Claire Mounier-Véhier : « Les maladies cardiovasculaires ne sont pas une fatalité »

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Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès chez les femmes. Elles sont touchées de plus en plus jeunes. Le professeur Claire Mounier-Véhier nous donne les clés de la prévention de ces maladies.

Claire Mounier-Véhier

Claire Mounier-Véhier est cardiologue, professeur des universités en médecine vasculaire à l’Université de Lille. Elle a cofondé avec Thierry Drilhon, la fondation Agir pour le cœur des femmes. Avec pour ambition de sauver la vie de 10 000 femmes en 5 ans. Comment ?

En alertant sur cette urgence médicale et donner un certain nombre de clés pour comprendre les signes avant-coureurs, en anticipant pour que toute la chaîne de santé ait connaissance de ces signes. Et enfin en agissant en créant des centres cardio-vasculaires et gynécologiques.

200 femmes décèdent chaque jour en France d’une maladie cardiovasculaire. Les femmes sont-elles plus exposées aujourd’hui ?

Claire Mounier-Véhier : Il y a une vraie urgence. Nous constatons une augmentation de 5 % par an d’hospitalisations de femmes pour infarctus du myocarde. Les femmes âgées de 45 à 55 ans sont principalement touchées. Pour une grande majorité d’entre elles, elles ont été exposées au tabac, premier facteur de risque de l’infarctus du myocarde et de l’AVC chez la femme jeune. Si vous avez 20 ans de tabac derrière vous, le premier accident cardiaque va arriver entre 45 et 50 ans. Avec le confinement, les femmes sont de plus en plus sédentaires car en télétravail. Elles bougent moins et elles sont stressées. Avec cet environnement, on connaît une flambée des maladies cardiovasculaires.

« Il faut se déshabituer de ce besoin de sel à tout prix »

Quel constat tirez-vous justement de cette période de crise sanitaire ?

C. M-V : Nous voyons arriver en consultation des femmes qui ont pris entre 3 et 10 kg car elles grignotent et n’ont plus de temps de cuisiner. Souvent, elles enchaînent les réunions virtuelles sans faire de pause, en restant assise et en ne buvant pas assez. L’idéal serait de se lever entre chaque réunion cinq minutes pour marcher et boire de l’eau. Il faut aussi penser à faire les réunions debout.

Au niveau de l’alimentation, il faut être vigilant sur le sel. On devrait manger 5 grammes de sel par jour, or on mange entre 12 et 14 grammes. On resale et plus on mange salé, plus on a envie de manger salé. Il faut se déshabituer de ce besoin de sel à tout prix. Car la consommation excessive de sel peut favoriser l’intolérance au sucre. Quand on consomme du sel, on stocke de l’eau ; cela favorise la prise de poids, notamment la prise de graisse abdominale, créant une insulino-résistance à l’origine de l’intolérance au sucre. Le rein élimine le sel avec du calcium, et donc cela peut accélérer l’ostéoporose à la ménopause.

Et puis les femmes sont de plus en plus stressées. Elles sont en réunion virtuelle avec leur enfant qui passe derrière. Elles n’ont pas forcément d’espace pour travailler à la maison. Elles dorment moins bien parce qu’elles bougent moins, elles sortent moins, ont perdu du lien social « physique ». Je dis à mes patientes de sortir trois fois par jour et c’est important de s’apprêter pour être bien dans sa tête, même si on est chez soi. D’autre part, elles ne prennent plus le temps de se soigner, elles ne sont pas allées chez leur gynécologue, chez leur cardiologue, chez leur dentiste. Car il faut rappeler que la dent est une porte d’entrée infectieuse pour le cœur. C’est important d’avoir un détartrage, un soin dentaire une fois par an. Et puis, je leur parle du rôle de la sieste. Il faut essayer de trouver 30 minutes pour se déconnecter des écrans. C’est important pour la, régulation de la pression artérielle et le stress. La sieste permet de réguler l’endormissement du soir.

Qu’est-ce qu’une pathologique cardiaque ?

C’est un ensemble varié de maladies liées au muscle cardiaque : l’insuffisance cardiaque (le cœur n’arrive pas à se contracter correctement), la maladie des artères du cœur, les maladies des valves cardiaques, l’AVC qui est la première cause de décès chez les femmes suivi par l’infarctus du myocarde… La forme la plus gravissime des troubles du rythme cardiaque est l’arrêt cardiaque.

