Hémochromatose : quels symptômes et quels traitements ?

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L’hémochromatose est une maladie génétique qui perturbe l’absorption du fer dans l’organisme. Les premiers symptômes (fatigue chronique, arthrite ou ostéoporose) apparaissent à l’âge adulte, entraînant un diagnostic tardif. Sans traitement, elle peut provoquer une cirrhose, affecter le pancréas et développer un diabète.

Hémochromatose

5 personnes sur 1 000. C’est en moyenne la fréquence de l’hémochromatose en France. Un chiffre qui peut varier selon les régions, lié à la présence de gênes hérités des populations celtes (Bretagne, Pays de Galles ou Irlande). En effet, c’est au sein des populations celtes qu’est apparue cette maladie génétique.

« L’hémochromatose est une maladie liée à une surcharge de fer dans l’organisme. « Le fer alimentaire va s’accumuler petit à petit, sans pouvoir être évacué, et se déposer au niveau de différents organes comme le foie, explique le professeur Pierre Brissot, ancien chef de service des maladies du foie au CHU de Rennes et président du comité scientifique de l’Association France Fer Hémochromatose (FFH). On ne s’en rend souvent compte que tardivement, à partir de 30 ans chez l’homme et de 40 ans chez la femme lorsque les premiers signes de la maladie apparaissent ».

Une usure prématurée des articulations avec l’hémochromatose

Les signes les plus évidents de la maladie sont une fatigue anormale, des troubles de la libido, mais également des douleurs ostéo-articulaires en particulier au niveau des petites articulations proximales de la main, du poignet, voire des chevilles. Cette arthropathie peut être associée à une ostéoporose.

« J’ai été diagnostiqué à 49 ans à la suite de signes articulaires dignes d’une personne de 80 ans : doigts douloureux, mains déformées, douleurs au poignet et arthrose de la cheville, explique le Dr Bernard Gasser, 68 ans, ancien anatomopathologiste au CHM de Mulhouse et membre de la délégation Alsace de l’association France Fer Hémochromatose ». En complément du traitement médical (anti-inflammatoires et antidouleurs), j’ai dû être opéré deux fois d’une arthrodèse des chevilles ».

Des complications hépatiques

Un brunissement de la peau (mélanodermie) apparaît aussi très souvent. « Si l’hémochromatose n’est pas détectée, ni traitée, elle peut conduire à une cirrhose hépatique, un diabète ou des troubles du rythme cardiaque », poursuit le Pr Brissot. Il existe également un risque de cirrhose et de cancer du foie, principalement en cas de facteurs favorisants (en particulier consommation d’alcool ou syndrome métabolique).

« Les symptômes étant très différents, on peut facilement passer à côté de cette maladie, qui reste relativement peu connue. Les associations ont un rôle essentiel de sensibilisation des autorités de santé, du grand public et des médecins afin de dépister les patients suffisamment tôt pour éviter l’apparition de complications qui compromettent non seulement la qualité de vie mais le pronostic vital ».

Hémochromatose : une origine génétique

L’hémochromatose est majoritairement liée à une mutation génétique provenant des deux parents, qui ne sont souvent pas malades eux-mêmes. « Le patient hémochromatosique a reçu la même mutation (anomalie de l’ADN) de son père et de sa mère (mutation « C282Y »), détaille le Professeur. Cette mutation à double dose (C282Y/C282Y) cause une baisse de la production de l’hepcidine (« l’hormone du fer ») par le foie, ce qui entraîne un excès de l’absorption du fer alimentaire, conduisant à la surcharge en fer de l’organisme ».

Diagnostic : des tests biologiques et génétiques

Comment poser le diagnostic de cette maladie ? « Dans le cadre d’un dépistage au sein d’une famille dont une personne est atteinte d’hémochromatose, il faut réaliser un test génétique pour rechercher la mutation C282Y, expose le professeur Brissot. La présence de la mutation du gène HFE à l’état homozygote confirmera le diagnostic d’hémochromatose génétique ».
Les tests sanguins du fer sont, quant à eux, à effectuer en première ligne chez des patients qui consultent pour des symptômes évocateurs (fatigue, pigmentation de la peau, arthrite atypique, diabète…).

« Grâce à une simple prise de sang, on va mesurer le taux de fer dans le sang, qui sera alors très élevé (supérieur à 25-30 μmol/L), mais aussi le coefficient de saturation de la transferrine (protéine de transport) dont le taux sera souvent proche de 100 % ». Le dosage de la ferritine montre également des valeurs très élevées.

« Pour quantifier l’importance de la surcharge en fer, qui nécessitait autrefois une biopsie du foie, on va réaliser une IRM (imagerie par résonance magnétique) dite « IRM-Fer » du foie ».

Le traitement : des saignées régulières

« Le traitement de l’hémochromatose repose sur des saignées réalisées en phase d’induction (ou phase « d’attaque ») une fois par semaine pendant 1 à 2 ans, afin de réduire le taux de fer en excès dans le sang. Chaque saignée permet de prélever entre 400 et 500 ml de sang. L’organisme va alors puiser dans ses réserves de fer pour remplacer les globules rouges soustraits (qui sont très riches en fer), puisque le corps n’en produit pas ». Les saignées hebdomadaires sont maintenues tant que le taux sanguin de ferritine reste supérieur à 50 μg/L.

« C’est très fatigant, reconnaît le Dr Gasser. C’est comme si on faisait un don de sang toutes les semaines. Une fois la surcharge en fer éliminée (à la fin de la phase d’attaque), il s’agit d’en empêcher la reconstitution, ce qui est en général assuré par une phase d’entretien avec 3 ou 5 saignées par an à vie ».

De nouveaux traitements à l’étude

Les saignées sont réalisées à l’hôpital, dans des centres de santé, à domicile ou à l’Établissement français du sang (pour les « dons-saignées », le sang des patients hémochromatosiques pouvant être utilisé pour des transfusions). L’hémochromatose HFE fait l’objet d’une prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale. « Ce traitement va avoir de bons résultats sur la fatigue, l’atteinte hépatique et la mélanodermie, assure le Dr Gasser. En revanche, les douleurs articulaires ne disparaissent pas ». Aidé par des séances de kiné, le médecin conseille néanmoins « de continuer à bouger tout en écoutant sa douleur ».

D’autres pistes de traitement sont actuellement à l’étude. « La maladie étant liée au déficit d’une hormone, de nombreuses recherches sont menées pour pallier l’hyper-absorption du fer, conclut le professeur Brissot. On explore notamment des traitements à base de l’hormone hepcidine ou de molécules capables d’en augmenter la synthèse ». De quoi donner de l’espoir aux malades…

  • Peggy Cardin-Changizi
  • Crédit photo : Getty Images

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