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Intelligence artificielle et santé : stop aux idées reçues

Objets de nombreux fantasmes, les robots et logiciels dotés d’intelligence artificielle sont partout, y compris dans le domaine de la santé. Sont-ils réellement fiables pour établir un diagnostic ? Ne risquent-ils pas, un jour, d’échapper à notre contrôle ? Éléments de réponses.

Intelligence artificielle et santé : stop aux idées reçues

En santé comme ailleurs, l’intelligence artificielle va voler nos emplois.

Vrai et faux. L’annonce d’une destruction en masse d’emplois est sans doute l’angoisse la plus répandue. Selon une étude de l’Institut Sapiens(1) menée en août 2018, ce sont en effet près de 2,1 millions d’actifs qui pourraient voir leur emploi supprimé, en raison du gain de productivité rendu possible par la machine. Et dans le secteur de la santé aussi ! Dans ce domaine (comme ailleurs), ce sont probablement les travailleurs peu qualifiés qui seront les plus touchés, notamment dans la manutention (les brancardiers par exemple). Quant au reste des métiers, ils feront plutôt l’objet d’une mutation. « Des robots aides-soignants porteront les patients à la place des aides-soignants pendant que ces derniers développeront d’autres compétences », précise Arnaud Depil-Duval, chef des urgences de l’hôpital d’Evreux. L’IA créera par ailleurs nombre d’emplois « hautement qualifiés ». Selon le MIT (Massachusetts Institute of Technology), différents métiers vont d’ailleurs émerger dans les années à venir, comme celui de coach de robots qui aidera humains et robots à collaborer…

(1) Intitulée « L’impact de la révolution digitale sur l’emploi », cette étude établit un top 5 des métiers « en voie de disparition » dont les ouvriers de la manutention, les secrétaires, les employés de banque et d’assurance, les comptables et les caissiers. www.institutsapiens.fr

 

L’intelligence artificielle va contribuer à sauver des vies.

Vrai. Des robots conversationnels (chatbot), actuellement en développement, aideront demain à désengorger les services d’urgence en contribuant au premier « tri » des patients. L’idée est simple : vous répondez à un certain nombre de questions à propos de vos symptômes et le chatbot évalue le degré d’urgence de votre situation et vous oriente vers le service adapté (médecine générale ou service d’urgence). Mieux : dans certains domaines comme la dermatologie, l’intelligence artificielle est déjà capable d’analyser l’évolution d’un grain de beauté (via des photos prises quotidiennement) et de dépister l’apparition d’un éventuel mélanome. « Les algorithmes permettent dans ce cas de favoriser les rendez-vous pertinents, c’est-à-dire de libérer des créneaux de consultation pour les patients dont la prise en charge s’avère nécessaire », remarque Arnaud Depil-Duval.

 

L’intelligence artificielle va surpasser l’homme (et donc le médecin).

Vrai et faux. Pour certaines tâches comme le calcul ou la mémorisation, la machine surpasse déjà le cerveau humain. Pour autant, les capacités de la machine sont limitées car elle ne peut bien souvent faire qu’une tâche à la fois. Avec ses milliards de neurones connectés les uns aux autres, le cerveau humain est au contraire capable de commander et de coordonner simultanément de multiples actions : réfléchir, anticiper, espérer, désirer, etc. Aussi, face à une situation d’urgence, après un attentat ou une catastrophe naturelle par exemple, aucune machine ne serait aujourd’hui capable de gérer l’imprévu et de faire des choix humainement acceptables…

 

Les objets connectés vont (aussi) inonder le marché de la santé.

Vrai. Ces objets de « mesure de soi » (« quantified self » en anglais) visent à recueillir des informations utiles à sa santé. Cela peut être, par exemple, un bracelet ou un masque qui analyse la qualité de votre sommeil et envoie les éléments sur votre smartphone. Il peut s’agir aussi d’une prothèse connectée, capable d’envoyer des informations sur son état d’usure ou encore un dispositif fixé au stylo d’insuline d’un patient diabétique qui communique les doses injectées(2). Selon l’institut d’études GfK, 180 000 appareils connectés destinés à la santé ont été vendus en France en 2017. Soit une augmentation des ventes de 57 % par rapport à 2016.

