Faïza Bossy, nutritionniste : « Il ne faut jamais rien bannir de son alimentation »

Manger sainement, c’est avant tout manger diversifié. Pour maîtriser cela, il faut éviter le tout-fait et lui privilégier des repas faits maison, même très simples. Le tout est de gérer soi-même le contenu de son assiette.

Alimentation saine
Faiza Bossy
DR

Le Dr Faïza Bossy est médecin généraliste et nutritionniste. Elle nous explique les secrets d’une bonne alimentation, la différence entre poids de forme et équilibre alimentaire et les dangers des produits transformés.

Qu’est-ce qu’une alimentation bonne pour la santé ?

Faïza Bossy : C’est une alimentation équilibrée, qui prend en compte les protéines, les lipides, les glucides et l’eau. Et cette alimentation doit suivre une chronobiologie de l’individu, on parle de chronutrition. C’est-à-dire que, sur une journée, on répartit ses apports alimentaires de façon différente pour un enfant, un homme, une femme, une femme enceinte ou une personne âgée. De même, on ne nourrit pas de la même manière un sportif de haut niveau qu’une personne ayant une activité physique réduite.

Un enfant prendra quatre repas par jour, parce qu’il est en pleine croissance et qu’il a besoin d’apports pour grandir de façon harmonieuse. Pour un homme et pour une femme, les apports caloriques sont différents. Pour une femme, il faut entre 1800 et 2000 calories. Et entre 2100 et 2700 pour un homme. Pour une femme enceinte, il faut environ 2500 calories. L’activité physique des personnes âgées est diminuée, et leur satiété est différente : elles ont besoin d’environ 1800 calories par jour.

Comment faut-il répartir son alimentation au cours de la journée ?

F.B. : On aura tendance au fur et à mesure de la journée à avoir des repas de moins en moins riches. Après, culturellement, chaque individu est différent. C’est important de connaître son propre rythme biologique et de le respecter. Certaines personnes ne prennent pas de petit déjeuner, par exemple. Si nous appliquons une règle générale à un individu dont le mode de vie n’est pas en harmonie avec ce qui est proposé, il va y avoir des déséquilibres. Donc, la première question que pose un nutritionniste, ce n’est pas tellement ce que vous aimez ou pas manger, c’est comment vous fonctionnez dans votre vie. On part de l’organisation d’un individu. Et de ce qu’il mange culturellement : on ne mange pas la même chose en Asie, au Moyen-Orient et en Europe.

« Chaque aliment apporte des richesses »

Y a-t-il des aliments tellement mauvais pour la santé qu’il faut les bannir ?

F.B. : Il ne faut jamais rien bannir de son alimentation. Ce serait une erreur fondamentale. Tout est permis, mais encore une fois, c’est une question d’équilibre. Chaque aliment apporte des vitamines, des oligo-éléments, des richesses utiles à l’organisme, qui évitent d’être carencé. Mais il y a des aliments qu’il faut consommer de façon raisonnée, sinon ce serait dangereux pour la santé. Vous ne pouvez pas vous permettre d’avoir un régime basé uniquement sur du gras ou du sucré. La monodiète est très dangereuse. Il faut varier. Notre cerveau consomme 150 grammes de glucose par 24 heures. Si vous ne lui en apportez pas assez, il fonctionnera au ralenti, vous allez puiser sur les réserves, et vous allez épuiser votre corps. Du gras, il nous en faut, mais plutôt du bon gras c’est-à-dire les acides gras insaturés, qui comptent les polyinsaturés (poissons gras, huile de lin…) et les mono-insaturés (huile d’olive, avocats…). Ces gras aident par exemple à la bonne connexion entre les neurones. Les acides gras saturés proviennent du règne animal (beurre, crème, fromages, graisses de porc, de bœuf, de canard, d’oie…) et doivent être pris en petites quantités.

Y a-t-il des aliments à privilégier ?

F.B. : Il faut privilégier les aliments peu caloriques. Ils apportent des vitamines, des fibres et de l’eau. Globalement, il s’agit des légumes. Ils seront associés aux protéines, glucides et lipides au cours de la journée.

« Le poids n’est pas un reflet unique de votre qualité alimentaire »

Existe-t-il un poids de santé ?

F.B. : Le poids de santé est défini scientifiquement par l’indice de masse corporelle (IMC), qui est un indicateur clinique de base. C’est un premier outil. Après, il faut prendre en compte la constitution osseuse. Il faut également mesurer l’indice de gras et l’indice de masse musculaire. Si votre IMC est élevé et que vous êtes plutôt gras que musculeux, ça n’est pas bon. Mais si vous avez un IMC élevé avec un indice musculeux élevé, tout va bien.

Si on reste à son poids de forme, cela signifie-t-il que notre alimentation est bonne pour notre santé ?

F.B. : Pas toujours. Il faut regarder ce que les gens mangent. Ça n’est pas parce que vous avez un poids normal que vous n’avez pas de diabète, de cholestérol, d’hypertension. Donc ce n’est pas le seul critère à prendre en compte. Le poids n’est pas un reflet unique de votre qualité alimentaire. Certains patients pensent qu’ils mangent bien et pourtant ils peuvent avoir un taux sanguin élevé de triglycérides. Les triglycérides reflètent une alimentation grasse et sucrée.

Les produits transformés sont-ils tous mauvais pour la santé ?

F.B. : Ils ne sont pas bons en général, parce qu’ils contiennent beaucoup d’exhausteurs de goût, c’est-à-dire de sel, de sucre et de mauvais gras, qui masquent la qualité du produit. Si vous prenez, par exemple, une salade préparée, les huiles utilisées sont rarement de l’huile d’olive vierge, de l’huile de pépin de raisin. C’est une huile de base neutre, genre tournesol. Il vaut mieux préparer ses repas et les faire simples (une petite poêlée de carottes…) que de se dire « je vais aller chercher des plats “un peu recherchés” et qui sont préparés ». Vous ne savez pas ce qu’il y a dedans. Vous ne maitrisez donc pas votre alimentation. En conclusion, la règle d’or d’une alimentation de qualité repose sur le fait maison à base de produits simples non raffinés, en respectant votre façon de vivre et associé à une activité physique régulière comme la marche.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Charlotte de L’escale

rédactrice en chef adjointe d'Essentiel Santé Magazine, spécialisée en santé et société.

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