5 fake news sur les vaccins contre le Covid-19 décryptées

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Mis au point trop vite, inefficaces voire dangereux ? Alors que la vaccination s’accélère en France, certaines idées reçues perdurent concernant les vaccins anti-Covid. On en décrypte cinq avec le Dr Judith Mueller, médecin épidémiologiste et membre de la commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de santé (HAS).

Masque chirurgical fake news
Portrait Judith Mueller
Le Dr Judith Mueller, médecin épidémiologiste. Crédit photo : DR.

Des vaccins contre le Covid-19 qui ne seraient pas sûrs, entraîneraient de nombreux effets secondaires, modifieraient le génome ou, pire, causeraient la mort… Avant même le début de la campagne de vaccination anti-Covid en France, fin décembre 2020, de nombreuses fausses informations circulaient déjà sur internet et notamment sur les réseaux sociaux. Des fake news destinées à discréditer les vaccins contre le Covid, mais aussi, souvent, à remettre en cause le bien-fondé de la vaccination en général.

De nouvelles classes d’âge ont progressivement accès à la vaccination anti-Covid en France. Et chacun d’entre nous se pose légitimement la question de se faire vacciner ou non quand il en aura la possibilité (connaître le calendrier). Mais comment démêler le vrai du faux sur les vaccins contre le virus du Sars-Cov2, pour pouvoir faire son choix en connaissance de cause ?

Nous avons demandé son avis au Dr Judith Mueller sur cinq idées reçues qui circulent actuellement sur ces vaccins. Médecin épidémiologiste, elle est professeure à l’École des hautes études en santé publique de Rennes (EHESP), affiliée pour la recherche à l’Institut Pasteur et membre de la commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de santé (HAS).

1. Les vaccins sont-ils vraiment efficaces contre le Covid-19 ?

« Si les essais ont montré que plusieurs vaccins anti-Covid-19 ont une efficacité élevée, ces vaccins, comme tous les autres vaccins, ne seront pas efficaces à 100 % », rappelle l’Organisation mondiale de la santé sur son site internet. C’est le cas également des vaccins contre la grippe par exemple. En général, l’efficacité de ces derniers peut aller « jusqu’à 70 % chez les personnes de moins de 65 ans » et se situe plutôt « entre 50 et 60 % chez les plus âgés », indique l’Inserm dans sa vidéo Un vaccin efficace contre la grippe… vraiment ?. Il est donc possible que des personnes vaccinées contractent la maladie.

Concernant les vaccins anti-Covid, parmi ceux autorisés aujourd’hui en France, ceux des laboratoires Pfizer/BioNTech et Moderna affichent un taux d’efficacité de plus de 90 % après deux injections. Celui du vaccin d’Oxford/AstraZeneca se situe autour de 80 %, tout comme celui de Janssen/Johnson & Johnson (pour les formes graves de la maladie, moins de 70 % pour les formes modérées). Ils semblent également plutôt efficaces sur les formes asymptomatiques du Covid et sur les principaux variants connus, en particulier sur le variant britannique, selon l’Inserm.

Encore des questions sur la durée de l’immunité contre le virus du Sars-Cov2

Certains détracteurs des vaccins estiment qu’il ne sert à rien de se faire vacciner contre le Covid puisque l’immunité serait de trop courte durée. En l’état actuel des connaissances, il est difficile de répondre avec certitude sur la durée de cette protection contre le virus. « Mais il est très probable que l’immunité induite par les vaccins sera plus longue que celle entraînée par l’infection naturelle », explique le Dr Judith Mueller.

Il est possible aussi qu’il soit nécessaire de se faire vacciner ensuite tous les ans, comme contre la grippe. « Il faudra toutefois se demander : à qui va-t-on recommander la vaccination à long terme ? Est-ce qu’il y aura un intérêt à vacciner des tranches d’âges qui ne sont pas à risque accru d’une forme grave ?, ajoute le Dr Mueller. Ce sont des réflexions qui devront être menées pour construire une stratégie vaccinale à long terme. »

2. Les vaccins anti-Covid entraînent-ils d’importants effets secondaires ?

Comme tout médicament, un vaccin peut causer des effets indésirables, le plus souvent sans danger. Les vaccins contre le Covid-19 n’échappent pas à la règle. Mais leurs effets secondaires sont-ils plus fréquents ou plus graves que d’ordinaire ?

