Agir pour un intérieur plus sain

La pollution liée à la circulation automobile ou aux fortes chaleurs, on connaît. Celle de la maison ou du bureau, un peu moins. Et pourtant, les substances polluantes y sont nombreuses. Quelques solutions pour les « chasser » de votre intérieur.

Agir pour un intérieur plus sain

Les particules fines, le formaldéhyde, le benzène, le monoxyde de carbone, les composés organiques volatils… Derrière ces termes, se cachent des polluants présents dans votre maison. On les retrouve dans les matériaux de construction, les produits ménagers, les meubles, la fumée de cigarette… Et leurs effets sur votre santé ne sont pas neutres. « Cela va de la simple gêne avec des éternuements, des rhinites au développement de certains cancers en passant par de l’asthme chronique, des allergies, des problèmes respiratoires. Aujourd’hui, nous ne savons pas vraiment si le fait d’être exposé à plusieurs polluants en même temps augmente les risques pour la santé. Actuellement, des travaux de recherche s’intéressent justement aux possibles conséquences de cet “effet cocktail” », explique Valérie Pernelet-Joly, responsable de l’unité d’évaluation des risques liés à l’air à l’Anses*.

Quelques « bons gestes » pourraient cependant vous éviter rhinites et allergies. « Nous n’arriverons jamais à éradiquer tous les polluants mais des mesures très simples et de bon sens permettent d’améliorer la qualité de l’air intérieur », ajoute Valérie Pernelet-Joly.

*Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

 

Aérez et ventilez

Été comme hiver, il est conseillé d’aérer votre habitation 10 à 15 minutes par jour. Si vous habitez près de voies de circulation, privilégiez les moments où le trafic est le moins dense.

Éteignez ou baissez au minimum les appareils de chauffage à proximité des fenêtres pendant ce temps-là. Lorsque vous cuisinez, vous bricolez ou après votre douche, pensez également à ouvrir la fenêtre.

La ventilation permet aussi de renouveler l’air : nettoyez les bouches d’aération et faites vérifier votre VMC (ventilation mécanique contrôlée) environ tous les trois ans.

 

Entretenez vos appareils de combustion

L’émission de monoxyde de carbone (gaz inodore, invisible et mortel en moins d’une heure) peut être provoquée par le mauvais entretien des appareils de chauffage. Chaque année, il faut donc faire vérifier vos appareils par un professionnel qualifié et faire ramoner mécaniquement les conduits de fumée et de cheminée. À noter qu’un foyer fermé est moins polluant qu’une cheminée ouverte. Il est important de faire brûler du bois de chauffage et non pas du bois traité qui peut contenir des produits chimiques. Et si vous devez utiliser un groupe électrogène, ne le placez jamais dans un local fermé.

 

Bricolez sainement

Les produits de bricolage (peintures, solvants, colles, laques…) et les matériaux de construction (laines de verre…) peuvent dégager des éléments toxiques. Au moment de vos achats, soyez vigilants. Pendant les travaux, portez des protections adaptées (masques, gants), refermez les récipients, sortez régulièrement de la pièce, aérez… Quant au plomb et à l’amiante, un diagnostic peut être réalisé par un professionnel. Il est obligatoire lors de l’achat d’un logement et permet de constater la présence d’amiante dans les matériaux, et de plomb dans les peintures.

 

Réduisez vos produits ménagers

Essayez de vous limiter aux quelques produits qui vous semblent indispensables et réduisez les quantités en respectant les précautions et modes d’emploi. Évitez les parfums d’intérieur, les bâtons d’encens, les bougies parfumées, les sprays qui contiennent des substances chimiques nocives.

Les acariens se développent dans la literie, les moquettes, les tapis, les tissus d’ameublement. L’aspirateur permet d’éliminer les poussières. Le nettoyage humide est préféré au balayage simple pour éviter la remise en suspension des poussières.

 

Des animaux ? Oui mais…

Les allergènes d’animaux sont présents dans leur salive ou sur leurs poils, ils peuvent donc se retrouver partout où sont passés les animaux. Il est conseillé de limiter la circulation de vos chiens et chats, notamment dans les chambres. Pensez à les laver régulièrement et à les brosser si possible à l’extérieur.

