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Mal de dos : de nouvelles solutions pour ne plus le subir

La lombalgie est le premier motif d’arrêt de travail chez les moins de 45 ans en France. Pourtant, avec de nouvelles consignes de prévention et de soins, et grâce au développement de la chirurgie de pointe, son impact devrait diminuer à l’avenir.

Mal de dos : de nouvelles solutions pour ne plus le subir

On l’appelle « le mal du siècle ». Le mal de dos (ou lombalgie) est le premier motif d’arrêt de travail, de maladie professionnelle et d’inaptitude au travail chez les moins de 45 ans, selon la Caisse nationale d’Assurance maladie. Celle-ci chiffre son coût direct à plus d’un milliard d’euros par an. Autant dire que l’enjeu est immense pour trouver des moyens efficaces de prévenir et soulager les lombalgies.

Qu’est-ce qui provoque le mal de dos ?

À l’origine des lumbagos ou des sciatiques, il y a ce mécanisme : entre chaque vertèbre se trouvent les disques lombaires et les facettes articulaires, qui jouent le rôle d’amortisseurs entre les vertèbres de la colonne. Si ceux-ci se détériorent, les douleurs apparaissent : pincements, tiraillements…

Les mauvaises habitudes de vie sont souvent en cause : pas assez de muscles pour soutenir la colonne, mauvaises postures, sédentarité, tabac, surpoids… Mais la génétique est aussi responsable, comme l’ont découvert des chercheurs français en 2012. Le Pr Jérôme Allain, fondateur de l’Institut parisien du dos, explique : « Les disques produisent une protéine qui fonctionne comme une éponge : elle retient l’eau dans le disque, ce qui l’aide à jouer son rôle amortisseur. Au moindre déficit de production de cette protéine, cela génère une sécheresse du disque et des douleurs. Or on a découvert quel gène est responsable de la production de protéine, et pourquoi, chez certains individus, cela dysfonctionne. La génétique est responsable à 70 % ! »

L’activité physique comme traitement principal

Contrairement à une idée reçue qui a la vie dure, « trop d’activité physique » ne provoque pas de problème de dos. Au contraire, bouger est le nouveau mot d’ordre. La Haute Autorité de santé (HAS) a publié, en avril 2019, de nouvelles recommandations qui soulignent l’importance, en cas de lombalgie non chronique, de prescrire l’activité physique comme traitement principal. Elle insiste aussi sur une prise en charge qui prend en compte les différents aspects de la vie (stress, nature du travail, facteurs aggravants).

L’Assurance maladie propose, depuis 2018, une application gratuite, Activ’Dos. Avec un coach virtuel pour des exercices de relaxation et les bons gestes du quotidien. Cette tendance rejoint ce que propose depuis les années 1980 « L’école du dos ». Celle-ci forme médecins et kinésithérapeutes à cette méthode qui prône une éducation aux bons gestes et à une « reprise du mouvement progressive, dynamique et dans la durée à tous les âges ».

La chirurgie comme dernier recours

Quand les antidouleurs et l’activité physique ne suffisent pas et que la lombalgie devient chronique (plus de trois ou six mois), la Haute Autorité de santé recommande une prise en charge pluridisciplinaire : kinésithérapie, rhumatologie, médecins rééducateurs, médecine du travail et spécialiste de la douleur ou chirurgie du rachis.

Cependant, « l’opération doit rester le dernier recours », rappelle le Pr Jérôme Allain, dont l’Institut parisien du dos reçoit un millier de patients chaque année. « Le taux d’échec reste important, de l’ordre de 20 %, soit en raison de complications, soit parce que le patient a toujours mal, mais ailleurs dans le dos. »

Pourtant, la chirurgie du rachis a fait d’énormes progrès. « Dans les années 60, un malade opéré saignait plus d’un litre, on coupait les muscles, on lui imposait le lit plusieurs jours à plusieurs semaines, rappelle le Pr Allain. Aujourd’hui, le saignement moyen est de 150 ml, on ne coupe plus une seule fibre musculaire (on peut opérer par le ventre !) et le patient est debout le lendemain de l’opération. »

Reproduire la courbure de la colonne

Les chirurgiens pratiquent aussi de moins en moins la classique arthrodèse, qui consiste à « souder » les vertèbres à l’aide de vis et de tiges. Celle-ci a l’inconvénient de rigidifier la colonne et souvent de perturber la courbure naturelle de la colonne vertébrale. « Ainsi, dans 40 % des cas, il y a une dégradation des disques adjacents seulement cinq ans plus tard », détaille le chirurgien orthopédiste. Il a fallu une vingtaine d’années de recherche pour reproduire au mieux la courbure naturelle, pour retrouver ce que l’on appelle « l’équilibre sagittal du rachis ».

Autre révolution dans la chirurgie du dos : la mise au point de prothèses discales qui viennent remplacer les disques défaillants et permettent de conserver une vraie mobilité entre les vertèbres. Néanmoins, la pose de ces prothèses, complexe, est réservée en priorité aux patients jeunes.

L’avenir : les biothérapies

Dans l’avenir, l’espoir pour les personnes souffrant de gros problèmes de colonne réside certainement dans les biothérapies : la thérapie cellulaire et la thérapie génique.
La première consiste à prélever chez le patient des cellules-souches et à les réimplanter dans le disque qui dysfonctionne, afin que celui-ci recommence à produire la protéine qui manque à son hydratation. Cette technique, déjà pratiquée en Espagne ou en Allemagne, pourrait être envisagée en France d’ici une dizaine d’années.

D’autres recherches visent à aller chercher et modifier le gène qui est en cause dans le dysfonctionnement discal. Il s’agit de la thérapie génique qui n’est peut-être pas pour demain. « Mais vu les enjeux sanitaires et économiques du mal de dos, la recherche devrait avancer rapidement ! », souligne le Pr Jérôme Allain, fondateur de l’Institut parisien du dos.

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Getty Images

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