« De premiers effets indésirables ont été observés dans les essais cliniques mais aussi depuis le démarrage de la campagne de vaccination dans différents pays. Et ce sont les mêmes que l’on connaît habituellement avec les vaccins », rassure le Dr Judith Mueller, médecin épidémiologiste et membre de la commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de santé (HAS).

Il s’agit par exemple de réactions locales au niveau du point d’injection comme une rougeur, une douleur, un durcissement ou encore un gonflement. Bénins dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les heures qui suivent l’injection et disparaissent spontanément en quelques jours.

Les vaccins peuvent aussi entraîner des maux de tête, des courbatures, un peu de fièvre ou des frissons. « Ce sont des effets liés à l’immunisation, très spécifique à la vaccination, qui sont de courte durée, bien tolérés, et en général sans gravité, souligne le Dr Judith Mueller. Toutefois, pour des personnes très âgées et fragiles, ces symptômes peuvent être plus handicapants. Il peut aussi y avoir des phénomènes un peu plus forts mais qui vont disparaître en deux jours. Rien de très anormal dans le cadre d’un vaccin. »

Plus de thromboses avec le vaccin d’AstraZeneca ?

En mars 2021, plusieurs pays européens ont décidé de suspendre temporairement l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca. Celui-ci était suspecté de provoquer des troubles de la coagulation et la formation de caillots sanguins (encore appelée thrombose veineuse). Après étude, l’Agence européenne des médicaments a indiqué, le 17 mars, que le vaccin était « sûr et efficace » et que la balance bénéfice-risque était favorable au vaccin.

La Haute Autorité de santé (HAS) recommande toutefois de réserver l’utilisation de ce vaccin aux personnes âgées de 55 ans et plus. Car il existe malgré tout « un possible surrisque de cas de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) et de thrombose veineuse cérébrale (TVC) » chez les personnes plus jeunes, que des investigations complémentaires doivent écarter.

Des inquiétudes chez les personnes allergiques

Les autorités sanitaires surveillent les éventuels effets indésirables des vaccins anti-Covid autorisés en France. L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) publie d’ailleurs chaque semaine le bilan de ce suivi. Et chacun d’entre nous peut signaler un événement indésirable, comme pour n’importe quel médicament, sur le site signalement.social-sante.gouv.fr.

« Comme tout vaccin, il y a toujours un risque de réaction allergique à l’un de ses composants, pouvant aller jusqu’au choc anaphylactique, même si cela reste très rare », précise le Dr Judith Mueller. C’est pour cela que la vaccination est réalisée dans un cadre médical, par une personne qui sait réagir si cela se produit. »

Allergie vaccin Covid-19
Selon la Fédération française d’allergologie, il est préférable de consulter un allergologue avant de se faire vacciner contre le Covid si l’on a déjà fait une réaction sévère à un vaccin. Crédit : Getty Images

La Fédération française d’allergologie confirme, sur son site internet, que la probabilité de faire une réaction allergique au vaccin est « très faible », de l’ordre de 1/100 000. « Un chiffre comparable aux allergies immédiates au médicament en général. » Et elle recommande aux personnes qui ont déjà fait une réaction sévère à un vaccin de consulter un allergologue avant de se faire vacciner, « par mesure de précaution ».

Sur son site , la Fédération répond également aux principales questions que se posent les personnes allergiques. Par exemple « Je souffre d’une allergie respiratoire, cutanée, alimentaire et/ou médicamenteuse, puis-je me faire vacciner ? », « Je suis asthmatique, puis-je me faire vacciner ? » ou bien « J’ai déjà fait une réaction sévère à un vaccin, puis-je me faire vacciner ? ».

