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Le bruit, un danger sous-estimé

Le bruit, un danger sous-estimé

Bien que 86 %* des Français se déclarent gênés par le bruit à leur domicile, la plupart d’entre eux méconnaissent ses conséquences sur la santé. Pourtant, comme la pollution de l’air, le bruit nuit à notre qualité de vie.

Le bruit a des conséquences sur tout l’organisme.

Vrai. Les dégâts causés par le bruit ne se limitent pas au système auditif. « Les nuisances sonores agissent sur un certain nombre d’organes, comme le système cardiovasculaire par exemple, indique Didier Bouccara, médecin oto-rhino-laryngologiste (ORL). Elles peuvent entraîner une tachycardie (c’est-à-dire l’accélération du rythme cardiaque), parfois de l’hypertension artérielle. Le bruit peut aussi fatiguer, rendre irritable, favoriser l’anxiété, voire des dépressions. Par ailleurs, le bruit est un facteur avéré de troubles du sommeil. »

* Selon un sondage Ifop « Les Français et les nuisances sonores » (octobre 2014).

 

Une exposition inférieure à 90 décibels ne comporte aucun risque.

Faux. Les seuils de tolérance au bruit varient beaucoup d’un individu à l’autre ! « À un même niveau sonore, certaines personnes ne subiront aucun dommage, quand d’autres connaîtront des atteintes auditives marquées, confirme Didier Bouccara. D’où l’importance d’être vigilant dès que l’on franchit un certain niveau sonore. »

On considère que l’ouïe est en danger à partir de 85 décibels durant une journée de travail de 8 heures. De même, une exposition à 90 décibels dans une salle de concert comporte un risque… À titre comparatif, 85 décibels correspondent à un bébé qui pleure ou aux aboiements d’un chien, 90 dB au bruit d’une tondeuse à gazon et 130 dB à un avion au décollage (source : CIdB**).

** « Grandir avec les sons », Centre d’information et de documentation sur le bruit (CIdB).

 

La surdité est un phénomène réversible.

Vrai et faux. « Dans le cas de certains traumatismes sonores entraînant immédiatement des bourdonnements ou sifflements (acouphènes) et/ou une sensation d’oreille bouchée, une récupération est possible. Et ce, dans la mesure où la personne est prise en charge rapidement, c’est-à-dire dans les 24 à 48 heures suivant le traumatisme, explique l’expert. Un traitement à base de cortisone permettra éventuellement de favoriser la récupération auditive vers la fin de l’épisode aigu. Néanmoins, l’oreille interne est un organe très fragile. Si les cellules ciliées (il s’agit des cellules qui codent les sons) sont détruites, les possibilités de récupération sont quasiment nulles. »

 

La perte d’audition s’accompagne immédiatement d’une gêne auditive.

Faux. Lorsqu’elle n’est pas consécutive à un traumatisme sonore, l’atteinte auditive peut passer totalement inaperçue ! Pourquoi ? Parce qu’elle apparaît d’abord dans les fréquences aiguës peu perceptibles par l’oreille humaine. « En général, c’est l’apparition d’acouphènes qui constitue le premier signe d’alerte repérable, remarque Didier Bouccara. De même, lorsque l’on ressent une gêne pour suivre une conversation dans une ambiance bruyante ou que l’oreille devient douloureuse dans cette même ambiance, c’est le signe que quelque chose ne va pas et cela justifie une consultation ORL avec un bilan auditif. »

 

Travailler dans un espace ouvert de travail (open space) ne représente aucun risque pour l’audition.

Vrai et faux. Dans un open space, le niveau sonore n’est pas suffisamment élevé pour engendrer des pertes auditives. Néanmoins, travailler dans une ambiance sonore bruyante (conversations des salariés, sonneries de téléphone, bruit d’imprimante…) perturbe les capacités de concentration, entraîne une fatigue auditive et constitue un puissant facteur de stress. Ce qui impacte de manière significative la performance de chacun.

 

La surdité reconnue comme maladie professionnelle.

Vrai. Environ 1 200 cas de surdités professionnelles sont reconnus chaque année (source : CidB). Certains secteurs d’activité sont particulièrement exposés : l’industrie, le bâtiment, les transports. « Compte tenu du danger, la médecine du travail est aujourd’hui particulièrement mobilisée pour dépister les situations à risque et proposer des mesures de prévention (le port de bouchons protecteurs par exemple), indique le médecin oto-rhino-laryngologiste (ORL). On éprouve plus de difficultés à sensibiliser les professionnels du monde du spectacle par exemple – artistes et techniciens – exposés au bruit eux aussi. Compte tenu de l’intermittence de leur métier, il est plus compliqué de les suivre dans le temps pour leur proposer des tests auditifs réguliers. »

 

Le bruit à l’école complique l’apprentissage.

Vrai. « Des études ont démontré que les enfants et les adolescents dont l’établissement scolaire se situe dans un environnement bruyant ont des capacités de concentration, d’acquisition et de mémorisation moins importantes que les enfants scolarisés dans des endroits calmes, avec une variabilité d’un enfant à l’autre », souligne Didier Bouccara. Dans un document intitulé Bruit et santé, le Centre d’information sur le bruit (CidB) note par ailleurs qu’« à la cantine, les niveaux sonores sont parfois identiques à ceux d’un atelier industriel, il faut alors plus d’une demi-heure aux enfants pour récupérer physiquement de leur repas ».

 

« Nous ne sommes pas tous égaux face au bruit »

Valérie Rozec est docteur en psychologie de l’environnement et responsable de projet au Centre d’information sur le bruit (CidB).

 

Valérie Rozec
Crédit DR

« La perception du bruit est plus qu’une affaire de niveaux sonores. Les études réalisées depuis une quarantaine d’années montrent que la perception sonore dépend d’une multitude de facteurs individuels (l’âge, le sexe, le vécu antérieur, la sensibilité au bruit), socioculturels (la culture d’appartenance, la confiance dans les pouvoirs publics, l’intentionnalité du bruit…) et contextuels (le contexte socio-économique, le niveau d’isolation acoustique du logement, l’exposition du logement au bruit, le contexte d’écoute, les moments d’émergence du bruit, le mode de vie, l’activité en cours, le sentiment d’un manque de moyens ou de contrôle du bruit, la qualité de l’information donnée…) qui viennent moduler les réactions des individus face au bruit.

Ainsi la signification donnée au son peut ou non le transformer en nuisance sonore. Il est donc nécessaire de comprendre la façon dont le bruit est perçu et évalué par l’individu pour agir sur la gêne. »

  • Émilie Gilmer
  • Crédit photo : Katarzyna Bialasiewicz / Getty

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