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Fruits et légumes : attention aux pesticides

Les fruits et les légumes traités avec des pesticides conservent la trace de ces substances après récolte. Elles sont parfois dangereuses pour la santé, surtout celle des enfants. État des lieux et précautions à prendre dans le choix et la préparation des aliments concernés.

Fruits et légumes, attention aux pesticides

L’association « Générations futures », axée sur la défense de l’environnement et de la santé, a sorti un rapport sur les résidus de pesticides dans des fruits et légumes non bio consommés en France. En tout, ce sont 19 fruits et 33 légumes qui ont été étudiés sur la base des données fournies par la direction générale de la répression des fraudes (DGCCRF). Et les résultats sont édifiants : 41 % des légumes analysés contenaient des résidus de pesticides quantifiés. Pour les fruits, cette valeur atteint les 72 %.

Un petit pourcentage de ces fruits et légumes dépasse ce qu’on appelle les limites maximales en résidus (LMR) autorisées par le législateur : 2,7 % pour les fruits et 3,5 pour les légumes. « Ce qui nous inquiète, c’est la présence de plusieurs résidus : deux, trois, voire huit ou quinze résidus différents dans un seul fruit ou légume, explique François Veillerette, le porte-parole de Générations futures. On ne dépasse aucune valeur légale pour chacun, mais on peut avoir un effet « cocktail » dont les risques n’ont pas été évalués. Parmi ces produits, plusieurs sont classés cancérogènes possibles ou sont des perturbateurs endocriniens**, qui agissent à faible dose. »

Sans surprise, les produits qui contiennent le plus de pesticides sont ceux qui ont été les plus traités. Pour les fruits, on trouve le raisin, la clémentine, la cerise, le pamplemousse, les fraises, les nectarines et les pêches, et les oranges. Pour les légumes, globalement moins traités, viennent en tête, le céleri-branche, les herbes fraîches, les endives, le céleri-rave et les laitues. Les parties aériennes des pommes de terre reçoivent beaucoup de pesticides, mais le tubercule (sous terre) en est relativement protégé.

Par contre, plus fragiles, les cultures sous serre sont davantage traitées.

* Pesticides : produits utilisés pour lutter contre les insectes (insecticides), champignons (fongicides), herbes concurrentes (herbicides), etc.
** Perturbateurs endocriniens : molécules qui agissent sur l’équilibre hormonal de nombreuses espèces vivantes, et peuvent avoir des effets indésirables sur la santé.

 

Le temps de stockage

Le temps de stockage importe également : plus il est long, plus il donne aux résidus le temps de migrer de la peau vers la chair. Certains produits importés contiennent des pesticides dont l’utilisation est interdite en France, mais pour lesquels la législation française a défini des quantités de résidus à ne pas dépasser.

Tous les publics sont concernés par ces traces de pesticides et leurs dangers potentiels. Mais les enfants y sont les plus sensibles. « Contrairement aux idées reçues, les enfants mangent davantage de fruits et légumes que les adultes si on rapporte cette quantité à leur corpulence, précise François Veillerette. Par ailleurs, les effets des perturbateurs endocriniens sont accrus chez l’enfant né ou à naître. Ces produits peuvent avoir un impact à terme sur la survenue de cancers, de troubles du métabolisme ou de problèmes cognitifs. Il faut donc aussi protéger la femme enceinte. »

 

À lire aussi : Perturbateurs endocriniens : le danger invisible

Ces substances chimiques dérèglent les hormones. Quelles sont les conséquences sur la santé ?

 

Laver, éplucher ?

Le rinçage (éventuellement avec du bicarbonate de soude additionné à l’eau) et l’épluchage (en dépit de la perte de vitamines) sont les gestes de prévention de base, ainsi que la diversité alimentaire, la garantie d’une alimentation équilibrée.

Mais il faut savoir que « Par construction, les pesticides sont persistants sur la plante pour que leur action dure au-delà de l’averse », rappelle François Veillerette. L’épluchage semble donc le plus efficace.

Des fruits largement traités, comme les agrumes ou les bananes, peuvent, une fois épluchés, contenir peu ou pas de résidus. Et si la peau est comestible ? « Une bonne partie des pesticides est certes supprimée, mais également les vitamines qui se trouvent essentiellement en surface, commente François Veillerette. La meilleure solution est de trouver des fruits et légumes avec le moins de pesticides possible. »

 

Et le bio ?

Le bio semble être le meilleur choix, pour ce porte-parole : « Si un pourcentage à la marge peut contenir des résidus, il offre les meilleures garanties. » Privilégier l’achat direct auprès d’un maraîcher bio permet ne pas trop augmenter son budget alimentation.

La réglementation européenne garantit que les fruits et légumes bio ont été cultivés sans engrais, sans pesticides et sans OGM, et que les producteurs sont régulièrement contrôlés par des organismes certifiés.

Hors bio, on peut limiter la consommation de produits contaminés en se tournant vers des agriculteurs locaux, notamment dans le cadre des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap). Il est important aussi de respecter la saisonnalité des fruits et des légumes. « Si vous cultivez la bonne variété au bon moment dans la bonne région de France, indique François Veillerette, elle pousse mieux et est moins sujette aux maladies et ravageurs. »

 

À lire aussi : C’est quoi une AMAP ?

Pour en savoir plus sur ces circuits courts alimentaires.

 

Et si on jardinait ?

Les Français sont 10 % à posséder un potager. Prolifération des « mauvaises » herbes, multiplication des insectes, maladies en tout genre : la tentation est grande de recourir aux produits phytosanitaires* et autres pesticides, lesquels pourront être présents dans les fraises et les haricots, dégustés en famille.

Mais depuis 1er janvier 2017, la vente en libre-service de produits phytopharmaceutiques à des utilisateurs non professionnels n’est plus autorisée. Et des solutions existent pour se passer des pesticides : choix d’espèces adaptées à son sol et à son climat, enrichissement naturel du sol, utilisation d’auxiliaires biologiques comme les coccinelles contre les pucerons, recours au sable, au bois ou aux coquilles d’œufs émiettées pour protéger les plantes des escargots et des limaces, désherbage manuel…

* Produits phytosanitaires : produits qui soignent ou préviennent les maladies des organismes végétaux.

 

Pour en savoir plus

  • Corinne Renou Nativel (pour l’ANPM)
  • Crédit photo : Bajstock.com / Jean-Baptiste Maradeix

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