Bronchiolite aiguë du nourrisson : à quoi sert la kinésithérapie respiratoire ?

La kiné respiratoire n'aurait aucune efficacité pour soulager les jeunes enfants atteints de bronchiolite, et même, elle serait dangereuse.

Photo de bébé chez le kinésithérapeute

La controverse n’est pas nouvelle. Pourtant, en plein cœur de l’épidémie de bronchiolite du nourrisson, l’article publié par la revue médicale indépendante Prescrire a fait beaucoup de bruit.

Se basant sur un travail du Réseau international Cochrane qui compile neuf études portant sur 891 nourrissons hospitalisés pour bronchiolite, Prescrire déclare : « Quelle que soit la méthode utilisée, la kinésithérapie respiratoire n’accélère pas la guérison des nourrissons, alors qu’elle expose notamment à des fractures de côtes. Dans la bronchiolite, la balance bénéfices-risques de la kinésithérapie respiratoire est défavorable. »

Kiné contre virus : un combat perdu d’avance ?

La bronchiolite est une affection saisonnière, causée par un virus qui atteint les voies respiratoires des enfants de 0 à 24 mois. Le plus souvent, le virus entraîne une rhinopharyngite. Mais il arrive qu’il s’enfonce dans les poumons où il provoque l’inflammation des plus petites bronches : c’est la bronchiolite. Les sécrétions s’accumulent, l’enfant a du mal à respirer, s’épuise lors des tétées ou des biberons, dort mal… Il n’existe aucun traitement spécifique.

Lorsque les symptômes sont importants, on parle alors de bronchiolite aiguë, la kinésithérapie respiratoire est très souvent prescrite par un pédiatre ou un médecin généraliste. Elle consiste à aider l’enfant à évacuer ces sécrétions en effectuant des pressions sur l’abdomen.

Face à cette polémique, l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes a réagi : « Il est évident que la kinésithérapie respiratoire ne prétend pas être un traitement contre le virus de la bronchiolite, mais une action bénéfique sur ses symptômes en améliorant la résistance du nourrisson. En désencombrant les voies aériennes, elle permet à l’enfant de mieux respirer et donc de continuer à s’hydrater, se nourrir et mieux dormir. » Alors, qui faut-il croire ?

Une efficacité contestée

L’étude mise en avant par Prescrire ne porte que sur des enfants hospitalisés, soit 3 % à 5 % des nourrissons atteints chaque année. Qu’en est-il des 95 % à 97 % soignés en ville ? La kiné respiratoire permet-elle de les soulager ? « Il n’existe aucune étude solide sur ce secteur permettant de trancher », rappelle le Pr Jean-Christophe Dubus, président de la Société pédiatrique de pneumologie et allergologie.

« En France, la kiné respiratoire est très développée : 95 % des enfants vont chez le kiné contre 13 % au Canada. Pourtant, si on compare le taux d’hospitalisation et de complications, il n’y a pas de différences majeures ! Voilà pourquoi certains s’interrogent sur l’intérêt d’une telle pratique. » D’autant que la plupart des études menées à l’hôpital chez les enfants a priori les plus gravement atteints, démontrent non seulement que la kiné respiratoire n’a pas d’effet bénéfique, mais qu’elle peut aussi avoir des effets secondaires non négligeables, même si c’est en proportion très faible.

Le Pr Dubus tempère : « La kiné respiratoire est sans doute utile pour certains enfants. Il est urgent de mener des études de grande ampleur pour identifier les nourrissons qui sont les plus à même d’en tirer bénéfice. »

« Dans la bronchiolite simple, gérée en ville, l’intérêt de la kinésithérapie est d’apprendre aux familles les bons gestes pour désencombrer le nez, préambule indispensable à une alimentation et un sommeil corrects, et d’exercer une surveillance de l’état respiratoire de l’enfant. A l’hôpital où je travaille à Marseille, environ 10 % des enfants adressés aux urgences pédiatriques pour des bronchiolites le sont par des kinés ayant constaté l’aggravation de leurs symptômes. »

Pour en savoir plus

  • Crédit photo : microgen / Getty

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