Qu’est-ce que le polyéthylène glycol (PEG) ?

De nombreux internautes s’inquiètent de la présence de polyéthylène glycol (PEG) dans les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna mais aussi de polysorbates (uniquement dans celui d’AstraZeneca). La Fédération française d’allergologie rappelle, sur son site, que ces deux substances « servent à fluidifier certains médicaments  ». Elles sont d’ailleurs très souvent utilisées dans des produits cosmétiques ou comme excipients dans d’autres médicaments injectables.

Selon elle, il n’est pas utile de s’inquiéter si on n’a pas d’allergie connue à l’un de ces deux composants. Par ailleurs, elle souligne qu’un antécédent d’allergie immédiate au PEG ou aux polysorbates est « la seule contre-indication à la vaccination anti-Covid ».

3. Y a-t-il vraiment eu des morts parmi les vaccinés contre le Covid-19 ?

À 78 ans, Mauricette est la première Française à avoir été vaccinée contre le Covid. C’était fin décembre 2020 dans un hôpital de Seine-Saint-Denis. Trois semaines plus tard, un internaute affirmait sur Twitter qu’elle était décédée des suites d’une crise cardiaque. Il a rapidement avoué avoir menti, mais la rumeur s’était déjà répandue sur les réseaux sociaux, relayée notamment par des groupes antivaccination. L’APHP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) avait alors indiqué qu’il s’agissait bien d’une fake news et que Mauricette était toujours vivante.

Plus récemment, un autre tweet assurait que les huit patients infectés par le variant breton, dans les Côtes d’Armor, avaient tous été vaccinés contre le Covid-19 avant de décéder. En réalité, un seul avait reçu la première dose d’un vaccin. Et il s’agissait a priori de personnes assez âgées avec des facteurs de comorbidité importants.

À ce jour, aucun lien n’a été véritablement établi entre des décès survenus chez des personnes vaccinées et le vaccin lui-même. En clair, ces décès ne seraient pas imputables à la vaccination. En revanche, il est possible que des personnes âgées et/ou malades aient pu mourir, après avoir été vaccinées.

« Prenez une population de personnes âgées voire très âgées et observez-la pendant deux mois. Certaines d’entre elles vont sans doute décéder, qu’on les vaccine ou non, explique le Dr Judith Mueller. Pour le moment, on ne voit pas plus de risques de mourir ou d’avoir de graves problèmes de santé dans la population vaccinée par rapport à ce qu’il se passe habituellement dans leur tranche d’âge. »

4. Les vaccins à ARN Messager ont-ils été mis au point « trop vite » ?

Parmi les vaccins accessibles en France, ceux des laboratoires Pfizer/BioNTech et Moderna utilisent la technique de l’ARN Messager (ou ARNm). Une technique vaccinale nouvelle qui suscite beaucoup d’espoir mais aussi des craintes. Certains leur reprochent d’avoir été conçus « trop vite », et donc de ne pas être sûrs. D’autres dénoncent « le manque de recul » sur une technique jugée « trop récente ».

Pourtant, le principe de l’ARN Messager est connu depuis plusieurs décennies. Simplement, il n’avait pas été nécessaire de l’utiliser avant sur l’Homme. « Pour beaucoup d’autres maladies connues, les vaccins classiques fonctionnent très bien, précise le Dr Judith Mueller. Jusque-là, la technique de l’ARN Messager était limitée à une utilisation vétérinaire »

Par ailleurs, la mobilisation de la recherche sur ce virus a été sans précédent. « L’ampleur de cette pandémie de Covid-19, avec un nombre de cas important dans le monde, a permis de débloquer d’importants financements. Grâce à la coopération internationale, on a également pu aller plus vite », indique le Dr Judith Mueller.

Malgré tout, les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna ont dû respecter les trois phases de validation nécessaires à tout vaccin avant sa mise sur le marché. Même si certaines ont pu être menées en parallèle afin d’accélérer le processus, comme l’explique l’OMS sur son site.

