« La première personne qui vivra 1000 ans est peut-être déjà née »

Cellules souches, thérapies géniques, nanotechnologies... Autant de révolutions qui devraient bouleverser la santé dans le siècle à venir. Le Dr Laurent Alexandre y voit des possibilités immenses et notamment un allongement considérable de l’espérance de vie.

Longévité

À quelles révolutions sommes-nous en train d’assister ?

Nous sommes face à plusieurs vagues technologiques qui permettent des innovations sans précédent dans le domaine des prothèses et de l’électronique médicale (les premières rétines artificielles pour traiter la cécité sont implantées), de la génétique (c’est-à-dire notre capacité de plus en plus fine à lire nos chromosomes) et de l’ingénierie du vivant (notre capacité à régénérer les tissus au travers des cellules souches, et maintenant à modifier notre ADN pour enlever les variants génétiques responsables de certaines maladies).

Avec la nanomédecine, il deviendra possible de réparer nos cellules, de créer des organes de rechange, d’intégrer dans notre corps des implants électroniques… On est en train de passer de l’homme réparé à l’homme augmenté.

Ces évolutions ne pourront que s’accélérer dans le siècle à venir. Il faut donc s’attendre à un véritable tsunami technologique qui va correspondre à l’arrivée de nouveaux traitements, de nouveaux médicaments, de nouvelles façons de nous soigner aussi. La lutte contre la maladie, le vieillissement et la mort va changer de dimension. Il y a quelques années, c’était de la science-fiction, aujourd’hui, cela devient concret. La mort de la mort a débuté.

 

Concrètement, quel sera l’impact sur notre espérance de vie ?

Elle a déjà plus que triplé : elle est passée de 25 ans en 1750 à plus de 80 ans aujourd’hui et elle croît maintenant de 3 mois par an. Ainsi, lorsque nous vieillissons d’une année, nous ne nous rapprochons de notre mort que de 9 mois. Il est probable que l’espérance de vie doublera, au minimum, au cours de ce siècle.

Un enfant qui naît aujourd’hui aura presque 90 ans au début du XXIIe siècle et pourra bénéficier de toutes les innovations biotechnologiques du siècle en cours. Donc il aura sans doute une espérance de vie nettement plus longue. De quoi atteindre 2150 et avoir accès à de nouvelles avancées. Aussi, il n’est pas impossible que la première personne qui vivra 1000 ans soit déjà née.

 

Et les conséquences sur notre système de santé ?

Jusque-là, le rôle de la santé, c’était d’arriver à la mort dans le moins mauvais état possible. Désormais, l’objectif est clairement de « tuer » la mort. Avec ces technologies, on va pouvoir personnaliser la médecine en fonction de notre patrimoine génétique, connaître avec précision l’origine de nos maladies.

On va passer de la médecine prêt-à-porter à la médecine sur mesure. Et l’étape d’après, c’est le « bricolage » du vivant, de notre ADN. Plus proches de nous, les thérapies géniques devraient se banaliser d’ici 10 à 15 ans. Cette fusion de la biologie et des nanotechnologies va transformer le médecin en ingénieur du vivant. Or, les médecins ne sont pas préparés à cela.

La biorévolution va également bouleverser l’assurance santé, car il y aura toujours des risques mais moins d’aléas. On connaîtra les risques avant même qu’ils n’arrivent. C’est une réalité à prendre en compte. Et puis, l’allongement de la vie aura bien évidemment des conséquences sur notre système de retraites.

 

Cette « biorévolution » pose également des questions éthiques ?

Elle est effectivement porteuse d’interrogations philosophiques et politiques. Jusqu’où pouvons-nous modifier notre nature biologique, notre ADN, pour faire reculer la mort ? Faut-il sélectionner les bébés ? Car, désormais, technologiquement c’est possible. Autant de questions qu’il faut se poser.

Toutefois, ce qui paraît monstrueux aujourd’hui sera désirable demain, voire obligatoire après-demain. Regardez ce qui s’est passé avec les greffes d’organes, la fécondation in vitro et le transfert d’embryons, la pilule, l’IVG, les implants rétiniens ou intracérébraux… Du point de vue de l’éthique, ce qui était inacceptable hier devient la norme aujourd’hui.

Pour ne pas souffrir, ne pas vieillir, ne pas mourir, nous accepterons d’être biologiquement modifiés.

 

« La mort de la mort »

Chirurgien urologue et neurobiologiste, Laurent Alexandre est également diplômé de Sciences Po Paris, de l’ENA, d’HEC et président de DNA Vision, une entreprise spécialisée dans le séquençage de l’ADN. Il est aussi l’auteur de La mort de la mort – Comment la technomédecine va bouleverser l’humanité, paru en 2011 aux éditions JC Lattès, qui aborde cette révolution biotechnologique et ses conséquences sur l’allongement de la vie.

Compte Twitter de Laurent Alexandre

  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : Shutterstock

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