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Gérald Kierzek : « Cette crise doit être le détonateur pour revenir à du bon sens »

Médecin urgentiste et auteur d’un guide pratique sur le coronavirus, Gérald Kierzek, se confie sur l’après. Et notamment sur ce que cette crise devrait changer à l’hôpital et plus généralement pour notre système de santé.

Gérald Kierzek : « Cette crise doit être le détonateur pour revenir à du bon sens »

Le guide pratique Coronavirus : comment se protéger de Gérald Kierzek est consultable sur notre site. L’intégralité des droits d’auteur est reversée à l’Institut Pasteur.

Comment, au tout début de la crise, avez-vous eu l’idée d’écrire un guide pratique sur le coronavirus ?

Gérald Kierzek : Je suis médecin du groupe TF1/LCI donc évidemment je suis l’actualité et puis je suis surtout médecin urgentiste donc je subis l’actualité. La combinaison des deux fait que nous avons rapidement vu que ce virus allait poser problème, qu’il y avait de plus en plus de malades et surtout qu’il fallait les informer. Car il y a aussi une crise de l’information avec beaucoup de fake news. L’information, c’est capital. Il faut être ni trop rassurant, ni trop alarmiste. On demande aux gens d’être acteurs de leur santé avec les mesures d’hygiène, le confinement… Donc il faut qu’ils aient les bonnes informations. Et plutôt que de répéter toujours la même chose sur la base de la pédagogie – même si je continue à le faire – je me suis dit que j’allais écrire un livre. J’ai passé un week-end à ne faire que ça. Et le livre est toujours d’actualité, les 50 questions/réponses sont factuelles et documentées par la science. A date, elles ne sont pas périmées. On a dressé un tableau tellement apocalyptique de cette maladie, qu’il est important qu’il y ait des réponses pragmatiques et vraies. Depuis le début, je dis c’est 99 % de guérison, 1 % de forme grave et 0,1 à 0,5 % de mortalité. C’est plutôt une bonne nouvelle ! C’est une crise oui, la pénurie de masques, de tests, de lits d’hospitalisation mais à titre individuel, j’ai 99 % chance de guérir. Ce guide se veut un peu anxiolytique.

« Lorsqu’il y a une crise sanitaire, on a besoin de gens qui soignent »

Vous faites un parallèle dans votre livre avec la grippe en rappelant que c’est une menace mondiale et que l’on recense chaque année entre 290 000 et 650 000 décès dans le monde. Là aussi, les chiffres font froid dans le dos…

G.K. : Et ce dans l’indifférence générale. Le parallèle avec la grippe est valable pour les complications, la mortalité… Il n’est pas valable pour le taux de contagion qui est beaucoup plus élevé pour le Covid-19. Mais ce virus est quand même plus comparable à la grippe qu’à la peste ! Chaque année, avec la grippe saisonnière, nous les urgentistes, on voit des personnes âgées mourir sur des brancards. Il y a une surmortalité conséquente de 8 000 à 15 000 morts en France chaque année. Et même un recul de l’espérance de vie en 2015. Et on nous explique que c’est parce que la grippe est plus virulente mais ce n’est pas vrai. C’est parce que nous n’avons pas la place de mettre les malades en réanimation. Les chiffres font froid dans le dos, on les martèle à chaque fois. Et c’est pareil pour la canicule. Le coronavirus, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Un vase hospitalier qui est plein. Cette crise est révélatrice d’un hôpital qui finalement a développé excessivement une partie d’activités et de gens qui ne font pas du soin : directeurs, consultants en organisation, responsables qualité… Or lorsqu’il y a une crise sanitaire, on a besoin de gens qui soignent. Il faudra reconstruire avec eux. Aujourd’hui, on parle de solidarité avec les soignants et non-soignants, mais cette chaîne de solidarité n’est pas nouvelle. L’hôpital ne tient que sur elle, depuis la grève par exemple, depuis 12 mois. Mais on ne la voyait pas.

Il y aura donc un avant et un après Covid-19. Que pensez-vous que cela changera à l’hôpital ?

G.K. : Il faudra redimensionner l’hôpital. L’Allemagne, le Japon et la Corée du sud sont exemplaires dans la gestion de la crise avec des capacités hospitalières trois fois plus importantes. Cela fait 15 ans que le système de santé français va mal. On parle de l’hôpital mais c’est vrai aussi pour les médecins, les infirmiers et les aides-soignants libéraux, les EHPAD…Plutôt que de dire on soigne, on a dit on fait des économies et donc on supprime des lits. Et le pilote c’est le gestionnaire. C’est ça qui doit changer. Le pilote, ce sont les soignants. Une vraie démocratie sanitaire, ce sont des soignants, des soignés et l’administration qui est là pour donner les moyens de le faire. À la ville et à l’hôpital. Aujourd’hui, on est obligé de confiner un pays et de le paralyser car on n’a pas assez de lits. C’est dingue. J’espère que cette crise sera le détonateur pour revenir à du bon sens. Et c’est aussi se préparer à l’évolution démographique, c’est-à-dire au vieillissement de la population. Il faut redonner les manettes aux soignants et rhabiller le tissu sanitaire en misant sur la proximité et l’humanité. Si on rajoute des lits, ils serviront pour le quotidien et pour l’exceptionnel.

« Faire de la prévention sera un moyen d’économiser et de se protéger »

Est-ce que cette crise doit faire changer notre culture de prévention ?

G.K. : Sûrement oui, avec par exemple la mise en place des gestes barrière que l’on connaît, mais il faut aller plus loin. Quels sont les facteurs de risque de cette maladie ? L’obésité, le diabète, l’hypertension artérielle…Bref des maladies que l’on appelle des maladies de civilisation, de mode de vie. Donc si on pousse le raisonnement plus loin, c’est un échec de la prévention. C’est la fragilité de nos organismes, notre mauvaise santé collective, sans culpabiliser personne bien évidemment, qui fait que notre système immunitaire ne résiste plus. Donc faire de la prévention sera un moyen d’économiser à terme et de se protéger. Et ainsi de fabriquer une génération avec une bonne immunité qui sera capable de résister aux virus mais aussi aux maladies cardiovasculaires, au diabète…Et on pourra récolter les fruits de cet investissement dans 30 ans.

Comment peut-on envisager le déconfinement à venir ?

G.K. : Idéalement, trois conditions devraient être réunies pour pouvoir déconfiner : des tests de portage pour savoir si on est contagieux, des tests pour savoir si on est immunisé et enfin des masques pour se protéger. Dans la pratique, c’est plus compliqué. Car les tests doivent être rapides et fiables, ce qui n’est pas le cas actuellement. Autre problème : on part du principe que quand on a des anticorps on est protégé, mais aujourd’hui on ne sait pas si cette immunité est durable et protectrice. Enfin, équiper 67 millions de Français de masques à raison de 4 par jour, il en faudrait 1 milliard tous les 4 jours ! Des écrans anti-postillons ou masques artisanaux en tissu par exemple seront une solution. Mais au total, je pense que la vitesse de déconfinement dépendra plutôt de notre capacité hospitalière à accueillir les malades : plus on a de lits, plus on déconfine vite !

  • Propos recueillis par Cécile Fratellini
  • Crédit photo : IBO

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