(2) Le modèle s’appelle Clipsulin a été créé par la start-up française Diabnext.

 

L’intelligence artificielle est déjà capable de prédire les épidémies.

Vrai. À Taiwan, un site Internet de prévision des épidémies de grippe basé sur l’intelligence artificielle a été lancé en avril dernier, apprend-on sur le site du ministère de l’Europe et des affaires étrangères (diplomatie.gouv.fr). Conçu grâce au croisement de données sanitaires (nombre de consultations, nature des symptômes), météorologiques et démographiques, le site présente l’évolution probable des épidémies. Et il peut estimer le nombre de patients qui consulteront un médecin ou auront recours aux services d’urgence durant les quatre semaines à venir. « Ce type de dispositif est particulièrement utile car il permet de renforcer les équipes médicales avant que la crise ne survienne », remarque Arnaud Depil-Duval.

 

Une large majorité de Français considèrent l’IA comme une opportunité pour la santé.

Vrai. Selon une étude(3) CSA pour France Inter et Libération, 85 % des Français estiment que l’IA va représenter une véritable révolution au même titre qu’internet. Et 72 % la considèrent comme une opportunité pour le domaine de la santé. Un taux élevé, qui ne doit pas masquer une autre réalité : si les Français se disent spontanément curieux lorsqu’on évoque les possibles développements de l’IA, l’inquiétude arrive en deuxième position… Quant à savoir si un jour les robots prendront le pouvoir sur les humains(4), 43 % d’entre eux répondent par l’affirmative…

(3) Étude réalisée en janvier 2018 auprès d’un échantillon représentatif de 1 011 Français.
(4) Lire ou relire le point de vue de Serge Tisseron Faut-il avoir peur des robots ?

 

« En matière de santé, l’intelligence artificielle va nous aider à faire moins d’erreurs »

Aux urgences comme chez le généraliste, la machine va épauler les professionnels dans leur quotidien, et sécuriser leur travail. Les explications avec Arnaud Depil-Duval, chef des urgences de l’hôpital d’Evreux.

Arnaud Depil-Duval« Le principal apport de l’intelligence artificielle réside dans la prévention d’erreurs. Dans le domaine aéronautique, lorsqu’un avion rencontre un problème, le système ne se contente pas de le signaler, il suggère les procédures à suivre pour le résoudre. Grâce à l’IA, le même type de dispositif est en train de se développer en médecine. Par exemple, si un patient victime d’une crise d’épilepsie se présente aux urgences, la machine aura pour fonction de rappeler au médecin toutes les vérifications utiles à effectuer compte tenu des données qu’il possède, ce qui réduira le risque d’erreurs dans la prise en charge du patient. Il en sera de même pour le diagnostic. Aujourd’hui, il existe un protocole instauré au sein de l’hôpital qui consiste à réunir les médecins trois fois par jour pour faire le point sur les dossiers. Cette « intelligence collective » permet bien souvent de surmonter les difficultés et/ou de trouver des solutions. Demain, l’intelligence artificielle sera un renfort supplémentaire pour n’omettre aucun diagnostic et faire les bons choix en termes de propositions thérapeutiques. »

  • Emilie Gilmer
  • Crédit photo : Getty Images - Photo portrait : DR

Un commentaire pour cet article

  1. christophe lamaison

    Je suis tout à fait d’accord avec vous hormis le fait que les ordinateurs ne soient pas capables de faire plusieurs choses à la fois : il le font car ils exécutent une tâche en un milliardième de seconde, cela donne l’impression de la simultanéité tellement c’est rapide.

    Sans compter que les ordinateurs quantiques qui arriveront dans une décennie vont multiplier la puissance des machines actuelles par… un million.

    Cela dit il va falloir un organisme de régulation des IA car en de mauvaises mains elle pourrait aussi faire de « miracles » de tout autre nature.

    C’est l’outil le plus dangereux dont l’homme aura jamais disposé.

    Bien confraternellement

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