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Échographie 3D tactile : les parents malvoyants découvrent leur bébé au toucher

L’échographie 3D tactile, mise au point par les docteurs Levaillant et Nicot, permet aux déficients visuels de percevoir leur futur enfant grâce à un moulage du corps et du visage. Deux parents témoignent de l’émotion ressentie.

Échographie 3D tactile : les parents malvoyants découvrent leur bébé au toucher

C’est le plus beau jour de sa vie. Du moins, ça l’était jusqu’à la naissance de son fils, Malone, qui l’a encore plus comblée. Jennifer est malvoyante. Elle a pu suivre l’évolution du développement de son enfant, comme n’importe quelle autre mère, grâce à l’échographie 3D tactile. C’est-à-dire percevoir par le toucher, à défaut de les voir, le corps et le visage de son bébé à plusieurs stades de leur constitution, via des moulages.

« La première fois, c’était au troisième mois de grossesse. J’ai découvert mon enfant sous mes doigts. Quelle émotion ! J’ai réalisé que j’étais bien enceinte, que le fœtus grandissait sans difficulté. Ça a renforcé le lien filial », raconte la maman. Jusqu’alors, elle ressentait « de la frustration », même si son mari Jonathan lui décrivait tout ce qu’il pouvait. « Quand Malone est né, j’ai immédiatement touché son visage. C’était bien lui ! ».

L’échographie 3D tactile améliore la compréhension

Patiente du gynécologue-obstétricien Jean-Marc Levaillant, Jennifer a bénéficié du dispositif mis en place par le médecin et son confrère, Romain Nicot, chirurgien maxillo-facial. Le premier est référent des centres de diagnostic anténatal de Créteil et de Kremlin-Bicêtre, président de la commission nationale d’échographie du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Le second officie au CHU de Lille.

Tous deux travaillent ensemble depuis une dizaine d’années. « Notre domaine commun d’intervention est l’aspect malformatif prénatal. En 2015, nous avons commencé par imprimer des données échographiques tridimensionnelles de fentes labio-palatines (becs-de-lièvre) », raconte Romain Nicot. « À l’université de Lille, nous avons soumis à des étudiants des modèles en 3D de fractures du visage. Cela a nettement amélioré leur compréhension. Nous avons alors pensé aux personnes déficientes visuelles ».

Le même pied d’égalité pour tous les parents

Après plusieurs tests et l’intervention d’un ingénieur pour adapter le dispositif, les premiers moulages ont pu être établis. « Jean-Marc Levaillant fait l’échographie des patientes. Il me transmet les données que je traite. Je les imprime en 3D et les renvoie », explique le chirurgien. Il estime que « lorsque l’on ne voit pas son futur enfant, il y a des risques que l’attachement soit plus tardif ». Et d’insister : « Pour nous, il est capital que ce dispositif mette sur le même pied d’égalité les patients déficients visuels et ceux qui n’ont pas de problème de vue ».

Pour l’instant, moins de dix couples ont pu bénéficier de l’échographie 3D tactile. Ses deux concepteurs s’emploient à constituer un réseau de référents en France pour la prise en charge des patients malvoyants. Tout en rejetant l’idée de commercialiser leur invention, élaborée grâce à leurs financements personnels. « On en parle pour que ça tombe dans le domaine public et que personne n’en fasse l’exploitation ».

Le contact sensoriel peut enfin s’établir

Cette innovation médicale a reçu le soutien de l’association SJKB, présidée par Sébastien Joachim*. « Notre mission est d’apporter de l’aide à tout ce qui sensibilise au handicap visuel, fait progresser la recherche pour réduire le fossé entre les malvoyants et les autres ». Il voit dans l’échographie 3D une découverte majeure. « À partir du moment où l’on peut toucher, le contact sensoriel peut enfin s’établir. La relation entre le parent et le bébé se consolide. La mère sent bouger l’enfant dans son ventre mais c’est autre chose de le percevoir avec les doigts ».

Timothée, papa aveugle, ne le contredira pas. Il a découvert le visage de son fils Tilem grâce à un moulage réalisé au sixième mois de la grossesse de Leslie, sa compagne. « J’ai senti l’adrénaline monter avant de le toucher. C’était un sentiment si étrange. Ça n’a rien à voir avec tout ce que l’on peut imaginer ».

* SJKB : Sébastien Joachim Kicks Blindness.

  • Patricia Guipponi
  • Crédit photo : DR

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