« Tabac, stress, cholestérol, sédentarité. Ce sont les 4 principaux ‟malfaiteurs” ».

En quoi les signes avant-coureurs des maladies cardiovasculaires diffèrent chez l’homme et chez la femme ?

C. M-V : Les symptômes sont différents. Un homme a des douleurs dans la poitrine en étau qui vont dans le bras et dans la mâchoire. La douleur perdure. Chez une femme, c’est plus sournois car l’artère se déchire, se serre et se revascularise toute seule très vite. Donc les symptômes sont souvent les suivants : un essoufflement à l’effort progressif, une fatigabilité à l’effort, des signes digestifs… Cela n’arrive pas chez n’importe quelle femme mais chez des femmes exposées à des facteurs de risque : tabac, stress, cholestérol, sédentarité. Ce sont les 4 principaux « malfaiteurs ». Il faut casser l’image que ce n’est que l’affaire des femmes en surpoids ou diabétiques.

Peut-on « prévenir » ces maladies ?

C. M-V : Ces maladies ne sont pas une fatalité. L’important c’est de prendre soin de soi et de s’écouter. Il faut devenir acteur et actrice de sa santé. Le risque cardiovasculaire est quelque chose de très nébuleux. Mais si je vous parle d’un caddie de supermarché qui représenterait le risque. Eh bien quand il est très plein, cela traduit la probabilité de faire un accident cardiaque dans les 5 ans qui suivent le dépistage de la situation à risques. Dans ce caddie, il y a les facteurs de risques traditionnels : le tabac, le stress, le diabète, le cholestérol, la sédentarité. À la ménopause, le risque d’accident s’envole. Les traitements contre l’hypertension et contre le cholestérol sont autant de bons de réduction. Tout comme l’hygiène de vie en mangeant moins salé et en faisant de l’activité physique tous les jours. Il faut donc essayer de maîtriser ce qu’il y a dans le caddie pour qu’il soit moins lourd à porter.

« Préparer ses consultations en notant ses antécédents médicaux »

A quel moment les femmes doivent-elles consulter ?

C. M-V : Il y a trois phases clés dans la vie des femmes. Tout d’abord, la mise en route de la contraception. Cette consultation longue est reconnue et remboursée par la Sécurité sociale. Après, dans sa vie de femme, il faudra peut-être revoir ou modifier sa contraception.

Deuxième temps fort : la grossesse. Il faut la préparer. Lors de la consultation pré-conceptionnelle, les femmes qui ont une maladie cardiaque connue ou une HTA, doivent en parler afin d’éviter un accident de parcours. Elles doivent vérifier avec leur médecin, leur gynécologue, leur cardiologue qu’il n’y a pas de contre-indications. Et après la grossesse, s’il y a eu diabète ou hypertension, il est conseillé de faire un bilan dans les cinq ou six semaines qui suivent l’accouchement pour vérifier que tout est rentré dans l’ordre.

Enfin, il y a la consultation de la pré-ménopause vers 50 ans. Aujourd’hui, elle n’est pas remboursée, c’est en cours d’investigation dans les Hauts-de-France avec le ministère de la Santé. Cette consultation permet au gynécologue de faire un dépistage des facteurs de risque et de décider ou pas de faire un bilan cardiologique.

Comment préparer au mieux ces consultations de prévention ?

C. M-V : Pour préparer ces consultations, il faut noter ses antécédents médicaux et chirurgicaux, l’âge des premières règles, le nombre de grossesse y compris les fausses couches ou interruptions volontaires de grossesse, le poids de naissance des enfants, l’âge de la ménopause de sa maman, les allergies médicamenteuses, les traitements en cours… Cela permet de gagner un temps précieux, le médecin n’aura alors pas à faire ce travail d’investigation, il sera à l’écoute. Ensuite, il faut se poser les questions suivantes : « Est-ce que j’ai des symptômes d’alerte : suis-je essoufflée ? Est-ce que j’ai mal à la tête en me réveillant (hypertension) ? Est-ce que j’ai des troubles de la concentration ? ». Les ordonnances, les prises de sang, les électrocardiogrammes sont aussi importants pour avoir une vue globale du dossier de santé.

  • Crédit photo : DR
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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