Comment se repérer sur le marché des applications santé ?

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Il existe plus de 325 000 applications santé mobiles spécialisées dans le sport, la nutrition ou encore la prise en charge de certaines maladies. Or, leur développement n’est pas encadré. Difficile de juger de leur fiabilité, leur efficacité et de savoir ce qu’il advient des données personnelles des usagers. Voici quelques pistes pour y voir plus clair.

applis santé

Les boutiques en ligne Google Play et Apple Store proposent une pépinière d’applications pour tablettes et smartphones. On y trouve tout. Du meilleur au moins bon. Le domaine de la santé n’échappe pas à ce marché en plein essor, surtout depuis que le Covid-19 a accéléré l’utilisation du numérique dans le soin et le développement de la téléconsultation et du télésuivi.

« On estime qu’il y a 325 000 applications santé dans le monde. Certaines sont installées directement sur le téléphone comme le podomètre pour compter les pas de la journée », observe Olivier Aromatario, ingénieur de recherche à l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED) de Bordeaux, rédacteur d’une thèse sur les conditions d’efficacité des objets connectés et autres applications santé alimentation et activité physique.

Une application santé sur trois observerait les bonnes pratiques

Les applications d’informations générales et de mise en forme, en sport ou nutrition par exemple, proposent de la prévention, des conseils et/ou un accompagnement gracieux plus ou moins succinct. « Lorsque ce suivi est poussé ou personnalisé, et nécessite l’intervention d’un professionnel, le service devient payant », précise Olivier Aromatario.

Certaines applications s’adressent aux patients atteints de pathologies telles que le diabète, l’insuffisance cardiaque… Gratuites, elles viennent en appui d’une prise en charge médicale et/ou font office de télésurveillance des rechutes et complications. D’autres sont mises à la disposition des professionnels de santé. C’est le cas d’ADOP-HAD, outil d’aide à la décision d’orientation des patients en hospitalisation à domicile.

Aucune réglementation n’encadre leur développement. La Haute autorité de santé (HAS) a établi 101 recommandations à l’attention des éditeurs et évaluateurs, élaboré avec la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information. Ce référentiel technique n’impose pas d’obligation de suivi. Seule une application sur trois observerait ces bonnes pratiques, qui vont de la fiabilité des informations de santé, à l’expertise des auteurs du contenu, en passant par la pertinence des données collectées.

L’utilisation des données doit correspondre à la finalité du service

« Les Français se méfient du traitement fait de leurs données personnelles. Il y a une vraie défiance de la part des usagers, professionnels de santé comme particuliers », confie Gilles Braud, responsable du département Mieux vivre connecté de DEKRA Certification, organisme de contrôle privé. C’est ce qui s’est passé avec StopCovid, application promue par l’État dans la lutte contre le coronavirus. « La première version n’a pas convaincu ».

Gilles Braud conseille aux usagers d’être vigilants, d’aiguiser leur sens critique, de lire les mentions légales et les conditions générales d’utilisation (CGU). « Il faut s’assurer qu’il y en ait et qu’elles comprennent un chapitre dédié à la politique de confidentialité et de traitement des données. » Leur utilisation doit correspondre à la finalité du service proposé. L’identification de l’éditeur est aussi importante. « Le nom du directeur de la publication doit être indiqué. »

Qu’une application santé soit téléchargée de nombreuses fois ou qu’elle soit payante n’est pas gage de sérieux pour autant. « Les éditeurs sont parfois très surpris quand nous restituons les résultats des évaluations de leurs applications. Les écarts de conformité concernent plus particulièrement la sécurité numérique et le règlement général sur la protection des données », indique Gilles Braud. La CNIL est intransigeante dans ce domaine. Les sanctions sont lourdes en cas de manquement.

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Bien qu’ils utilisent des applications santé, les Français s’inquiètent du traitement de leurs données personnelles. Crédit photo : Getty Images.

39 % des usagers arrêtent avant 10 utilisations

L’efficacité des applications santé est aussi sujet à controverses. Olivier Aromatario en a fait l’expérience en menant sa thèse. « Les outils connectés qui donnent des conseils et des objectifs à atteindre aident peu à modifier le comportement de l’utilisateur. Ça marche surtout sur ceux qui étaient déjà dans cet élan. »

À court terme, c’est satisfaisant. Or passés quelques mois, l’assiduité n’est plus là. « 39 % des usagers arrêtent avant dix utilisations. Et le tiers des patients pratiquant l’auto-mesure, du nombre de pas quotidien par exemple, ne vont pas au-delà de six mois. » Les applications santé les plus performantes sont notamment celles qui proposent un accompagnement par un humain. Ce suivi est souvent optionnel donc payant. « L’application peut aussi orienter vers des produits à consommer, tel aliment ou telle paire de baskets ».

Quant aux risques pour la santé, cela part du même principe. Plus l’usager sera épaulé avec sérieux et régularité, plus il fera attention et accomplira les bons gestes ou comportements. Sans surveillance, rien n’est moins sûr. Une application santé ne remplacera jamais un praticien, même si elle permet à certains de se motiver à adopter une autre hygiène de vie.

Une meilleure sécurité numérique dès janvier 2022

Cinq grandes orientations ont été actées dans la feuille de route engagée par l’État pour accélérer le virage numérique en santé :

  • renforcer la gouvernance,
  • intensifier la sécurité et l’interopérabilité des systèmes d’information en santé,
  • accélérer le déploiement des services numériques socles,
  • soutenir l’innovation et favoriser l’engagement des acteurs,
  • déployer au niveau national des plateformes numériques de santé.

La mise en service de ces plateformes est prévue pour le 1er janvier 2022. L’une, nommée Mon espace santé, sera destinée aux particuliers bénéficiaires de l’Assurance maladie. Une autre, baptisée Bouquet de services pro, sera adressée aux professionnels du secteur.

Les usagers pourront ainsi bénéficier de services numériques de santé dans un cadre sécurisé via une navigation fluide, c’est-à-dire avoir notamment accès à leur dossier médical partagé, à leur agenda santé et à de nombreuses applications santé proposées par les secteurs public et privé inscrits dans cette démarche.

Ces applications santé seront expertisées par une commission à partir de divers critères (ergonomie, fiabilité, sécurité…) et recevront donc une validation nationale avant d’être présentées en ligne.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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