Concernant le tabac, fumer chez soi reste dangereux pour les habitants du foyer car, même en ouvrant les fenêtres, les composants de la fumée restent dans l’air. Et même si le « zéro pollué » est inaccessible, ces petits gestes permettront d’améliorer votre quotidien.

 

En chiffre

9 % c’est le pourcentage de logements, en France métropolitaine, qui présentent des concentrations très élevées de plusieurs polluants.

Source : Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), novembre 2006.

 

Bien choisir ses produits de construction

Depuis le 1er septembre 2013, tous les produits de construction (cloisons, isolants…) et de décoration (peinture, revêtements de sols, colles, vernis…), utilisés à l’intérieur de locaux, doivent être munis d’une étiquette. Elle indique de manière lisible le niveau d’émissions de polluants volatils. La note va de A+ (le produit en émet très peu ou pas du tout) à C (le produit en émet beaucoup).

« Cette réglementation a été faite sur la base des travaux de l’Anses. Aujourd’hui, nous travaillons sur les produits d’ameublement afin d’identifier les substances les plus problématiques. Et nous espérons qu’à terme, cela aboutira à un étiquetage semblable à celui des produits de construction et de décoration, mais cette fois pour les étagères, les éléments de cuisine… », précise Valérie Pernelet-Joly.

 

Petit lexique

  • Formaldéhyde : substance irritante pour le nez et les voies respiratoires émise notamment par certains matériaux de construction, le mobilier, les colles, les produits d’entretien…
  • Benzène : substance cancérigène que l’on retrouve dans la fumée de tabac, des produits de bricolage, la fumée d’encens…
  • Les particules fines : on les retrouve dans la fumée de tabac, la cuisine, le ménage… Elles provoquent des problèmes respiratoires et cardio-vasculaires.
  • Radon : gaz cancérigène d’origine naturelle, surtout présent dans certaines régions (Auvergne, Limousin, Franche-Comté, Corse, Bretagne, Alpes…) car émis par les sols granitiques, les roches magmatiques.

 

Surveiller la qualité de l’air

La qualité de l’air intérieur va être « surveillée » dans les lieux publics accueillant des enfants (crèches, centres de loisirs, haltes-garderies, écoles, collèges, lycées…). Cette mesure entre en vigueur progressivement.

Cette surveillance devra être réalisée, selon les établissements, avant le 1er janvier 2015, 2018, 2020 et enfin 2023.

Trois substances seront mesurées systématiquement : le formaldéhyde, le benzène et enfin le dioxyde de carbone, représentatif du niveau de confinement, signe d’une accumulation de polluants.

 

« Le coût de la pollution de l’air intérieur est de 19 milliards d’euros par an »

Le point de vue de Pierre Kopp, Professeur à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris I), chercheur à Paris School of Economics (PSE).

« Nous avons mené une première étude exploratoire* afin de mesurer le coût social de la pollution de l’air intérieur. Six polluants ont été retenus : benzène, radon, trichloréthylène, monoxyde de carbone, particules et tabagisme passif, essentiellement car ce sont les seuls pour lesquels nous disposons de données suffisantes.

L’étude prend en compte toutes les dimensions des conséquences de la pollution de l’air intérieur. Le bilan est sans appel, la pollution de l’air intérieur coûte cher à la France. Chaque année, plus de 28 000 nouveaux cas de pathologies graves sont répertoriés, dont des cancers, des accidents vasculaires cérébraux et des infarctus, entraînant le décès de 20 000 personnes environ.

Le coût pour la collectivité de la pollution de l’air intérieur, décrite par ces six polluants, est de l’ordre de 19 milliards d’euros pour une année. Ces premiers résultats sont porteurs d’un message fort. Les pouvoirs publics disposent d’un instrument qui doit leur permettre de mesurer l’efficacité des mesures qu’ils devront prendre.

En effet, il convient d’investir dans la lutte contre la pollution de l’air intérieur mais d’investir de manière efficace. »

* Étude menée en collaboration avec l’Anses, le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) et l’OQAI.

 

Pour en savoir plus

  • Cécile Fratellini

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