Gaz hilarant : quels sont les dangers ?

L’usage détourné du protoxyde d’azote (encore appelé « gaz hilarant ») connaît un rebond depuis la fin du confinement. De plus en plus de jeunes l’inhalent pour s’amuser, sans en connaître les dangers parfois graves.

gaz hilarant

Certains Français s’inquiètent de retrouver, abandonnées le matin sur les trottoirs de leur ville, des cartouches de protoxyde d’azote ou « gaz hilarant ». On fait le point avec le Pr Amine Benyamina, chef du service de psychiatrie et d’addictologie de l’Hôpital Paul Brousse.

Le protoxyde d’azote ou gaz hilarant : qu’est-ce que c’est ?

Connu familièrement sous le nom de « gaz hilarant », le protoxyde d’azote (N2O) est un gaz, incolore et presque inodore, utilisé depuis longtemps en médecine pour ses propriétés légèrement anesthésiques (notamment par les dentistes ou les pédiatres). Il est aussi utilisé dans l’industrie automobile, dans l’industrie alimentaire et par le grand public en cuisine : c’est le gaz que l’on trouve dans les cartouches des siphons à crème chantilly.

« Son usage détourné ʺrécréatifʺ, à inhaler, remonte à l’ère victorienne en Grande-Bretagne, rappelle le Pr Amine Benyamina. Il était utilisé lors de ʺlaughing gas partiesʺ (des fêtes au gaz hilarant) ». Depuis les années 2000, il est plus largement utilisé dans les clubs, lors des festivals… « Jusqu’à maintenant, l’usage était plutôt cantonné aux étudiants. Mais depuis un an et demi, et semble-t-il encore plus depuis la fin du confinement, on observe un rebond de la consommation, et une extension à un public plus jeune comme les lycéens. Je ne serais pas étonné que des collégiens en mal de sensations s’y mettent », souligne le psychiatre.

En novembre 2019, le ministère de la Santé s’est inquiété dans un communiqué de l’augmentation de cas sérieux liés à l’inhalation du protoxyde d’azote. Et début juillet 2020, suite à une étude de toxicovigilance, l’Anses indique « qu’il apparait clairement nécessaire d’informer davantage les consommateurs, les publics cibles ainsi que les professionnels de santé sur les dangers avérés de l’inhalation de protoxyde d’azote ».

Où les jeunes se procurent-ils le protoxyde d’azote ?

Ce gaz est en vente libre, dans les grandes surfaces au rayon cuisine ou sur Internet, sous forme de capsules à moins d’un euro l’unité. Les jeunes gonflent des ballons de baudruche avec le contenu de ces cartouches pour ensuite l’inhaler. La question de l’interdiction de la vente aux mineurs a récemment été soulevée par un sénateur. Le Professeur Benyamina a, pour sa part, suggéré il y a plusieurs mois d’assortir la vente des capsules d’un avertissement. « Je ne crois pas en l’efficacité de l’interdiction de la vente aux mineurs. Cela ne rendra pas le produit inaccessible et peut susciter l’intérêt de l’interdit », explique-t-il.

Pour le moment, aucune mesure nationale n’a été prise. Certaines communes ont en revanche pris des arrêtés municipaux pour en interdire la vente aux mineurs.

Quels sont les effets provoqués par le protoxyde d’azote ?

« Après son inhalation, et de façon très rapide, le protoxyde d’azote va déclencher dans le cerveau une surexcitation de la production de dopamine (« l’hormone du plaisir »), chez toutes les personnes qui en consomment. C’est ce qui crée cet effet d’hilarité, décrit le Pr Amine Benyamina, le même phénomène que « l’ivresse des profondeurs » que peuvent connaître les plongeurs. » Son effet, intense, est très furtif : il culmine après une vingtaine de secondes, et diminue rapidement. C’est pourquoi les consommateurs inhalent souvent à plusieurs reprises afin de répéter ces effets stimulants et désinhibiteurs. Toutefois, cette prise peut être suivie d’effets désagréables.

Quels sont les dangers du gaz hilarant ?

« Les cas d’addiction à proprement parler sont rares, estime le Pr Amine Benyamina. Je préfère parler de conduite addictive, car la personne aura tendance à répéter sa consommation pour retrouver l’effet plaisant ». On rapporte cependant des cas de jeunes qui peuvent inhaler 25 à 35 cartouches d’affilée : « Là, on passe dans une autre catégorie », estime-t-il.

Néanmoins, pour toute personne qui l’inhale, le protoxyde d’azote présente des risques : épilepsie, problèmes cardiovasculaires, mort subite, troubles neurologiques, manifestations psychiatriques, troubles de l’humeur… Les problèmes graves surgissent le plus souvent à moyen ou long terme chez des jeunes déjà vulnérables ou qui en font une grande consommation. Mais des effets indésirables peuvent apparaître dès les minutes qui suivent l’inhalation : vertiges, somnolence, baisse de la vigilance jusqu’à 30 minutes après la consommation, nausées, diarrhées, acouphènes ou brûlures provoquées par le froid du gaz qui s’échappe de la cartouche.

Comment prévenir les jeunes des risques encourus ?

Si vous vous inquiétez que vos enfants puissent être confrontés au gaz hilarant, le meilleur moyen reste de leur en parler. Le sujet est évoqué depuis quelques semaines dans les médias. « On peut poser à ses enfants une question pour lancer le sujet, du type « ʺj’ai entendu dire qu’il y a ce truc qui circule…ʺ », conseille le Pr Benyamina. C’est l’occasion de parler des effets dangereux du produit.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Pauline Hervé

journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

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