Déconstruire les fake news, une question de bonne information

Le 11 mars 2020 s’est tenue l’Agora « Fake news en santé : ne croyez pas tout ce que vous lisez » à Paris, organisée par Essentiel Santé Magazine. Les intervenants et le public ont échangé sur le fonctionnement de ces informations volontairement mensongères et, surtout, sur les moyens de les combattre.

Compte rendu de la conférence-débat sur les fake news en santé

En pleine crise de coronavirus, le sujet des fake news en santé est d’actualité. Il n’y a qu’à voir le nombre de fausses informations à propos de ce virus et ses prétendus remèdes qui circulent largement sur Internet.

« Les incertitudes et les crises sont les terreaux majeurs des fake news, commente le Dr Laurent Chambaud, directeur de l’École des hautes études en santé publique (EHESP), présent à cette conférence-débat. Elles sont angoissantes, les personnes cherchent des informations. Et les médecins ne peuvent répondre à toutes les questions face aux incertitudes inhérentes ».

Chimère des traitements miracles

La santé est un domaine particulièrement touché par le phénomène, surtout quand « la maladie est incurable », souligne Priscille Rivière, directrice de la communication de l’Inserm. Que véhiculent ces fake news ? Toujours la même ritournelle : des théories complotistes sur l’origine de pathologies et des remèdes prodigieux, que ce soit pour s’en prémunir ou en guérir.

Le cancer est une des cibles de ces allégations trompeuses. Le Dr Jean-Baptiste Méric, oncologue et directeur du pôle santé publique et soins de l’Institut national du cancer (Inca) explique : « D’un côté, des médecins disent qu’il est possible de réduire le risque de survenue d’un cancer quand, de l’autre, des personnes soutiennent qu’on peut éliminer complètement ce risque, voire guérir du cancer très simplement, en ajoutant une cuillerée de curcuma à chaque repas par exemple ».

Ces méthodes « miraculeuses » sont plus attrayantes et moins contraignantes que la pratique régulière d’une activité physique, l’arrêt du tabac ou la réduction de sa consommation de viande hebdomadaire. Elles sont aussi moins lourdes qu’un traitement de chimiothérapie ou de radiologie. Mais bien évidemment, tout à fait chimériques. « Les réponses apportées par la médecine ne sont pas toujours séduisantes. D’autant plus que la guérison n’est pas assurée à 100 % », appuie le Dr Méric.

Pour toutes ces raisons, ces fake news font des adeptes… et le lit des personnes mal intentionnées dont les motifs à diffuser ces fausses informations sont mercantiles, idéologiques ou politiques. Avec des conséquences parfois graves : des patients arrêtent leur traitement, refusent de voir un médecin, se tournent vers des pratiques alternatives…

« Nous recevons 3 000 signalements de situations préoccupantes par an, explique Chantal Gatignol, conseillère santé à la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. La moitié concerne la santé, contre un quart il y a quelques années encore ».

37 % des Français pensent avoir déjà été exposés à des fake news santé

L’étude ViaVoice, commandée par Essentiel Santé Magazine et présentée ce soir du 11 mars, révèle que les Français sont conscients de la présence des fake news relatives à la santé. En effet, 91 % estiment que la santé est exposée aux fake news. 37 % d’entre eux pensent qu’eux-mêmes ont déjà été exposés à ces fausses informations, à quoi il faut ajouter les 22 % qui ne savent pas.

Plus inquiétant, 32 % des personnes interrogées ont concédé avoir agi en réaction à ces informations. Sans conséquence notable pour certains, quand d’autres ont vu leur maladie s’aggraver ou de nouveaux symptômes apparaître d’après leurs déclarations !

Autre enseignement de l’enquête : les Français cherchent à vérifier les informations présentées. Pour cela, ils n’hésitent pas à consulter les acteurs qu’ils jugent de confiance, en premier lieu, les médecins puis les pharmaciens, les établissements de santé et les mutuelles.

Des outils pour déconstruire

« Il est rassurant de voir qu’il existe des remparts », réagit le Dr Méric. « La confiance exprimée envers les professionnels de santé et le système de santé de façon plus générale est un élément positif, abonde le Dr Chambaud. Un des enjeux majeurs est d’outiller ces personnes pour répondre aux questions des patients et déconstruire ces fake news. De nombreux citoyens veulent vérifier les informations. Il faut donc les outiller eux aussi, notamment les jeunes ».

C’est justement ce à quoi les organismes invités à cette conférence-débat travaillent et réfléchissent. L’Inca lance une rubrique dédiée sur son site pour déconstruire les fake news, ou encore achète des mots-clés sur Google pour figurer en bonne position des résultats de recherche sur les questions liées au cancer. De son côté, l’Inserm a produit la chaîne Canal Detox sur YouTube. Au programme : des vidéos courtes au ton humoristique pour déconstruire les mythes et légendes, arguments d’experts scientifiques à l’appui.

Jean-Baptiste Méric de l’Inca souligne d’ailleurs la nécessité de communiquer sur les informations scientifiques de façon abordable, avec un niveau de langage compréhensible par tous. Sans simplismes. Ce qui rend l’exercice particulièrement difficile. Surtout quand le milieu scientifique et médical pâtit d’une certaine défiance à la suite de scandales sanitaires comme le Mediator par exemple ou que le patient est absolument convaincu des méfaits d’un traitement ou de la supériorité d’une alternative.

« C’est compliqué effectivement. Mais avec du temps, des arguments, une position d’écoute sans culpabiliser le patient c’est possible », insiste Chantal Gatignol de la Miviludes.

Les intervenants de la l'Agora sur les fake news organisée par Essentiel Santé Magazine
Les intervenants de cette conférence-débat sur les fake news (de gauche à droite) : Chantal Gatignol (conseillère santé à la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), Priscille Rivière (directrice de la communication de l’Inserm), le Dr Laurent Chambaud (directeur de l’École des hautes études en santé publique) et le Dr Jean-Baptiste Méric (oncologue et directeur du pôle Santé publique et soins de l’Institut national du cancer). Crédit photo : Seb Leban.
  • Crédit photo : Seb Leban
Auteur article
Alexandra Luthereau

journaliste spécialisée dans les sujets économie sociale et solidaire.

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