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La réalité virtuelle pour soigner les phobies

Peur du vide, de l’avion, de la foule, des espaces clos, des insectes… La réalité virtuelle n’est plus aujourd’hui réservée aux militaires pour la simulation et aux joueurs pour les jeux vidéo. Mais elle est désormais partie prenante du traitement des phobies.

La réalité virtuelle pour soigner les phobies

Difficile de réserver un vol avec son patient pour le confronter à sa phobie de l’avion ou encore de l’accompagner sur le toit d’un immeuble pour l’aider à surmonter sa peur du vide. Les thérapeutes bénéficient désormais d’un outil supplémentaire, presque sans limite : la thérapie par l’exposition à la réalité virtuelle (TERV). Le patient est équipé d’un visiocasque relié à un ordinateur, le médecin choisit l’environnement qui correspond à sa phobie (l’avion, les araignées, le métro, le sang, une réunion…) et aussitôt la personne phobique se retrouve immergée dans un univers d’images 3D interactives et de sons virtuels.

« Inutile que l’image soit parfaite et réaliste. Car notre cerveau fonctionne par représentation, assure le Dr Éric Malbos, psychiatre spécialiste du traitement par la réalité virtuelle. Il suffit qu’on ait l’illusion de la réalité avec les informations que nous fournissent nos yeux, nos oreilles et notre corps. » La preuve, il a déjà guéri plus de 1 000 personnes phobiques, à raison de 10 à 12 séances chacune.

Les sensations, elles, en revanche, sont bien réelles et l’angoisse aussi. « J’ai essayé et j’ai trouvé ça spectaculaire », avoue Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste et thérapeute comportementaliste et cognitif. Lui aussi utilise la réalité virtuelle depuis trois ans.

 

À lire aussi : Ce psychiatre soigne les phobies grâce à la réalité virtuelle

Retrouvez l’interview du Dr Éric Malbos, psychiatre à Marseille. Il utilise la réalité virtuelle avec ses patients souffrant de phobies.

 

Un accompagnement pas à pas

Après un ou deux entretiens au cours desquels la personne phobique exprime sa souffrance, le thérapeute fait une première démonstration. « J’explique et je rassure pour qu’elle n’ait pas peur de se perdre dans ce monde virtuel, souligne Rodolphe Oppenheimer. Ensuite, on commence très progressivement, afin d’éviter une crise d’angoisse qui ne ferait que renforcer la phobie. »

Par exemple, si un patient a peur du vide, il est d’abord projeté virtuellement sur le trottoir devant l’immeuble. Puis il pénètre à l’intérieur, se dirige ensuite vers l’ascenseur dont les murs sont opaques puis transparents, monte dedans… et ainsi de suite jusqu’au toit de l’immeuble. Tout au long de la séance, Rodolphe Oppenheimer accompagne son patient pas à pas et lui propose des exercices de relaxation pour faire baisser son niveau d’angoisse.

Avec un taux de 80 % de guérison, cette méthode devrait rapidement faire des adeptes. Plus de 300 thérapeutes utilisent déjà cette technique dans notre pays.

À noter : ce traitement n’est pris en charge par l’Assurance maladie (70 % du tarif de base) que s’il est effectué par un psychiatre.

 

TÉMOIGNAGE

Corine, 47 ans : « Ma vie était insupportable »

« Pendant plus de 20 ans, j’ai souffert de phobie d’enfermement, un mal-être très profond avec des sueurs froides, des bouffées de chaleur, des tremblements, des crises de larmes… J’étais terrorisée à l’idée d’être enfermée dans le métro, le bus, un ascenseur, un avion. En voiture ce n’était pas mieux. J’ai fini par éviter toutes ces situations, ma vie était devenue très compliquée.

J’ai essayé différentes techniques… sans résultat. Quand j’ai entendu parler de la thérapie virtuelle, je me suis dit que je devais essayer. Lorsque j’ai tenté virtuellement d’approcher la bouche de métro, j’ai été bluffée en retrouvant les sensations de la vie réelle. J’ai d’ailleurs eu une véritable crise d’angoisse. Heureusement, j’ai pu m’arrêter et le spécialiste qui me suivait m’a aidée à faire retomber mon angoisse avec des techniques de respiration.

 

« Avoir plus confiance en moi »

Au fil des séances, je me suis approchée de la bouche de métro, j’ai descendu les marches jusqu’à l’accueil, puis les couloirs, puis le quai. Au bout de cinq ou six séances, je me suis sentie assez forte pour descendre toute seule dans le métro regarder une rame passer. J’ai été hyper fière de moi. Je me suis ensuite confrontée à l’avion, l’ascenseur, l’IRM, en douceur, en laissant à mon cerveau le temps de s’habituer, de se réadapter.

Aujourd’hui je peux me déplacer à ma guise, je n’évite plus les ascenseurs. Cette thérapie m’a permis d’avoir plus confiance en moi. Ce qui rejaillit dans tous les domaines de ma vie. »

  • Isabelle Blin
  • Crédit photo : alvarez / Getty

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