Logo Essentiel Santé Magazine

26 ans, séropositive et «presque comme les autres»

Lucie Hovhannessian a appris à 20 ans, et quasiment par hasard, qu’elle était porteuse du VIH. Dans son livre « Presque comme les autres »*, elle raconte cette nouvelle vie et ce que signifie être séropositif en France, en 2018.

26 ans, séropositive et « presque comme les autres »

C’est l’histoire d’une jeunesse comme les autres, entre une enfance dans les Vosges, des petits copains, des rêves de danse, de sociologie, des amitiés, des envies de journalisme… Un récit qui n’est soudain plus du tout banal lorsqu’il est interrompu, à 20 ans, par cette annonce : « Vous êtes porteuse du VIH ». Cette histoire, c’est celle de Lucie Hovhannessian, aujourd’hui âgée de 26 ans et séropositive.

 

« Pensant être à l’abri »

C’est à l’occasion d’un bilan sanguin avant une intervention médicale légère, en 2012, que le médecin lui donne un rendez-vous et annonce « sans fioriture, sans pathos », le diagnostic. Très vite, il faut être orientée vers de nouveaux médecins, des examens… À peine le temps pour la jeune femme de s’appesantir sur sa surprise, sa tristesse, sa culpabilité. Ni ses questions : ça s’est passé quand, avec qui ? Lucie Hovhannessian rappelle ses anciens petits amis, relations d’un soir y compris. Elle n’aura pas la réponse, juste le constat d’une certaine « mise à distance » de la menace du VIH, propre à sa génération.

« Je n’avais pas ce réflexe de demander à mon partenaire de se faire dépister, ni d’y aller moi-même. Personne ne m’avait montré l’exemple. Quand j’en discutais avec des amis, on avait tous cette anecdote de “la fois où on a oublié le préservatif” ou celle où “on n’en avait pas sous la main”. Je crois que nous prenions tous ça un peu à la légère, pensant que nous étions à l’abri, comme par magie ».

 

Banalisation du virus

La priorité, c’est de démarrer son traitement. Trois pilules par jour, à heure fixe, combinées de manière à faire diminuer le plus possible sa « charge virale » : la présence du virus dans ses cellules. Mais aussi, souligne-t-elle, « des produits concrets et un rituel pour me rappeler quotidiennement que je suis porteuse du VIH ».

Car c’est tout le paradoxe qu’illustre le récit de Lucie Hovhannessian : celui de la banalisation du VIH et du sida en ce début du XXIe siècle. Des traitements presque anodins pour qui a la chance d’en bénéficier – le seul effet secondaire qu’elle note est un jaunissement du blanc de ses yeux – et la possibilité de mener une vie normale. L’impression, comme lui déclare sa meilleure amie, que « maintenant, ça n’est plus si grave ».

 

« En théorie plus contaminante »

Mais d’un autre côté, cette banalisation est précisément celle qui fait que l’on se protège moins, et que le virus se transmet toujours. Les amalgames et les idées reçues n’ont pas disparu eux non plus, comme ce petit copain qui prend peur face à la « maladie » et au sida. Or le sida est le stade le plus avancé de l’infection par le virus, au point de détruire toutes les défenses immunitaires du corps. Lucie porte le VIH : elle n’a pas le sida et ne l’aura a priori jamais grâce à la trithérapie. « Seulement six mois après le début du traitement, ma charge virale est passée sous ce fameux seuil auquel on l’estime indétectable. C’est super ! Concrètement, ça signifie que le virus est si peu présent dans mon corps qu’on peut presque le considérer comme absent. (…) Mieux encore, je ne suis en théorie plus contaminante. »

Les réactions des autres, les craintes sont pourtant toujours là. Des garçons qui ont « peur de ne pas savoir gérer » bien que les médecins leur assurent : avec son traitement et des rapports protégés, leur risque d’être contaminé est quasi nul. Ses camarades, à qui elle ne veut pas en parler ouvertement parce qu’elle « redoute les réactions et les réflexions de certains élèves de ma classe. Je ne suis pas assez naïve pour croire que ma confession ne changera pas leur regard sur moi ».

 

« Coupable de ne pas avoir été à la hauteur »

Jusqu’à ce jour où, elle réagit sur Twitter, face à des chiffres qui rappellent qu’un tiers seulement des étudiants utilise systématiquement un préservatif, assumant ainsi sa séropositivité. Les réactions sont réconfortantes. Sollicitée par le site Konbini, elle en fait un article, intitulé « Lettre ouverte d’une séropositive à une jeunesse inconsciente ». Ce texte, qui donnera naissance au livre, est sa façon d’entrer dans l’action, de rendre hommage aussi à ceux qui se sont battus des années auparavant.

« Je me suis sentie coupable de ne pas avoir été à la hauteur de l’histoire, de n’être pas allée dans le bon sens, d’avoir failli à ce qui doit être un effort collectif. (…) Si on rêve d’un monde sans VIH, il faut que chacun ajoute sa pierre à l’édifice, surtout quand on a la chance de pouvoir le faire. Dans les pays développés, où nous avons accès aux préservatifs, au dépistage, aux différents traitements, quelle autre excuse avons-nous que l’égoïsme et l’aveuglement dont j’ai fait preuve pour ne pas se protéger et ainsi protéger les autres ? » Avec son livre, sincère, touchant, aucun doute : Lucie Hovhannessian a ajouté sa pierre à l’édifice.

*Presque comme les autres, Éditions Robert Laffont (mars 2018), 19 euros.

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Astrid di Crollalanza

Aucun commentaire pour cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Glossaire