Audition : 5 innovations pour mieux entendre

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Six millions de personnes souffrent de problèmes d’audition en France, dont la moitié* environ devraient être appareillées (seulement 35 %**) le sont réellement aujourd’hui). Les solutions auditives ont pourtant fait des progrès marquants, ces dernières années, tout comme le dépistage précoce et la prise en charge chirurgicale. Tour d’horizon.

1.   Filtrer le son grâce aux puces numériques

Les aides auditives sont passées de la technologie analogique à la technologie numérique il y a déjà une vingtaine d’années, facilitant largement le traitement du signal sonore***. Mais depuis, la puissance des microprocesseurs – puce numérique qui gère le son à l’intérieur de l’appareil – n’a cessé d’augmenter. Résultat : les aides proposées aujourd’hui sur le marché n’ont jamais été aussi performantes.

« Leur avantage est non seulement d’amplifier les sons qui ne sont pas perçus mais également de faire émerger la parole dans une ambiance bruyante », indique Philippe Metzger, audioprothésiste à Paris et membre du Syndicat des audioprothésistes (SDA).

Ce que ça change

Obtenue grâce au filtrage des bruits périphériques (la circulation automobile, le bruit de la télé, la sonnerie d’un téléphone, etc.), cette capacité à distinguer la parole améliore considérablement le confort auditif des patients.

* L’autre moitié concerne des personnes porteuses d’une surdité légère, pour lesquelles le bénéfice d’un appareillage serait faible.

** Sources : SNDS et Insee 2014.

*** Dans le cas de la technologie analogique, le signal est continu, il reproduit le signal reçu. Dans le cas du numérique, le signal est transformé en code binaire, plus facilement reproductible.

2.   Les aides auditives connectées et intelligentes

Beaucoup d’appareils auditifs – essentiellement ceux de classe 2* – disposent aujourd’hui de l’option Bluetooth. L’intérêt est de pouvoir se connecter à différents appareils numériques présents dans sa maison : le téléphone mobile, la télévision ou l’ordinateur portable, par exemple. « Lorsque votre téléphone sonne, le son arrive directement dans les aides auditives, précise Philippe Metzger. Celles-ci font alors office de micros et de haut-parleurs pour votre conversation. À condition toutefois que votre smartphone se trouve dans un rayon de 7 mètres. »

Ce que ça change

« Plus le patient est jeune et actif, avec une vie socioprofessionnelle dense, plus la connectique Bluetooth associée prend du sens », remarque Vincent Burcia, ORL et membre du Syndicat national des médecins spécialisés en ORL et chirurgie cervico-faciale (SNORL). « Pour quelqu’un qui a des réunions en visio régulièrement, par exemple, cela représente un gain de temps et de confort important. »

* Dont le prix de vente n’est pas plafonné.

3.   La miniaturisation rend les appareils invisibles

Ces dernières années, le volume global des aides auditives a tendance à diminuer pour une technologie qui s’améliore. Car, en effet, quel que soit l’appareil choisi, la discrétion est aujourd’hui assurée.

Pour rappel, trois types d’aides sont proposés. Le premier est le contour d’oreille classique. Le deuxième est un micro-contour « à écouteur déporté » ; il est posé sur l’oreille et relié à un tube fin qui amène le son dans l’oreille. Le troisième est l’intra-auriculaire, à savoir une seule pièce de petite taille logée dans l’oreille.

Ce que ça change

Cela permet de libérer l’espace sur l’oreille pour les branches de lunettes, voire pour les élastiques du masque en période de crise sanitaire. Mais au-delà de l’aspect pratique, l’impact de cette miniaturisation est surtout psychologique.

Pour beaucoup de personnes, l’appareillage auditif symbolise encore le point de bascule entre le statut d’actif et le statut de personne âgée. Or, la miniaturisation peut aider ces patients à franchir le pas. Autrement dit, moins l’appareil est visible, plus ils parviendront à adhérer à l’idée d’un appareillage.

4.   Un dépistage (très) précoce de la surdité

En termes de prise en charge médicale, tous les experts s’accordent à dire que le dépistage néonatal de la surdité, généralisé en 2014, est l’une des avancées majeures de ces dernières années. Celui-ci se matérialise par un test auditif effectué à la maternité, tout juste 24 heures après la naissance.

De même, les progrès réalisés dans le traitement médicamenteux et/ou chirurgical des otites chez les enfants évitent la persistance d’un état inflammatoire chronique qui dégrade l’audition future d’un adulte.

Ce que ça change

Le dépistage précoce des troubles auditifs rend possible une prise en charge adaptée dès le plus jeune âge. « Auparavant, on découvrait qu’un certain nombre d’enfants étaient sourds profonds au moment de leur entrée dans la vie en collectivité ou même à l’école, alors que des retards d’acquisition du langage s’étaient déjà installés », remarque l’ORL Vincent Burcia.

innovations audition
Le dépistage précoce, dès la maternité, évite que des surdités soient découvertes trop tardivement, à l’école par exemple. Crédit photo : iStock.

5.   La chirurgie de l’oreille boostée par la robotique

En juillet 2020, le CHRU de Brest a été le deuxième hôpital français à s’équiper du Robotol*. Un robot utilisé pour la chirurgie classique (celle du tympan, par exemple), mais qui sert aussi à la mise en place d’implants cochléaires, destinés à réhabiliter la surdité sévère à profonde.

« Cela consiste à introduire à l’intérieur de la cochlée un porte-électrode qui stimule directement le nerf auditif », explique le professeur Rémi Marianowski, chef du service ORL du CHRU de Brest.

Ce que ça change

« L’insertion du porte-électrode dans la cochlée se fait de façon manuelle depuis de nombreuses années, précise Rémi Marianowski. Mais l’intérêt du Robotol est une précision du geste supérieure à celle de la main humaine, dans la mesure où la qualité de l’insertion manuelle reste dépendante de la dextérité ou de l’état de fatigue du chirurgien. »

Ici, l’insertion du porte-électrode se fait à vitesse constante, ce qui évite les traumatismes à l’intérieur des structures de l’oreille interne et assure une insertion optimale à proximité du nerf auditif.

* Mis au point par des ORL de la Pitié-Salpêtrière à Paris, le Robotol est aujourd’hui utilisé au CHU de Nantes, au CHU de Montpellier et à l’hôpital Necker à Paris.

Une application pour améliorer le dépistage des troubles auditifs

Créée par la Fondation Pour l’Audition, l’appli Höra est un autotest, mis au point grâce à la constitution d’un comité d’experts scientifiques et médicaux. Il s’agit d’un outil gratuit de repérage des troubles auditifs. « L’une des vertus de cette application est de pouvoir se tester et se retester régulièrement », remarque Marc Greco, directeur technique audition chez Écouter Voir.

Cet autotest téléchargeable sur tablette et smartphone mesure en trois minutes la compréhension de la parole dans le bruit. Son but : repérer les surdités bilatérales (quand les deux oreilles sont concernées) ou unilatérales (quand une seule oreille est concernée).

  • Émilie Gilmer
  • Crédit photo : Istock

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