Mieux comprendre les allergies alimentaires chez l’enfant

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Les allergies alimentaires touchent entre 1 à 5 % de la population française dont une majorité d’enfants. Quelles en sont les causes et les manifestations ? Le nombre d’enfants concernés est-il en augmentation ?

allergies alimentaires

Les allergies occupent le quatrième rang des maladies les plus fréquentes dans le monde après les cancers, les pathologies cardiovasculaires et le sida. Elles se définissent comme une hypersensibilité de l’organisme à des substances, en principe inoffensives. Appelées allergènes, ces substances peuvent se trouver dans l’air (pollens), les médicaments ou encore les aliments.

Le nombre d’allergies, qui concernent 25 à 30 % de la population, ne cesse d’augmenter depuis une quarantaine d’années. Les allergies alimentaires n’échappent pas à ce constat. Elles touchent entre 1 et 5 % des Français. Les premières victimes sont les enfants. Selon l’Inserm, le nombre de cas enregistrés d’allergies alimentaires oscillerait entre 2 % chez les adultes et 5 % chez les plus jeunes.

Certaines allergies sévères peuvent engager le pronostic vital

« On est allergique à certaines protéines contenues dans un aliment donné », précise le docteur Guillaume Lezmi, pédiatre allergologue à l’hôpital Necker à Paris. Les allergies alimentaires se classent en deux groupes. Celles dites immédiates surviennent moins de deux heures après la prise alimentaire. « Elles sont liées à un mécanisme qui fait intervenir des anticorps contre des protéines de l’aliment, les Immunoglobulines E (IgE). De ce fait, on les appelle les allergies IgE-médiées. »

Ces allergies peuvent avoir des manifestations cutanées (urticaire, dermatite), respiratoires (rhinite, asthme), digestives (diarrhée, vomissement) ou généralisées (anaphylaxie). L’anaphylaxie est la forme la plus sévère de l’allergie immédiate. « Ses manifestations respiratoires et hémodynamiques* peuvent engager le pronostic vital. Certains patients doivent porter sur eux un stylo auto-injecteur d’adrénaline pour pouvoir traiter rapidement l’anaphylaxie quand elle survient », reprend le docteur Lezmi.

À côté des allergies IgE-médiées, il existe d’autres allergies dont les manifestations sont retardées. Elles apparaissent dans les heures ou les jours qui suivent la prise de l’allergène. Elles ne provoquent pas de choc anaphylactique mais peuvent entraîner des troubles de la croissance, des problèmes digestifs chroniques, voire de l’eczéma sévère persistant. Elles sont surtout consécutives à l’absorption de lait ou de blé.

Un interrogatoire médical pour déterminer l’allergène en cause

« La plupart des enfants ont des allergies IgE-médiées », souligne le docteur Guillaume Lezmi. C’est le cas de Johan, 7 ans, allergique à l’arachide et aux fruits à coque. Ses parents se sont rendu compte de sa maladie lors d’une sortie au restaurant alors qu’il était âgé de 18 mois. « Il a voulu goûter une frite dont la cuisson avait été faite dans de l’huile d’arachide. Cela a provoqué un choc anaphylactique brutal », raconte son père, Flavien Brizard.

La maman de Johan, infirmière, comprend rapidement ce qui se passe et convainc la pharmacie la plus proche de lui délivrer une seringue d’adrénaline pour stabiliser son fils, pris en charge, par la suite, par l’hôpital des enfants au CHU de Bordeaux. Les parents du garçonnet sont amenés à répondre à un grand nombre de questions pour établir l’histoire des symptômes et progressivement isoler l’ingrédient en cause.

« On appelle cela un interrogatoire médical. C’est une évaluation rigoureuse pour bien comprendre ce qui s’est passé. L’historique de la réaction est repris en détail avec les familles. Les symptômes présentés, les aliments potentiellement impliqués, les doses ingérées sont analysées. Il est très utile de vérifier les étiquetages des aliments consommés, de demander quelles sont les recettes exactes », indique le docteur Lezmi. Puis, des tests ciblés sont effectués, orientés par les éléments recueillis. Ils permettent d’identifier l’allergène responsable.

