 17 mars 2022. Certaines se trouvaient en situation d’urgence vitale ». Chaque année, près de 900 patients décèdent faute d’avoir été greffés à temps.

2.    Quels organes et tissus peuvent être prélevés ?

Les organes qui peuvent être prélevés sur une personne décédée sont le cœur, les poumons, les reins, le foie, le pancréas et l’intestin sous réserve qu’ils soient en bon état de fonctionnement.

Donner ses tissus est tout aussi important, que ce soient les os, les artères, les tendons, les valves cardiaques, les veines… La greffe de cornée peut améliorer ou redonner la vue aux personnes malvoyantes. La greffe de peau permet de sauver la vie des grands brûlés.

3.    Quels sont les organes les plus demandés ?

87 % des patients en attente de greffon ont besoin d’un rein. « Six millions de Français souffrent d’insuffisance rénale chronique en lien avec l’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité… », souligne le directeur du prélèvement et des greffes d’organes et de tissus de l’agence de la biomédecine. La dialyse n’est qu’un traitement supplétif. « Seule une transplantation de rein permet de guérir les cas les plus sévères. »

Le foie est le second organe le plus demandé (soit 8 % des attentes). Puis viennent le cœur (2 %), les poumons (1 %) et le pancréas (1 %).

4.    Quelles sont les conditions pour être donneur ?

Le donneur doit être en état de mort encéphalique. « La destruction de son cerveau doit être irréversible et authentifiée à la fois par des examens cliniques et des examens complémentaires comme l’électroencéphalogramme ou le scanner cérébral avec injection de produit de contraste », indique le médecin.

Le donneur ne doit pas s’être opposé de son vivant à donner ses organes, ce qui sera vérifié sur le registre national des refus. Les organes doivent être dans un bon état de fonctionnement. Les équipes médicales de l’Agence de la biomédecine les évaluent par différents examens avant de dire s’ils peuvent être transplantés.

Il n’y a pas de limite d’âge pour donner, comme pour recevoir, un organe. Toutefois, on ne peut pas être donneur si l’on est atteint d’une tuberculose ou d’une maladie virale évolutives, ou si l’on présente des antécédents de rage. Par ailleurs, un mineur peut s’opposer au don d’organes dès 13 ans. Mais si aucun refus n’a été émis de son vivant, il faut l’accord de ses deux parents pour le prélèvement. La loi prévoit qu’il est possible de se rétracter à tout moment de la procédure.

Le don d’organes et de tissus reste un sujet tabou. « Ça suppose souvent le décès brutal d’une personne consécutif à un accident vasculaire cérébral (AVC), un arrêt cardiaque, un suicide… », reconnaît le professeur Kerbaul. C’est pourquoi il est important de se manifester dès son vivant pour ne pas laisser peser cette décision délicate sur sa famille.

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Parler de sa position sur le don d’organes de son vivant évite de laisser peser ce choix sur ses proches. Crédit photo : Getty Images.

5.    Peut-on donner un organe de son vivant ?

On peut donner de son vivant un de ses deux reins ou un des deux lobes de son foie. À condition d’être majeur, volontaire, en bonne santé et d’avoir un lien avec le receveur : parenté, affiliation (conjoint…) ou relation affective d’au moins deux ans (ami d’enfance…). « Le rein est l’organe le plus donné », confie François Kerbaul. 502 greffes de reins de donneurs vivants ont été réalisées en 2021.

Le foie est constitué de deux lobes hépatiques. On peut prélever le lobe gauche du donneur vivant pour le transplanter chez le receveur. « 21 greffes de foie ont été effectuées en 2021, le plus souvent par l’un des deux parents d’un enfant en détresse vitale à cause d’une hépatite fulminante* », indique le médecin.

6.    Qu’entend-on par compatibilité dans le don d’organes ?

La compatibilité entre donneur et receveur d’organes dépend de leurs groupes sanguins. « C’est la même chose que pour le don de sang ». Cette compatibilité doit être immunitaire afin d’éviter le rejet de l’organe ou du tissu du donneur. Il faut s’assurer que le receveur n’a pas d’anticorps dirigés contre les antigènes du donneur. L’incompatibilité donneur-receveur n’est pas une contre-indication formelle. Le receveur pourra être soumis à un traitement de désimmunisation pour éviter tout rejet.

Enfin, les morphotypes du donneur et du receveur doivent être harmonieux quand il s’agit de transplanter des organes comme un cœur ou un poumon. « Par exemple, on ne peut pas greffer le cœur d’une femme de 1,60 m et 50 kg sur un homme de 1,90 m et de 90 kg. Ils n’ont pas le même débit cardiaque et ni le même morphotype. Le cœur doit avoir la capacité de fournir le travail qu’on lui demande. »

7.    Comment et où se passent un prélèvement et une transplantation d’organes et de tissus ?

Le prélèvement est un acte chirurgical. Les incisions sont refermées. Le corps est habillé et rendu à la famille. La restauration du corps est à la charge de l’établissement qui a assuré le prélèvement.

Le greffon est ensuite conditionné dans un container spécifique, réfrigéré à 4 degrés. Il est transporté vers l’établissement où aura lieu la transplantation par avion, train ou véhicule routier en fonction de l’urgence. La durée d’ischémie froide** est de 3 à 4 heures pour un cœur, de 4 à 6 heures pour un poumon, de 6 à 8 heures pour un foie, de 12 à 15 heures pour un rein.

