Don d’organes et de tissus : la vie d’Yvette épargnée grâce à un nouveau cœur

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Atteinte d’une cardiomyopathie qui aurait pu lui être fatale, Yvette Jarosz a bénéficié d’une transplantation du cœur il y a une dizaine d’années. Sans ce don d’organe, elle n’aurait pas pu voir grandir sa fille et remercie son donneur pour chaque bonheur vécu.

Don d'organes Yvette

Alors que tout allait bien dans sa vie, Yvette Jarosz a développé du jour au lendemain une cardiomyopathie*. Le diagnostic qui tombe est brutal à plus d’un titre car cette Avignonnaise, la quarantaine à l’époque, a toujours été en parfaite santé et n’a jamais fait d’excès. « J’étais essoufflée. J’ai commencé à perdre ma masse musculaire. La vie au quotidien devenait de plus en plus compliquée », se souvient-elle.

Un traitement s’impose et Yvette le supporte, mais il n’a pas l’effet escompté et sa maladie s’aggrave. « Quand le cœur ne va pas bien, tout le reste fonctionne mal. » Son cardiologue évoque la solution d’une greffe. Sans une transplantation de muscle cardiaque, le temps qu’il reste à vivre s’amenuise. Il ne faut plus attendre.

Le bilan pré-greffe nécessite beaucoup d’examens

Yvette Jarosz passe toute une batterie d’examens à l’hôpital de la Timone à Marseille afin qu’un bilan pré-greffe soit établi. Rien n’est laissé au hasard. Tout est cadré. « Le check-up a été complet pour vérifier que mon corps était apte à recevoir un autre cœur, pour voir si j’allais physiquement et mentalement tenir le coup. »

On ne lui cache rien. « L’anesthésiste et le chirurgien ont été très clairs et pédagogues. » Yvette sait d’emblée que l’opération est très lourde et délicate et que de nombreux paramètres, dont certains inconnus, vont rentrer en jeu. Il faudra attendre un don d’organe plus ou moins longtemps. Ce cœur devra s’adapter à tout un tas de critères de compatibilité, dont sa morphologie.

Yvette Jarosz est ensuite inscrite sur la liste d’attente des greffes gérée par l’Agence de la biomédecine, l’autorité de référence sur les aspects médicaux, scientifiques, juridiques et éthiques liés aux prélèvements et greffes d’organes et de tissus. Le compte à rebours est lancé. Le téléphone portable n’est jamais loin. « Il ne faut pas s’éloigner à plus de deux heures de son domicile. Si l’on part en vacances ou si l’on est malade, il faut le signaler. »

À domicile, avec un défibrillateur, dans l’attente de la greffe

On conseille à Yvette de choisir le taxi qui la conduira au plus vite et en toute sécurité, de jour comme de nuit, vers l’hôpital marseillais quand un cœur se présentera pour la greffe. Elle demande spontanément à Jean-Louis, la personne qui l’a amenée à la Timone pour ses examens de pré-greffe, d’accomplir cette mission. Ce qu’il accepte. « J’ai su plus tard qu’à partir de ce jour-là, il a dormi avec son téléphone sous l’oreiller. »

Yvette peut rester chez elle avec un défibrillateur. « Je m’estimais heureuse de cela car d’autres ont dû attendre leur greffe à l’hôpital. » Sans rien dire, pour n’affoler personne, elle se prépare à toute éventualité. Notamment à un départ prématuré. « Il fallait que je mette mes affaires en ordre. » Elle veille à la prochaine rentrée scolaire de sa fille, achète sa garde-robe. Prend le soin d’apposer des post-it discrets pour que son mari ne se retrouve pas démuni devant les tâches administratives qu’il n’aime pas.

Et puis, vient le jour où le téléphone sonne pour la greffe. Le hasard fait que c’est l’anniversaire d’Yvette. Elle se rend au plus vite à la Timone. Jean-Louis, le taxi, lâche la course qu’il allait faire pour l’y conduire. « J’ai eu une chance énorme car l’attente n’a été que de deux mois. De surcroît, mon groupe sanguin rare et celui du donneur concordaient. »

La vie préservée grâce à l’organe d’un donneur anonyme

Yvette a juste le temps de dire au chirurgien qu’elle espère qu’il est en forme avant d’être plongée dans un profond sommeil. « Je me suis réveillée sans douleur. Je suis restée une semaine en réanimation. C’était un nouveau départ. » Au début, quand Yvette est confrontée à une activité qui demande un effort physique, elle hésite. « Je n’arrivais pas à me dire que c’était possible à réaliser avec mon nouveau cœur. »

Vertigineux aussi de réaliser que sa vie est sauve grâce à un anonyme qui n’est plus de ce monde. « Durant l’heure et demie de route dans le taxi qui m’amenait à la Timone, j’ai pensé à mon donneur. » À son réveil, c’est aussi le cas. « J’ai du respect pour cette personne. Elle m’a donné son cœur. C’est à moi d’en prendre soin à présent. » Elle a écrit un mot très neutre, sans révéler son identité, à la famille du donneur pour dire qu’elle allait bien. En espérant qu’il a été lu. C’est sa façon de dire merci.

« Lorsque je vis quelque chose de beau, j’ai une pensée pour mon donneur. Je me dis qu’il le vit un peu lui aussi, qu’on fait équipe. » Yvette est suivie médicalement et doit prendre un traitement antirejet à vie pour que le cœur greffé ne soit pas assimilé à un corps étranger. Aujourd’hui, elle fait de la prévention sur le don d’organes dans les écoles. Une vie avertie peut en sauver plusieurs.

* La cardiomyopathie est une maladie qui touche le cœur et réduit sa capacité à pomper le sang riche en oxygène pour l’envoyer vers le reste du corps.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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