La cigarette électronique est-elle dangereuse ? Le point avec le Pr Dautzenberg

Pneumologue, tabacologue et président de « Paris sans tabac », le Pr Bertrand Dautzenberg fait le point sur les décès des vapoteurs américains. Il évoque surtout l’e-cigarette comme une aide possible au sevrage.

e-cigarette

Avec près de dix années de recul, peut-on aujourd’hui affirmer que la cigarette électronique est réellement un moyen de « sortir du tabac » ?

Bertrand Dautzenberg : Ce n’est pas un médicament, mais 700 000 Français avaient déjà arrêté de fumer grâce à la cigarette électronique en 2017. En France, l’Eurobaromètre rapporte que parmi ceux qui ont vapoté régulièrement, 32 % vapotent, mais ne fument plus et que 26 % ont arrêté à la fois le tabac et la e-cigarette*. C’est donc un dispositif parmi d’autres, qui permet à bon nombre de personnes qui veulent arrêter de fumer d’y parvenir. Aussi, pour celles et ceux qui souhaitent « fumer autrement », vapoter permet d’éviter les substances cancérigènes et les produits de la combustion (goudron, monoxyde de carbone, plomb…).

Quant aux 42 % des personnes qui vapotent tout en continuant de fumer, elles restent fortement dépendantes à la nicotine. Pour les aider à arrêter le tabac, il est possible de leur prescrire des patchs à la nicotine et de les inciter à trouver un produit de vapotage qui leur plaît davantage. Il existe par exemple des sels de nicotine (mélange d’acide et de nicotine) qui permettent de vapoter avec une concentration importante de nicotine (jusqu’à 20 mg/ml) sans provoquer d’irritation de la gorge. Cette « nicotine acidifiée » est par ailleurs bien absorbée par le poumon.

*Special Eurobarometer 458 : Attitudes of Europeans towards tobacco and electronic cigarettes. Publié le 30/05/2017.

N’est-ce pas remplacer une dépendance par une autre ?

B.D. : Le problème principal est que la dépendance conduit à inhaler de façon très répétée les substances cancérigènes que contient le tabac : un fumeur sur deux mourra à cause de la fumée inhalée. Or, la fumée de la cigarette électronique n’en émet pas. Par ailleurs, la vape, comme les substituts nicotiniques, permet de sortir de la dépendance.

Le rôle de la vape dans l’entrée des jeunes en tabagisme est controversé. Il est vrai que ceux qui expérimentent la vape deviendront deux à trois fois plus souvent fumeurs que ceux qui ne l’expérimentent pas, mais les jeunes qui commencent avec la cigarette ont huit fois plus de risques de devenirs fumeurs. Ne rien prendre c’est le mieux, mais mieux vaut expérimenter la vape que la cigarette. Chez les jeunes américains, le taux de fumeurs a été divisé par deux avec « l’épidémie » de vapotage, ce qui est incompatible avec l’idée selon laquelle la vape est une porte d’entrée vers le tabagisme.

Associée ou non aux autres méthodes de sevrage (timbre, gommes), la cigarette électronique est un atout supplémentaire. Elle permet de supprimer le besoin physique de fumer, une étape indispensable pour un sevrage sans souffrance réussi. Mais le rôle du médecin est bien de rappeler qu’après 6 à 12 mois d’arrêt du tabac sans manque, la meilleure solution sera de ne plus vapoter.

Que sait-on des effets de la cigarette électronique à long terme ?

B.D. : Aucun effet significatif, à long terme n’a été observé jusqu’ici. Les e-cigarettes ne délivrent pas plus de produits toxiques que les substitutifs nicotiniques (comme les patchs) et les e-liquides. Et les aérosols produits par les cigarettes électroniques ne sont pas cancérigènes. A priori, les effets à long terme ne devraient donc pas être nocifs.

Existe-t-il des risques liés au vapotage passif ?

B.D. : Le seul marqueur notable est la faible quantité de nicotine retrouvée dans les urines des personnes qui côtoient de façon prolongée des vapoteurs. Pour autant, les données scientifiques ne permettent pas de considérer que le risque sanitaire pour l’entourage justifie une interdiction généralisée. Et les restrictions d’usage sont prises au nom de la gêne et de l’exemplarité.

