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Médicaments anti-Alzheimer : le déremboursement qui dérange

Les médicaments anti-Alzheimer, jugés insuffisamment efficaces par la Haute Autorité de santé (HAS), ne sont plus remboursés. Huit associations de patients, sociétés savantes et organisations professionnelles viennent de déposer un recours devant le Conseil d’État.

Médicaments anti-Alzheimer : le déremboursement qui dérange

Ce que les associations de patients redoutaient est arrivé. Depuis le 1er août, les quatre médicaments prescrits pour lutter contre les symptômes de la maladie d’Alzheimer (Ebixa, Aricept, Exelon et Reminyl) ne sont plus remboursés par l’Assurance maladie. La mesure suit les recommandations rendues par la commission de transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) en 2016.

Selon elle, les médicaments dits anti-Alzheimer présenteraient « un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale ».

Pour le professeur Christian Thuillez, président de cette commission, si « les bénéfices de ces médicaments existent », ils demeurent « modestes et ne sont pas suffisants par rapport aux risques encourus par les patients ». Parmi ces risques, on peut citer « des troubles digestifs, cardiovasculaires ou neuropsychiatriques potentiellement graves ».

Un argumentaire pour le moins inquiétant, auquel se sont immédiatement opposés les professionnels de santé et les associations de patients comme France Alzheimer. Soutenue par sept sociétés savantes et organisations professionnelles*, cette dernière vient de déposer un recours devant le Conseil d’État et réclame l’annulation du décret qui valide la fin de la prise en charge.

 

« Aucune alerte de pharmacovigilance »

« Depuis que ces médicaments sont commercialisés, il n’y a eu aucune alerte de pharmacovigilance concernant un effet indésirable nouveau ou grave, que ce soit en France ou ailleurs, explique le professeur Marc Verny, neurologue responsable du centre de gériatrie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, et membre de la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG). Si cela avait été le cas, on imagine bien que ce n’est pas un déremboursement qui aurait été demandé, mais un retrait du marché. Il faut arrêter les sornettes : quand ils sont utilisés dans le respect des contre-indications, ces produits ne posent pas de problème médical majeur. Je précise en outre que la France est le seul pays européen à avoir choisi de les dérembourser. »

En réalité, au-delà des effets secondaires, c’est surtout le coût de la prise en charge (environ 90 millions d’euros par an) qui semble avoir motivé la décision d’Agnès Buzyn. Or, pour la plupart des spécialistes et des familles concernés, de telles dépenses restent justifiées parce que, contrairement à ce qu’affirme la HAS, les traitements auraient une utilité bien réelle pour les malades. « Les études dont nous disposons montrent que les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase (la classe majoritairement prescrite, NDLR) permettent une légère amélioration cognitive et fonctionnelle, affirme le docteur François Sellal, neurologue aux hôpitaux civils de Colmar et président de la fédération française de neurologie (FFN). Certes, l’effet n’est pas majeur, on ne le retrouve pas chez tous les patients, mais il existe. »

 

Pas d’effet sur la mémoire

En clair, ces médicaments, qui n’ont pas d’effet sur la mémoire (ils agissent sur les processus attentionnels), aideraient surtout le malade « à se sentir mieux, à être davantage présent, autonome et à mieux participer aux conversations », précise le professeur Verny. Ce qui, dans une telle maladie, est loin d’être négligeable…
Enfin, les requérants qui ont saisi le Conseil d’État dénoncent « l’absence d’indépendance et d’impartialité » des experts de la commission de transparence. Avant d’être sollicités pour évaluer ces médicaments, certains s’étaient en effet, par le passé, déjà prononcés publiquement en faveur de leur déremboursement.

Leur idée : mettre davantage l’accent sur l’aspect non médicamenteux de la prise en charge, comme l’orthophonie, la kinésithérapie, l’ergothérapie ou l’exercice physique. « Évidemment, ces approches sont pertinentes, reconnaît le docteur Sellal, mais pour se donner le maximum de chances d’aider les malades, il faut associer les deux approches : pharmacologique et non pharmacologique. » Un traitement global, donc, auquel de nombreux patients ne pourront plus avoir accès faute de moyens.

* La fédération des centres mémoire, la fédération française de neurologie, la société française de neurologie, la société française de gériatrie et de gérontologie, la société de neuropsychologie de langue française, la société francophone de psychogériatrie et de psychiatrie de la personne âgée, l’association des neurologues libéraux de langue française.

  • Aliisa Waltari (ANPM-France Mutualité)
  • Crédit photo : Shutterstock

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