« Les agences de sécurité du médicament ont également accepté d’étudier les dossiers des laboratoires au fur et à mesure des avancées. Ce qui a fait gagner du temps, souligne le Dr Judith Mueller. Et puis la nature même des vaccins à ARN Messager fait qu’ils sont assez faciles à produire. Ils nécessitent peu d’ingrédients. Il n’y a pas besoin de culture cellulaire par exemple. »

Seringue vaccin covid-19
Avant d’être utilisée dans des vaccins contre le Covid, la technique de l’ARN Messager était uniquement employée dans un cadre vétérinaire. Crédit : Getty Images.

Qu’est-ce qu’un vaccin à ARN Messager ?

Les vaccins à ARN Messager, encore appelés « vaccins à acides nucléides », fonctionnent différemment des vaccins classiques. En général, le principe de la vaccination consiste à administrer « un agent infectieux atténué ou inactivé ou bien certaines de ses protéines », rappelle le site de l’Inserm. Ce qui permet de déclencher une réponse immunitaire dans le cas où l’organisme serait de nouveau en contact avec ce même virus.

Avec les vaccins à ARN messager, « l’idée est de laisser nos cellules fabriquer elles-mêmes le composant contre lequel notre organisme va apprendre à se défendre ». Ce qui est alors injecté, c’est un « message » qui contient de l’ARN (acide ribonucléique messager). Celui-ci est en quelque sorte un code génétique qui indique aux cellules les fragments d’agents infectieux qu’elles vont devoir produire pour assurer une bonne réponse immunitaire.

5. Les vaccins à ARN Messager modifient-ils l’ADN des cellules ?

Une autre idée reçue concernant les vaccins à ARN Messager est très répandue sur le Web. Ils sont accusés de modifier le génome, c’est-à-dire notre matériel génétique. Or, ce n’est pas possible.

Il ne faut pas confondre ARN et ADN. L’ARN entre certes dans les cellules, mais jamais dans leur noyau où se situe l’ADN. « Or, il faudrait ce contact-là pour pouvoir modifier le code génétique de la personne vaccinée. Il y a eu des recherches très sérieuses pour s’assurer que ce n’était pas le cas », insiste le Dr Judith Mueller, médecin épidémiologiste, et membre de la commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de santé (HAS).

En cela, la technique de l’ARN diffère de celle des thérapies géniques par exemple. Car une thérapie génique vise à corriger un gène malade, par exemple en transférant à l’intérieur des cellules un autre gène, qui va venir le remplacer ou le renforcer.

Si les vaccins à ARN Messager ne peuvent pas modifier notre ADN, il n’y a donc aucun risque qu’ils entraînent une « anomalie génétique irréversible » qui serait transmise à nos futurs enfants, rappelle le site de l’Inserm. Une fois dans l’organisme, cet ARN Messager est en effet rapidement détruit après utilisation, car il est très fragile.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Angélique Pineau-Hamaguchi

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets de société (environnement, économie sociale et solidaire…).

Un commentaire pour cet article

  1. Jacques

    A 71 ans je ne suis spécialement « fana vaccin » … enfant et ado j’ai eu droit à tout dont le fameux TABDT en 3 injections et ses rappels à 1 et 5 ans qui vous clouait 3 jours au lit sans manger et vous paralysait épaule et bras avec des douleurs atroces. La polio qui a tué une petite fille née le même jour que moi dans mon village … Cet automne et pour la première fois je me suis fait vacciner contre la grippe puis contre … la covid les 26.01 et 22.02. Atteint d’une polyarthrite rhumatoïde détectée en 1987 qui s’est mise à flamber en 2000 j’ai été mis sous biothérapiques immunosuppresseurs dès 2006, Enbrel ( Wyeth … racheté par Pfizer) de 2006 à 2011 puis RoActemera (Roche) dont le principe actif, le Tocilizumab a été étudié contre la Covid. Je vais bien et vous pouvez le dire à ceux qui hésitent.

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