Les prélèvements sont effectués dans l’un des 189 CHU, centres hospitaliers et établissements de santés privés de France, habilités par l’Agence de la biomédecine et l’Agence régionale de santé. Les greffes sont réalisées par 145 équipes spécialisées et agrées, majoritairement dans des CHU.

8.    Quels sont les délais d’attente pour bénéficier d’une greffe ?

Le délai d’attente varie en fonction de la typologie de l’organe à greffer, du niveau d’immunisation du receveur, de son groupe sanguin, de l’âge du donneur. « La probabilité d’avoir une greffe rénale durant la première année d’inscription sur liste d’attente est de 34 %, de 51 % après 2 ans, de 62 % après 3 ans », remarque le professeur Kerbaul.

« Le patient aura plus facilement accès à un greffon s’il est du groupe AB, c’est-à-dire receveur universel. » Le degré d’urgence peut aussi être décisif. Certains patients nécessitent d’être greffés plus rapidement que d’autres par rapport à leur état de santé.

La distance géographique entre le site de prélèvement et le site de greffe influe sur le délai d’acheminement des greffons. « Tout l’enjeu est de réduire l’intervalle de temps entre le moment où l’organe est prélevé sur le donneur et le moment de sa transplantation. Plus tôt cela est fait, plus les résultats seront bons en termes de survie du greffon et de qualité de vie du greffé. C’est une véritable course contre la montre ».

9.    Quel organisme gère les greffes en France ?

L’Agence de la biomédecine est un établissement public créé par la loi de bioéthique du 6 août 2004. C’est l’autorité de référence sur les aspects médicaux, scientifiques, juridiques et éthiques liés aux prélèvements et greffes d’organes et de tissus. Elle coordonne les prélèvements, s’assure que les greffons soient attribués aux malades en attente de greffes dans le respect des critères médicaux et des principes d’équité et de justice.

L’Agence de la biomédecine gère la liste d’attente des greffes et le registre national des refus de prélèvements. Elle assure un rôle d’éducation, d’information et de promotion concernant le don d’organes et de tissus. Elle évalue les établissements de santé qui assurent les prélèvements et les transplantations.

Elle exerce les mêmes missions dans trois autres domaines : le prélèvement et la greffe de cellules souches hématopoïétiques, l’assistance médicale à la procréation, l’embryologie et la génétique humaines.

Le don d’organes et de tissus est une priorité nationale. Ce qui explique qu’au plus fort de la crise sanitaire du Covid-19, les opérations de greffes ont été maintenues à la différence d’autres interventions, non urgentes, qui ont été repoussées.

10.  Quels sont les principes qui régissent les dons d’organes et de tissus ?

Un ensemble de lois de bioéthique encadre les activités médicales et de recherche afin d’assurer le respect de la dignité de la personne et de prévenir d’éventuelles dérives. Les principes fondateurs du don d’organes et de tissus sont contenus dans la loi Cavaillet du 22 décembre 1976 qui pose le principe du consentement présumé.

Toute personne est considérée comme donneur potentiel d’organes et de tissus à sa mort, excepté si elle exprime son refus de notre vivant. Pour cela, elle doit se signaler auprès de l’Agence de la biomédecine.

La gratuité s’impose. Donner ses organes et ses tissus est un acte de générosité et de solidarité. L’anonymat est aussi la règle. Les noms du donneur et du receveur ne sont pas communiqués. « En revanche, la famille du donneur peut être informée des organes et des tissus prélevés sur le proche et du résultat des greffes, si elle le souhaite », précise le professeur François Kerbaul.

* L’hépatite fulminante est une destruction massive et rapide du parenchyme hépatique. Le foie ne peut alors plus assurer sa fonction de synthèse et de détoxication.

** C’est le temps durant lequel l’organe, placé dans des conditions de réfrigération adaptées, peut être privé d’oxygène.

Les organes d’animaux, une alternative ?

Le 10 janvier 2022, le cœur d’un porc génétiquement modifié a été greffé sur un patient de 57 ans atteint d’une pathologie cardiaque en phase terminale. Cette prouesse technologique s’est déroulée aux États-Unis. Le patient est décédé début mars, soit deux mois après la transplantation. Son cœur a bien fonctionné durant plusieurs semaines sans aucun signe de rejet.

Malgré son issue, cette greffe reste une avancée déterminante pour les chercheurs. D’autres essais cliniques vont être menés car c’est une alternative sérieuse pour répondre aux pénuries d’organes constatées dans l’ensemble des pays industrialisés. « C’est un grand pas pour la recherche », constate le professeur François Kerbaul, directeur du prélèvement et des greffes d’organes et de tissus à l’Agence de la biomédecine.

« On parle ici de xénotransplantation ». Autrement dit de greffe d’un organe provenant d’un être vivant appartenant à une autre espèce. Le porc a été élevé dans une ferme isolée et dans certaines conditions pour éviter de développer des virus pouvant contaminer l’humain. Les animaux peuvent être porteurs de maladies virales transmissibles à l’homme. « Il a été génétiquement modifié pour réduire les risques de rejet dus aux incompatibilités immunitaires », poursuit le professeur François Kerbaul. Et de conclure : « Le cœur du porc se rapproche assez fidèlement du cœur humain dans son fonctionnement et son anatomie ».

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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