Les récents décès chez des vapoteurs américains doivent-ils nous alerter ?

B.D. : Ils ne sont pas liés à la cigarette électronique mais au mauvais usage qu’ils en ont fait. 80 % des victimes ont déclaré avoir utilisé du cannabis mélangé à de l’huile ou à des capsules de vitamine E (huileuse). Et pour ne rien cacher, je soupçonne les 20 % restant d’avoir menti… Je pense, sans en avoir la preuve, que c’est cette huile qui a endommagé les poumons et qui est responsable de ces décès. En France, nous n’avons pas les mêmes risques si l’on respecte le bon usage de l’e-cigarette et si on utilise l’un des 36 000 produits de vapotage enregistrés à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). D’ailleurs, aucun cas de toxicité de la e-cigarette n’a été déclaré ni en France, ni en Europe…

Enfin, que pensez-vous des recommandations publiées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) concernant la e-cigarette ?

B.D. : Ce sont les mêmes que celles que nous avions faites. Ces produits restent nocifs, mais moins que la fumée de tabac. Ils doivent être réservés aux fumeurs, interdits à la vente pour les mineurs, ne pas faire l’objet de publicités… L’OMS dit que « les études sur le sevrage sont encore de qualité insuffisante pour qu’elle en fasse la promotion comme une aide au sevrage ». Mais je constate, dans ma pratique quotidienne, que la majorité des vapoteurs qui ne prennent plus de tabac diminuent les doses quotidiennes de nicotine de 90 % en trois mois et arrêtent la vape au bout de 6-9 mois. Et une étude** portant sur 886 Anglais souhaitant arrêter de fumer a montré que la e-cigarette est presque deux fois plus efficace pour en finir avec le tabac que les autres substituts à la nicotine (patch, pastille, gommes à mâcher…).

** P Hajek et coll NEJM 2019 380 629-637.

Vous souhaitez participer à l’essai français ECsmoke promu par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) sur l’efficacité des e-cigarettes ? Contactez le 06 22 93 86 09.

  • Isabelle Blin
  • Crédit photo : gawriloff / iStockphotos et DR (portrait du Pr Dautzenberg)

3 commentaires pour cet article

  1. Titan Micheau

    Plutôt synthétique et pragmatique, avec une certaine objectivité exprimée.
    Reste à regretter une des questions posées (souvent la même) qui, indépendamment du fait que sa formulation orientée puisse induire le lecteur en erreur, prouve également l’existence persistante d’une mauvaise approche du sujet:
    Ce n’est PAS une dépendance REMPLACÉE par une autre, c’est la MÊME. Elle est simplement satisfaite par un moyen différent qui exclut la quasi-totalité des substances toxiques qui nous emmènent habituellement au cimetière et qui sont présentes dans le tabac.

    1. La rédaction

      Tabac ou cigarette électronique, il s’agit bien de la même dépendance à la nicotine, mais avec les substances cancérigènes en moins dans la e-cigarette. Par ailleurs, la concentration de nicotine dans un e-liquide varie entre 18 mg/ml et 0 mg/ml suivant les produits. Il est donc aussi possible de vapoter sans nicotine, c’est ce vers quoi tendent de nombreux ex-fumeurs.

      1. Tangerine Lher

        Substances cancérigènes en moins, oui, mais c’est la COMBUSTION du tabac et de toutes les autres substances présentes dans les cigarettes, qui génère des cancers. Si vous fumez de la paille ou des feuilles de bouleau ou toute autre matière, la combustion fera que, même sans tabac, ce sera cancérigène.
        C’est pourquoi le vapotage, quelle que soit la toxicité qu’on lui trouve un jour peut-être, est, de l’avis des scientifiques, au moins 90% moins toxique que le tabagisme. Simplement parce qu’il n’y a pas de combustion.

        Par ailleurs il faut souligner que le risque lié au tabac est double : le cancer ET les maladies cardiovasculaires.

        Rappelons aussi que la nicotine, à part créer et entretenir une dépendance (très forte), n’est pas toxique. Donc, pour ceux qui sont passés à l’e-cigarette et qui n’arriveraient pas à arrêter, ça reste un moindre mal.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Glossaire