La qualité de vie des enfants allergiques altérée

Les parents de Johan effectuent au quotidien un contrôle strict de tous les aliments. « Les courses prennent trois fois plus de temps car il faut lire toutes les étiquettes des produits », raconte Flavien Brizard, qui a lancé un site d’informations sur les allergies alimentaires pédiatriques. « C’est devenu mon combat. Lorsque l’on est soumis du jour au lendemain aux allergies qui peuvent être mortelles, on est désemparé. La plateforme se veut un soutien pour les parents. »

Tous les repas pris par Johan sont préparés à la maison même s’ils sont consommés à la cantine ou lors d’anniversaires chez les copains. Il faut tout surveiller, vérifier le conditionnement des produits, les ustensiles utilisés… « On peut avoir des surprises. Cela nous est arrivé avec un fromage de 300 g qui comportait des traces d’arachides à la différence de celui de 150 g. Les deux ne sortaient pas de la même usine. »

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Quand un enfant a une allergie alimentaire, la vie quotidienne de toute la famille est souvent impactée. Crédit photo : Getty Images.

La qualité de vie des enfants allergiques est altérée par le fait qu’ils ne peuvent pas manger ce qu’ils veulent, par l’anxiété liée aux réactions à l’allergène dont la sévérité est peu prévisible. « Certains patients sont poly-allergiques** », observe le docteur Lezmi. Ces enfants sont parfois mal compris, sujets de moquerie, exclus des activités de groupe.

« Quand on ne sait pas, on peut penser que l’enfant fait un caprice pour ne pas manger », observe Flavien Brizard. Les projets d’accueil individualisé (PAI), mis en place en milieu scolaire, favorisent l’accueil et l’intégration des enfants allergiques.

Ne pas confondre allergies alimentaires et intolérances alimentaires

Les allergies résulteraient d’un terrain génétique prédisposant et d’une exposition à un environnement particulier. Un enfant, dont les parents ont des allergies, de l’asthme ou une rhinite allergique, aura plus de risques de devenir allergique. « L’exposition précoce par la peau aux aliments contenus dans les poussières de maison, associée au retard à la consommation de l’aliment par voie orale (digestive), augmenterait le risque d’allergie, en particulier chez les enfants ayant un eczéma sévère », ajoute le pédiatre allergologue.

L’hypothèse hygiéniste pourrait aussi expliquer l’augmentation de la fréquence des allergies. Dans les sociétés les plus riches, l’exposition aux microbes dans les premières années de vie de l’enfant est réduite grâce, entre autres, à la stérilisation des aliments, aux vaccinations. « Le système immunitaire, peu stimulé par les microbes, maturerait de manière déséquilibrée et réagirait de manière excessive à des substances de l’environnement qu’il devrait plutôt tolérer. »

L’allergie alimentaire ne doit pas être confondue avec l’intolérance alimentaire. « L’intolérance au lactose, par exemple, est liée au défaut de digestion des sucres contenus dans le lait, et non pas à des mécanismes immunologiques contre les protéines du lait », explique le docteur Lezmi. Les symptômes sont différents. « L’intolérance au lactose est très fréquente. Elle n’expose pas aux mêmes risques que l’allergie IgE-médiée ».

* Qui se rapporte à la circulation sanguine.

** C’est-à-dire que ces patients présentent plusieurs allergies alimentaires.

Allergies alimentaires : ce que dit la loi

La loi du 1er juin 2009 impose que la présence d’allergènes doit être indiquée sur les étiquettes de composition des produits préemballés. Quatorze ingrédients doivent ainsi être identifiés  : les céréales riches en gluten, les crustacés, les œufs, les poissons, les arachides, le soja, le lait, les fruits à coque, le céleri, la moutarde, les graines de sésame, le dioxyde de soufre et les sulfites, le lupin, les mollusques. Les produits dérivés de ces ingrédients doivent aussi être signalés.

Depuis 2011, ces allergènes doivent être inscrits sur les emballages en gras, en italique ou souligné. La réglementation du 13 décembre 2014 étend l’obligation de déclaration d’allergènes aux produits en vrac, non préemballés que l’on peut trouver en boulangerie, à la cantine, chez les traiteurs… La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) contrôle le respect de ces dispositions.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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