Faut-il s’inquiéter de la puff, la cigarette jetable tendance ?

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Colorée, aux saveurs sucrées, la vape à usage unique fait un tabac auprès des plus jeunes. Interdite à la vente aux mineurs, la puff est toutefois en accès facile. Quels sont ses dangers ? Le point avec Philippe Arvers, tabacologue.

puff

Il n’est pas rare qu’on la voie entre les doigts ou à la bouche de lycéens ou de collégiens à la sortie des classes. Elle, c’est la puff, que l’on traduit de l’anglais par « bouffée » ou « taffe ». C’est donc bien, comme son nom l’indique, une cigarette électronique. Ou plutôt une vaporette jetable, à usage unique. Elle ne se recharge pas à la différence des cigarettes électroniques classiques.

Le design coloré et le large éventail de goûts fruités de ce nouveau produit attirent les plus jeunes alors que sa vente est interdite aux mineurs en France. À l’origine, cette vaporette a été lancée pour les adultes qui souhaitaient arrêter le tabac, ou ne pas tomber dans ses travers, et qui ne s’accommodaient pas de la contrainte des recharges de l’e-cigarette, nocive certes mais moins que le tabac.

Chaque puff offre entre 300 et 600 bouffées à son utilisateur. Certaines sont sans nicotine. Mais d’autres contiennent jusqu’à 2,5 % de sels de nicotine. Ce qui justifie les inquiétudes légitimes quant à leur toxicité et le fait qu’elles pourraient favoriser l’entrée dans le tabac.

Des influenceurs font la promotion de la puff sur les réseaux sociaux

La cigarette électronique jetable se déclenche dès qu’on l’aspire. Le liquide sucré qu’elle contient s’évapore à chaque bouffée. Elle coûte entre 6 et 10 euros. On peut la trouver facilement dans les magasins spécialisés de vapes rechargeables, chez les buralistes, sur les présentoirs de certaines enseignes à petits prix.

La puff est également en vente en ligne. « Les réseaux sociaux, comme Tik Tok ou Snapchat, ainsi que les influenceurs, en font la promotion. Comme c’est un objet tendance, il faut l’avoir pour faire comme les autres », déplore le docteur Philippe Arvers, addictologue et tabacologue, administrateur de la Société francophone de tabacologie.

Devant ce succès, des flyers ont été édités à l’adresse des vendeurs de vapes pour rappeler son interdiction aux moins de 18 ans. Le ministère des Solidarités et de la Santé a par ailleurs sorti un texte en mars 2022 qui mentionne le cadre légal et réglementaire imposé à la diffusion de la puff : étiquetage, taux de nicotine qui ne doit pas dépasser 20 mg/ml, interdiction de publicité et de promotion directe et indirecte…

La puff, un produit critiquable aussi sur le plan écologique

La puff viendrait d’Extrême Orient. Elle est entrée aux États-Unis en 2019 avant de gagner l’Europe. Elle n’est pas produite par l’industrie du tabac, à la différence de la Juul, mini-cigarette électronique, en forme de clé USB, sortie en 2018, et interdite en France mais vendue en ligne. « Il faut espérer que la puff suive la même destinée que son aînée, phénomène de mode vite dissipé », poursuit le tabacologue.

La puff est par ailleurs un produit écologiquement critiquable. L’association 60 millions de consommateurs s’en est fait l’écho. En effet, une pile non recyclable chauffe la résistance de la cigarette jetable. Il est certes précisé sur les sites de vente en ligne qu’il faut jeter le dispositif vidé de sa substance à la déchèterie ou dans des conteneurs pour piles usagées mais rien ne dit que cette indication soit suivie d’effets.

Le docteur Philippe Arvers conseille de rester vigilant face à la percée de la puff. Il sait pertinemment que certains vendeurs de vapes ou buralistes ne vérifient pas forcément si leurs clients sont mineurs. De surcroît, certains jeunes majeurs achètent des puffs pour les revendre par la suite aux plus jeunes. « Tout cela est difficilement contrôlable et maîtrisable. »

La puff sera toujours moins nocive que le tabac

Le médecin rappelle que la vape, qu’elle soit rechargeable ou jetable, est toujours moins dangereuse que le tabac. « Deux études récentes, menées par l’Insee et l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, rapportent que si l’on n’a ni fumé ni vapoté et que l’on commence à utiliser la vape, plutôt que la cigarette, le recours au tabac sera diminué de 40 %. »

L’addictologue est beaucoup plus inquiet quant aux effets de la chicha ou du tabac à chauffer auprès des jeunes consommateurs. « La chicha est un concentré de tabac. On estime que 40 minutes d’utilisation équivalent à fumer un paquet de cigarettes. » 50 % des jeunes de 17 ans l’ont déjà expérimentée. Le tabac chauffé est jugé moins nocif que le tabac. Sa toxicité reste toutefois supérieure à celle de la cigarette électronique.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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