Prothèse bionique du bras : une première médicale en France

Priscille Deborah, artiste-peintre de 44 ans, amputée d’une partie du bras droit, vient d’être opérée afin de réactiver plusieurs nerfs de son bras. L’objectif est, à terme, et suite à une période de rééducation, de lui faire bénéficier d’une prothèse bionique. Une première en France.

Prothèse bionique du bras : une première médicale en France

Si tout se passe bien, d’ici quelques mois, Priscille Deborah sera la première Française à bénéficier d’une prothèse de bras bionique. Une prothèse qu’elle enfilera avec un manchon sur son bras, et qu’elle pourra commander par le cerveau grâce à ses cinq capteurs. Une vraie révolution, porteuse d’espoir pour tous les patients amputés.

« Avec mon ancienne prothèse myoélectrique, je devais contracter les muscles pour ouvrir, fermer ou tourner la main », raconte Priscille Deborah. « Tout était lent et dissocié. Avec cette nouvelle prothèse, je vais pouvoir tout faire grâce à la pensée. Tout sera beaucoup plus rapide, beaucoup plus intuitif. Des mouvements presque comparables à ceux d’un bras normal ».

Une première opération en France

Afin de pouvoir utiliser cette prothèse bionique, Priscille Deborah a dû être opérée pendant 5 heures le 21 novembre 2018. L’opération s’est déroulée à la clinique Jules Verne de Nantes, par deux chirurgiens de la main. La technique utilisée, appelée TMR pour Targeted Muscle Reinnervation (réinnervation musculaire ciblée en français) est une première en France.

« Notre travail chirurgical a consisté à réactiver trois nerfs qui ne servaient plus », explique le Dr Edward de Keating-Hart, chirurgien de la main au sein de la clinique Jules Verne. « Pour cela, nous avons notamment dû séparer le biceps en deux et le triceps en trois. Maintenant, il faut attendre que les nerfs repoussent pour qu’ils retrouvent la fonction qu’ils avaient auparavant au niveau de la main et de l’avant-bras. » Si tous les nerfs refonctionnent, cinq électrodes pourront être placées sur la prothèse bionique afin que Priscille puisse s’en servir.

Une équipe formée pour l’opération

Les deux chirurgiens, le Dr De Keating-Hart et le Dr Jérôme Pierrart, chirurgien de la main à Paris, se sont formés pendant plusieurs jours en Autriche, où la technique a déjà été employée. Un chirurgien allemand, le Pr Felmerer, qui connaissait la technique, a également assisté à l’opération en France. « C’était important pour moi que quelqu’un qui l’ait déjà fait soit là, dévoile Priscille Deborah. C’était une opération assez longue et lourde, et une première. »

L’opération, qui s’est bien déroulée, débouche maintenant sur une période de rééducation spécifique à son cas. « Priscille, qui habite à Albi, va devoir revenir fréquemment à Nantes au centre de la Tourmaline pour que l’on suive l’évolution de son bras », explique le Dr De Keating-Hart.

Deux ans de rééducation

Actuellement en convalescence, Priscille Deborah a bien conscience que le chemin à parcourir est encore long avant de pouvoir utiliser la prothèse bionique. La rééducation de son bras doit normalement commencer au printemps prochain. « Cette phase est indispensable à l’utilisation future de la prothèse. Elle peut durer de un à deux ans, détaille Priscille Deborah. Le protocole à suivre sera très précis et demandera de l’implication. Tout ne se fera pas du jour au lendemain. »

On estime en effet qu’il faudra au moins un an à Priscille, voire plus, pour que le cerveau « apprenne » à se servir de la prothèse. Mais elle ne sera pas seule dans ce long parcours : Sylvio Bagnarosa, son orthoprothésiste, qu’elle connaît depuis dix ans et qui est à l’origine de ce projet, la suivra. Ses chirurgiens et des membres du centre de rééducation de la Tourmaline, à Nantes, spécialement formés à cette problématique, l’accompagneront également.

S’intégrer dans la société

Priscille Deborah avait probablement l’énergie et la volonté pour mener ce nouveau combat. « Il fallait une personne motivée et volontaire pour cette première, détaille le Dr de Keating-Hart. C’est un long processus. Mais les bénéfices qu’elle peut en tirer sont vraiment importants. » Porter sa fille dans ses bras, repeindre du bras droit… Priscille Deborah sait que cette nouvelle prothèse peut changer beaucoup d’aspects dans sa vie quotidienne.

Reste la problématique du prix. Aujourd’hui, une prothèse bionique coûte autour de 130 000 euros, que Priscille Deborah va financer en partie grâce des initiatives privées. Si son utilité était confirmée dans le futur par l’Assurance maladie, elle pourrait la prendre en charge. « J’espère, en bénéficiant de cette opération et de cette prothèse, ouvrir la porte à d’autres personnes qui ne se seraient pas lancées, explique Priscille Deborah. J’espère également une meilleure prise en charge. La prothèse bionique, en offrant ce panel de mouvements, cette liberté, permet de s’intégrer plus facilement dans la société. Le jeu en vaut la chandelle. »

En savoir plus :

Priscille Deborah a créé une page sur Facebook où elle détaille le suivi de son opération et de sa rééducation : Priscille Deborah-TMR

  • Paola Da Silva
  • Crédit photo : Improbable production

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