Encore trop de fausses vérités sur les vaccins

Alors que le monde entier espère un vaccin qui permettra de mettre fin à la pandémie de Covid-19, la vaccination suscite toujours fausses rumeurs et méfiance chez beaucoup de Français. Un tiers d’entre eux croit d’ailleurs qu’on nous cache leur nocivité.

Encore trop de fausses vérités sur les vaccins

La vaccination n’échappe pas aux théories du complot qui fleurissent sur les réseaux sociaux, se nourrissant de la vive inquiétude suscitée par la pandémie de coronavirus. Ces théories du complot sont basées sur l’idée que nous serions manipulés à notre insu par des puissances financières (à commencer par l’industrie pharmaceutique) qui ont intérêt à ce que nous nous vaccinions. Déjà controversés avant même la crise du Covid- 19, les vaccins pourraient bien une fois de plus faire les frais de cette polémique. C’est d’ailleurs déjà l’une des raisons de la faible couverture vaccinale dans notre pays et de la résurgence de certaines maladies comme la tuberculose.

Des rumeurs qui font écho à des croyances déjà bien installées

Rougeole, grippe, hépatite B… De nombreux Français refusent de se faire vacciner, convaincus que ces vaccins sont plus dangereux que bénéfiques. Avec le développement des réseaux sociaux, un nombre croissant d’informations fausses ou truquées (fake news) sont en effet relayées puis diffusées au plus grand nombre, sans aucune vérification préalable. Ces fake news reposent sur des éléments non avérés, voire maintes fois démentis sur le plan scientifique. Et pourtant, elles continuent d’être largement diffusées, révèle une enquête réalisée par l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès en partenariat avec Conspiracy Watch, l’Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot, un organisme qui met au jour des campagnes de désinformation.*

Pour évaluer l’ampleur de ces théories complotistes, les enquêteurs en ont proposé cinq aux Français interrogés. Trois d’entre elles se sont révélées connues de près de la moitié des personnes sondées, voire plus. Ainsi 62 % ont déjà entendu l’affirmation selon laquelle « il est prouvé que certains adjuvants contenus dans les vaccins, comme l’aluminium, peuvent être dangereux », 52 % que « le ministère de la Santé et l’industrie pharmaceutique seraient de mèche pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins » et 46 % qu’il « existe un lien entre certaines maladies comme l’autisme ou la sclérose en plaques et la vaccination ».

Une méfiance tenace envers les vaccins

Au-delà de leur propagation, ces fake news, y compris les plus farfelues, suscitent l’adhésion d’un certain nombre de Français. Ainsi, plus d’un sur deux affirme qu’il est prouvé que certains adjuvants contenus dans les vaccins, comme l’aluminium, peuvent être très dangereux. Ce sont le plus souvent des personnes âgées de 35 à 64 ans (57 %), actives (53 %) qui n’ont pas fait d’études supérieures (58 % de CAP/BEP et 62 % de baccalauréat).

Quant à la théorie selon laquelle « le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins », elle recueille dix points de moins qu’en décembre 2018, mais emporte quand même encore l’adhésion d’un tiers des Français interrogés.

Le lien entre certaines maladies comme l’autisme ou la sclérose en plaques et la vaccination ne fait pas non plus de doute pour un quart d’entre eux. Encore plus surprenant : plus d’un sur dix (11 %) pense que « les vaccins envoyés en Afrique contiennent des substances qui rendent les femmes infertiles afin de lutter contre l’augmentation de la population ». Et ils sont même 8 % à être convaincus que « les vaccins contiennent parfois des bouts de reins ou de fœtus » !

De façon générale, les personnes qui ont tendance à croire à une théorie complotiste adhèrent plus facilement aux autres théories du même genre. S’il existe assez peu de différence entre les opinions des hommes et des femmes, globalement les personnes qui n’ont pas fait d’études supérieures ont davantage tendance à croire à ces théories.

* Enquête Ifop sur le complotisme, menée auprès d’un échantillon de 1 007 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, entre le 16 et le 19 mars 2020.

Le point de vue Chloé Morin, experte associée à la Fondation Jean-Jaurès

« Les théories du complot sont de retour »

« La conviction que l’on nous cache quelque chose et que l’on tente de nous manipuler a été renforcée par la méconnaissance de ce virus et donc la multiplication d’avis de spécialistes, souvent contradictoires. Nul ne sait plus à quel saint se vouer et tout devient crédible. La défiance vis-à-vis de la parole publique a aussi été amplifiée par le fameux épisode des masques et les revirements gouvernementaux sur le sujet. Enfin, face à cette angoisse et aux décès, nous avons besoin de trouver du sens, au risque de simplifier, d’extrapoler et de trouver des ennemis identifiés et « maîtrisables ». »

Le point de vue de Thierry Beaudet, président de la Mutualité française

« Les vaccins ont prouvé leur pertinence et leur efficacité »

« Les vaccins sont victimes de leur succès et de notre individualisme. Ils sont aussi victimes d’un temps marqué par le soupçon et la défiance à l’égard des autorités scientifiques, politiques. Et pourtant, le vaccin est l’une des premières mesures barrières. L’une de celles dont les effets sont les plus efficaces et les plus durables. L’une des plus égalitaires aussi car, une fois développé, une fois financé, il peut être accessible au plus grand nombre, partout dans le monde. »

Le point de vue de Stéphane Junique, président d’Harmonie Mutuelle

« L’importance d’une réponse vaccinale contre le Covid-19 devrait faire consensus »

« Le besoin urgent d’un vaccin contre le Covid-19 souligne le rôle central que joue la vaccination dans la protection des vies et dans le fonctionnement de nos sociétés. La vaccination, tout en protégeant la personne vaccinée, même si elle l’expose aux effets indésirables du médicament, contribue à la lutte contre la propagation de la maladie, voire à son éradication, comme l’a montré l’exemple de la variole, et bénéficie de ce fait à l’ensemble de la collectivité. »

  • Isabelle Blin
  • Crédit photo : Getty Images

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